Il me manque encore deux ou trois joueurs »
18 juillet 2004 - Rédaction Football365
Vahid Halilhodzic était très satisfait du stage du PSG à Aix-les-Bains, même s’il espère encore voir arriver deux ou trois joueurs pour améliorer son effectif. L’entraîneur parisien revient également sur le recrutement déjà opéré, sur le cas Pauleta et sur la suspension du Parc des Princes.
Vahid Halilhodzic, le stage du PSG à Aix-les-Bains s’est achevé vendredi. Quel bilan en faîtes-vous ?
C’est sans doute le meilleur stage que j’ai eu à faire. On a pu faire tout ce que le football propose, sur tous les points de vue : travail, comportement, application… Je suis très satisfait de ce stage. Il était très symbolique et quelque chose s’est créé. Les joueurs sont en train de bâtir un groupe encore meilleur. L’année dernière, nous étions déjà une référence en terme de combativité, de courage et de comportement. Cette année, le groupe est encore plus solidaire et il y a plus de cohésion. Ils ont travaillé merveilleusement bien, malgré parfois un peu de fatigue pendant les entraînements. Dans la saison, ce travail va payer.
Comment vont les joueurs ?
Les joueurs sont ravis de ce stage. J’ai discuté avec les nouveaux et ils travaillent bien. Ils sont un peu fatigués car ils ne sont pas habitués à autant de travail. Mais ils acceptent la charge demandée avec beaucoup de volonté et de rigueur. Je me répète : j’ai rarement vu un groupe qui a autant envie de travailler et de souffrir ensemble. Tous les nouveaux ont envie de se montrer et de prouver que l’on peut compter sur eux. Ils ont beaucoup d’envie.
Allez-vous encore recruter ?
Pour le moment, on a plus cherché à remplacer les joueurs qui sont partis. Sur le plan offensif, il manque encore deux joueurs. Malheureusement, financièrement, on n´a pas la possibilité de payer les transferts. Je cherche encore un stoppeur expérimenté pour la Ligue des Champions. Mario Yepes est déjà suspendu deux matchs et il faut déjà penser à ça. Ce groupe peut encore changer avant le 31 août. On a pas mal de propositions pour certains joueurs de qualité du PSG dont le salaire ne convient pas à notre budget. Avec le président, on cherche à vendre ou à prêter les joueurs restés à Paris, à savoir Domi, Cardetti, Ogbeche et Hugo Leal. Tant que le président n’a pas signé le contrat du joueur ou sa lettre de sortie, le joueur n’est pas parti. Les managers continuent leur boulot et il y en a certains qui veulent profiter et qui s’enrichissent n’importe comment : il faut être très méfiant de tout ça.
« Quand l’égoïsme passe avant, le groupe faillit »
Vous avez accueilli la semaine dernière Jérôme Rothen…
Rothen est une valeur sûre depuis quelques années. C’est un joueur qui a fait ses preuves dans le couloir gauche et l’année dernière, j’avais un joueur un peu différent, Sorin, qui avait fait une super saison. Mais cette année, je voulais un peu plus de qualité, un peu plus de « beauté » dans notre animation offensive. Je voulais amener un plus sur le plan technique. C’est une belle qualité : par exemple, j’ai déjà vu un autre « Bolé » ( Ndlr : Boskovic), beaucoup plus costaud dans ses jambes, dans sa tête aussi. Il y aura de la concurrence. Je voulais faire ça cette saison : mettre sur chaque poste deux joueurs de qualité.
Avec l’arrivée de joueurs comme Rothen, allez-vous rechercher un jeu de meilleure qualité ?
Je préfère gagner 1-0 en jouant mal que perdre 1-0 en jouant bien. C’est le résultat qui compte aujourd’hui. Vous savez, les Tchèques à l’Euro avaient l’équipe qui jouait le mieux au football. Mais ce n’est pas celle qui a gagné. L’équipe la plus solide a gagné. Cet Euro m’a montré que le groupe était le plus important et souvent, quand je communique, je parle de groupe, pas d’individualité. L’équipe grecque, loin d’être la meilleure, a gagné. Quand l’égoïsme passe avant, le groupe faillit. J’ai tiré beaucoup d’enseignements de cet Euro.
Vous comparez-vous à Rehhagel ?
Je ne connais pas Rehhagel et je ne fonctionne pas avec un marquage individuel strict. Mais dans l’esprit groupe, je suis d’accord. Vous pouvez avoir les meilleurs joueurs du monde mais s’ils ne se sentent pas bien, que vous n’avez pas l’esprit de groupe, qu’ils n’ont pas envie de jouer ensemble, s’il y a égoïsme, l’individualisme, ça se passe comme au Portugal. Pas besoin de dire quelle nation a complètement échoué avec cette façon de réfléchir… Le groupe est la plus grande des vedettes. C’est ma façon de travailler. On ne peut pas construire un groupe en quinze jours. Il faut du temps, du travail, de la rigueur, des discussions collectives, des bons matchs, des bons résultats…
« Les joueurs qui sont bons vont jouer »
Conserverez-vous Edouard Cissé ?
J’ai parlé avec lui. Il m’a dit qu’il ne voulait pas partir. Les joueurs savent bien communiquer pour eux. L’année dernière, j’avais un joueur qui manipulait tout le monde, en parlant du maillot et du public mais qui ne saluait jamais le public. Moi, je ne manipule rien : je dis ce que je pense. C’est exactement le cas avec Edouard. L’année dernière, c’est l’un des rares de ceux qui sont partis qui a montré qu’on pouvait compter sur lui. Il m’avait demandé s’il serait titulaire. Je lui avais répondu que je ne pouvais pas lui promettre ça et il m’avait dit qu’il voulait partir. Cette année, ça a changé. Je lui ai dit : « si tu restes et si tu gagnes ta place, je n’ai rien contre ça. » Cela dit, il sait parfaitement bien dans quelle position il est. Pour le moment, il est là mais si on propose 4 M€ pour lui… L’année dernière, il revenait avec de la frustration. Il en avait un peu marre. Il se sentait « maltraité » par les anciens dirigeants du PSG qui ne faisaient pas confiance aux gars du centre de formation comme Laurent et Jérôme Leroy, Domi, Kaba Diawara. Il sentait de la frustration car il se sentait rejeté. Je lui ai parlé sincèrement. A Monaco, il était même content sans être titulaire. Au PSG, il ne veut pas l’être. Ça change.
Personne n’a donc l’assurance d’être titulaire ?
Chez moi, les joueurs qui sont bons vont jouer. S’ils ne sont pas bons, ils ne seront pas dans l’équipe. Jamais je ne donne une promesse que je ne peux pas tenir. L’année dernière, Pauleta est resté deux trois matchs sur le banc. Cette année, tous les joueurs seront aussi sur le banc, en CFA. Pour gérer un groupe, pour préserver la fraîcheur, la motivation, il faut faire comme cela. Un joueur ne peut pas jouer 60 matchs à 100%. C’est impossible physiquement ou psychologiquement. Les joueurs veulent jouer tout le temps mais pas s’entraîner tout le temps. On ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Pendant le stage, on explique à tout le monde tout ça, surtout aux nouveaux. Tout le monde dit « oui, oui ». On a tous noté ce qu’on a discuté. Chacun connaît son statut au PSG.
« Pauleta a prouvé que c’était un buteur d’exception »
Tout le côté gauche est reconstruit. Pensez-vous que cela va mettre du temps pour se mettre en place ?
Armand, Ateba, Rothen : ce sont des joueurs qui ont fait leurs preuves. Je compte beaucoup sur eux. C’est la première fois depuis quelques années qu’on a des candidats pour l’équipe nationale. C’est aussi une belle chose pour le PSG. Savoir si ça va marcher tout de suite, on verra. Pour construire le jeu, trouver les automatismes, il faut un certain temps. La semaine dernière, je n’ai pas eu tout le groupe tout le temps. Il me manque encore deux trois joueurs de qualité pour avoir un groupe capable de faire une belle saison. Ça sera difficile de confirmer la deuxième saison : c’est toujours délicat.
Comptez-vous sur le désir de rebondir de Pedro Pauleta cette saison après un Euro raté ?
Pauleta ? Il a prouvé tellement de choses… C’est le joueur avec qui j’ai le plus parlé individuellement l’an dernier. Pauleta a prouvé que c’était un buteur d’exception. Mais s’il marque un but et que l’équipe perd… Il n’est pas venu au PSG pour ça. Il n’est pas venu pour être meilleur buteur mais pour que le PSG gagne. Il a contribué pleinement à cela. Pourquoi il a raté l’Euro ? J’ai mon opinion mais je ne me prononce pas publiquement. Je suis plus que satisfait de la saison de l’année passée de Pedro Pauleta.
Peut-il être le capitaine du PSG, votre relais dans le groupe ?
C’est un prétendant mais il y a d’autres candidats aussi. Je peux plutôt m’appuyer sur 5-6 leaders positifs qui peuvent mener un groupe. S’il y en a plus, c’est encore mieux. J’ai parlé beaucoup à ces leaders positifs durant le stage. Ce ne sont pas des leaders qui demandent toujours comme les syndicalistes si on a dix ou vingt maillots, si on a un chèque à Noël pour un enfant… Je veux un vrai relais de moi sur le terrain. L’an passé, je n’avais pas vu pendant un entraînement un gars qui ne voulait pas se replacer et il y a deux trois gars qui l’ont engueulé. Vous écrivez qu’il s‘engueulent, qu’ils se battent. Moi, je dis « super, bravo les gars ». Ils ont engueulé un garçon qui ne s’est pas replacé. C’est bon signe. C’est une vraie solidarité, une vraie relation. J’apprécie cela.
« Se battre pour la Ligue des Champions »
Quel est l’objectif du PSG ?
Le PSG doit, chaque année, jouer la Coupe d’Europe, se battre pour la Ligue des Champions car elle amène les finances. Mais c’est facile d’en faire un objectif. Derrière, il faut assumer ça. L’année dernière, on n’avait pas l’équipe pour tout ça. D’autres équipes étaient plus fortes que nous : Marseille, Monaco, Auxerre, Sochaux, même peut être Nantes. On a discuté avec le groupe et on s’en est sorti. Pauleta, Sorin, Ljuboja ont exprimé leur talent dans l’esprit collectif. Pour moi, le collectif est sacré.
Quelle équipe voyez-vous au-dessus du PSG ?
Lyon, Monaco qui a recruté un bon attaquant que je suivais ( Ndlr : Chevanton). Mais 10 M€, c’est impossible pour nous. Marseille va vendre Drogba et va recruter : Monaco, Lyon, Marseille, ça sera pas mal. Auxerre, je ne sais pas exactement.
« Là, on joue à Ray Charles »
Que vous inspire la suspension du Parc des Princes pour le premier match ?
Je ne pense pas qu’on méritait ça. Je sais distinguer nos supporters de ces groupes de voyous qui ont fait cette mascarade, cette honte à Strasbourg. Notre public du Parc, je le remercie pour son comportement. Un petit groupe de gens ne mérite pas d’être dans un stade et on doit payer ça. Je trouve ça scandaleux. Je me souviens à Bastia : il s’est passé quelque chose de plus grave. Résultat : un match avec sursis. J’ai l’impression que tout le monde veut faire preuve de rigueur et de discipline avec le PSG. La Fédération l’an dernier, la Ligue ; la recette de ce match coûte un million. Qui va payer ça ? Le PSG est-il responsable de tout ça ? Le PSG s’est distingué dès le premier jour de ces supporters. On ne peut pas contrôler tout ça, même si on travaille beaucoup avec le public, pour l’image. Car le PSG, ce sont aussi les supporters. Mais on a des millions de supporters, on ne peut pas dire que tout le monde est correct. Pour cette bêtise, on prive le Parc de notre public. Je ne trouve pas cela normal.
Que va faire le club ?
On a des arguments pour répondre. S’ils font ça pour tout le monde… On a montré une cassette des choses qui valent sursis et qui pour nous valent un match de suspension ferme. C’est énorme. Pour le PSG, un million d’euros, c’est énorme.
Paris est-il le mal aimé ?
Je n’aime pas cette excuse. Dans certains stades peut-être… Là, les instances sont allées loin dans cette décision sans penser aux conséquences. On a montré les images de notre match à Bastia. Là, on joue à Ray Charles… Malheureusement, ce grand chanteur nous a quittés. C’est une expression que j’utilise souvent, les joueurs comprennent. On va se battre contre cette décision, en utilisant tous les recours nécessaires.