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José Anigo : ´´Le pus dur est devant moi´´
C´est donc la seconde fois que José Anigo est appelé pour remplacer l´entraîneur en poste de l´équipe première. Ancien joueur et, jusqu´à mercredi, entraîneur du CFA, José Anigo a désormais la lourde tâche de relancer l´OM dans la course à l´Europe.
C´était en avril 1981. Pour causes de dettes financières qui s´élevaient déjà à un milliard et demi de centimes, l´OM était placé en liquidation judiciaire. Relégué en D2, la saison précédente, l´OM filait vers l´anonymat. L´oubli. Le personnel et les joueurs étaient placés au chômage technique. Mais Jean Sadoul, patron du Groupement des Clubs Pros ( ancienne LNF) permettait un ultime baroud d´honneur. A six rencontres -Les six glorieuses-- de la fin du championnat, les jeunes joueurs de l´équipe réserve étaient appelés à sauver les meubles. Ce qu´il firent à la surprise générale, grâce à une série de six rencontres sans défaite, ponctuée d´une victoire aux dépens de Montpellier, futur promu.
Entraînés par Roland Gransart, ces gamins ( Anigo, Levy, De Falco, Di Meco, De Bono, Caminiti, Flos, Blum, Terrones, Garcia, Chancel, Francini, Lapinta et Pascal), allaient écrire l´une des pages les plus inoubliables de l´histoire de l´OM.
Né dans les quartiers Nord, José est âgé aujourd´hui de 42 ans. Il a débuté sa carrière olympienne en 1975. Il intègre le groupe pro en 1979 et ne le quittera qu´en 1987, l´année de prise de pouvoir de Bernard Tapie. José Anigo signe alors à Nîmes. Les Crocodiles sont ambitieux et envisagent de retrouver leur lustre d´antan sans plus attendre. Nîmes fera finalement du sur place.
En 1990, José décide dès lors, de rentrer au bercail. A Endoume-Catalans en D3 : " J´ai joué deux ans, le président Francis Di Giovanni avait choisi de rassembler les minots de l´époque. Ensuite donc, j´ai pris la direction de l´équipe pendant trois ans. Le président m´avait poussé à être entraîneur-joueur, alors que je ne possédais pas les diplômes d´entraîneur. Cette expérience m´a été bénéfique car c´est à ce moment-là que j´ai senti que j´étais entraîneur au fond de moi" Avec Endoume, il accède au 32e de finale de la Coupe de France en 1996, contre l´OM au stade vélodrome. A cette époque, il compte sur des garçons comme Adjaoud ( Sedan), Aubanel ( Gueugnon), Sciortino ( Istres) et Bencherif ( Sète).
Un an plus tard, il revient l´OM : " Je me suis d´abord occupé des benjamins. Nous avons été champions la première année. Avec les -17 ans ensuite, j´ai accompli un bon parcours puisque nous nous sommes inclinés lors des poules finales du championnat de France. C´est une première dans l´histoire du club."
Et puis début avril 2001, José est passé des algécos des jeunes, aux vestiaires des pros, à la demande de Tapie. Une expérience qui change sa vie : " Le changement est essentiellement dans l´approche. Elle est complètement différente. Les jeunes écoutent toujours les anciens, encore davantage lorsqu´ils ont joué à l´OM. Avec les pros, c´est différent, il faut forcer le respect. Et les premières semaines sont prépondérantes. Il faut mettre de l´envie. Laisser ses problèmes au placard."
A quelques jours du début de saison, Tomislav Ivic jette l´éponge. Du coup, c´est son adjoint José Anigo qui est propulsé au rang d´entraîneur. Michel Flos l´assistera dans ses nouvelles fonctions. Alors que la saison n´a débuté que depuis deux mois, le torchon brûle entre Tapie et Anigo. Bernard Tapie nomme alors Albert Emon pour remplacer le ticket Emon-Flos qui retourne, avec succès, au centre de Formation. En effet, ils remporteront le titre de champion de France des réserves professionnelles en finale contre Lille.
Aujourd´hui, il est de nouveau appelé à la rescousse pour tenter de remettre à flots un groupe qui a prouvé en début de saison qu´il avait les qualités pour jouer dans le haut du tableau.
José, tu es nommé pour la seconde fois entraîneur de l´OM, cette fois-ci dans des conditions différentes…
J.A. : " Oui, ce sont d´autres conditions, plus sérieuses… Et pas au pied levé puisque la dernière fois, cela s´était fait le vendredi pour le match du samedi. Là, j´ai quelques heures de plus. C´est surtout un groupe avec lequel, j´en suis sûr, je vais bien m´entendre. J´ai besoin d´eux pour réussir et ils ont besoin qu´on les aime avant tout. Je suis quand même surpris car même cet après-midi, la tendance voulait que je travaille avec Alain Perrin. Mais finalement, ce n´est pas fait pour me déplaire car tous les entraîneurs ont envie, à un moment donné, de s´évaluer. Je vais essayer de le faire sur les mois qui restent. On fera les comptes à la fin."
Tu appréhendes la tâche qui t´attend ?
J.A. : " J´ai des idées sur le travail qui m´attend, sur les personnes avec qui je veux travailler. Il y a des personnes en place qui vont m´aider car elles connaissent le groupe depuis plus de six mois. Il faut faire les choses le plus simplement du monde, reprendre le travail avec de l´envie, de la joie, du bonheur et arrêter de stresser. Je ne suis pas quelqu´un qui éprouve de la peur, ce n´est pas dans ma nature, surtout pas pour un match de football car il y a des choses bien plus graves. Je prends cela comme un grand bonheur en étant aussi conscient de la tâche qui m´attend. Lens ne sera pas un match facile, c´est évident mais quand on parle du second match ( OM-PSG, ndlr), c´est une montagne !
C´est le moment de montrer au public marseillais que l´on a un potentiel, une envie, du caractère et une âme. Après ces deux rencontres, on pourra établir un contact, notamment avec les supporters, car battre Paris peut déclencher un élan. Le moral est lié au résultat. Les performances sont un baromètre."
Il y a encore quelques joueurs qui t´ont connu et apprécié lors de ton premier passage au poste d´entraîneur. Cela va sûrement t´aider…
J.A. : " On ne t´apprécie jamais par hasard. Ils savent très bien que je suis monté au feu pour eux. Ils me l´ont bien rendu, ils ne s´en sont peut-être pas rendus compte mais ces joueurs ( Hemdani, Dos Santos…), je les aime car ce sont des gens humainement très intéressants. Pendant deux ans, ils venaient régulièrement me voir et, pour moi, c´est une reconnaissance. Cela m´a renforcé dans ma vision d´être proche de mes joueurs. Mes joueurs doivent savoir que je serais toujours prêt d´eux et à l´écoute car une entraîneur ne peut vivre que s´il a le groupe avec lui. Ce n´est que comme cela que ça peut marcher."
Défaite contre Endoume puis nomination au poste d´entraîneur, c´est une drôle de journée ?
J.A. : " C´est une double joie… Même si je perds contre Endoume, je suis content de les voir prendre quatre points. Ce sont des gens que j´aime bien, voir leur bonheur à essayer de se sauver m´a fait plaisir. On a tout fait pour les battre mais il faut aussi savoir reconnaître le mérite de l´adversaire. Quant à la nouvelle de ce soir, c´est un bonheur mais le bonheur je le vis aussi chez moi, en famille.
Cependant ce soir, j´ai une pensée pour mon père qui m´a toujours poussé à passer mes diplômes et qui de là-haut doit se dire que je m´en sors pas trop mal et je pense aussi à Françis Raibaldi, qui nous a quitté récemment. Il a été un de mes premiers entraîneurs, il a beaucoup travaillé pour les jeunes et il mérite le respect. Par rapport à eux, je me dis que la boucle et bouclé mais je pense aussi que le plus dur est devant moi."