FOOTBALL
LIGUE 1
« Vahid avait changé »
FABRICE FIORÈSE assure qu’il n’a pas prémédité son départ pour Marseille, mais que Halilhodzic était devenu trop dur.
Il y a six jours, Fabrice Fiorèse arrivait à Marseille au terme d’une semaine de rebondissements et de conflit ouvert avec l’entraîneur du PSG, Vahid Halilhodzic. Aujourd’hui, l’attaquant donne sa version sur son départ du club parisien, après deux saisons et demie dans la capitale. Il affirme que les méthodes de Vahid Halilhodzic s’étaient récemment endurcies. Et il balaie toute idée de coup monté.
« À QUAND REMONTENT les premières tensions avec Vahid Halilhodzic ?
– La première réunion a eu lieu le mardi précédant le déplacement à Toulouse ( 1-2). Je suis allé dans son bureau pour lui dire que je ne voulais plus être vice-capitaine. Pour lui, les capitaine et vice-capitaines doivent lui rapporter ce qui se passe dans le groupe. Je lui ai donc dit : “Hors de question de vous rapporter quoi que ce soit.” Il s’est tu puis m’a lancé : “Tu as assez parlé. Maintenant, tu vas à l’entraînement. Quant à ta démission, je ne l’accepte pas. C’est moi qui décide.” Pendant la séance, il a insinué que certains étaient trop payés, en me regardant, moi et d’autres, avec insistance. Il a ajouté que si des joueurs n’étaient pas contents, ils pouvaient venir le voir et seraient placés sur la liste des transferts.
– Est-ce à ce moment que vous avez décidé de retourner le voir ?
– Dans ma tête, je me suis dit : “OK ! Je vais vous dire ce que je pense.” En agissant ainsi, je savais que j’allais être placé sur la liste des transferts. On a donc eu une réunion le mardi ( 24 août).
– Que lui avez-vous dit ?
– J’ai expliqué que je n’appréciais pas ses méthodes. Depuis quelque temps, certaines de ses paroles n’étaient plus respectueuses. À aucun moment nous n’avons par exemple critiqué son salaire. Vahid avait changé. Comme il a eu des résultats l’an dernier, peut-être se sentait-il intouchable. La saison dernière, il n’était pas comme ça parce qu’il devait prouver. La rigueur et la discipline, ça me va. Sauf que là, il avait des mots blessants.
« Le discours
d’Anigo m’a plu
en cinq minutes »
– Alors, pourquoi avez-vous, fin juin, prolongé au PSG jusqu’en 2008 ?
– Quand j’ai resigné, j’étais très bien. Mais les méthodes de l’entraîneur se sont endurcies. Dès qu’on n’allait pas dans son sens, il n’acceptait pas. Il dit que j’ai demandé à manger de la viande lors des mises au vert. Mais c’est un détail. Il s’agissait d’une suggestion du groupe parmi tant d’autres. Il n’en a accepté aucune. Demander des chambres individuelles, c’était simplement pour être plus performant le lendemain.
– Lorsque Vahid Halilhodzic vous a convoqué, avec d’autres membres du club, dans son bureau, il dit que vous avez parlé “méchamment”…
– C’est faux. Il y avait ses deux adjoints, le médecin, Alain Roche, Jérôme Alonzo, Pedro Pauleta et José Pierre-Fanfan. Je me suis senti devant un interrogatoire. J’étais assis au bout d’une table, on m’accusait. À l’issue de cette réunion, le président Graille a décidé de me mettre à pied cinq jours.
– À partir de quand avez-vous eu des contacts avec l’OM ? – L’OM s’est renseigné le lundi 30 août, à 21 h 15. C’est là que j’ai eu José Anigo pour la première fois. Trois heures plus tôt, au terme de ma mise à pied, j’avais eu une réunion avec le président Graille. Ça s’était bien passé. Je lui avais dit que j’étais à 300 % parisien. J’étais prêt à repartir au PSG. Il m’a dit que j’étais au service du groupe et que je reprendrais l’entraînement le lendemain. Je suis alors allé récupérer ma nouvelle voiture au Parc des Princes. J’entends encore Modeste ( M’Bami) me dire : “Fio, je pars en sélection. Je te vois à mon retour ? ” Je lui avais répondu oui. Mais à 20 h 30, Alain Roche, qui avait parlé avec Vahid, a appelé mon manager et lui a rapporté les propos du coach : “Il est hors de question que Fabrice Fiorèse porte le maillot du PSG. Il m’a manqué de respect, ne s’est pas excusé. Il a 24 heures pour trouver un club.”
– L’OM s’est manifesté rapidement…
– Je vous le répète. À 21 h 15, j’ai eu José Anigo au téléphone. Son discours m’a plu en cinq minutes. J’entendais, pour la première fois depuis longtemps, un discours humain. Je lui ai alors répondu que je ferais tout pour venir.
– Comprenez-vous que le PSG se soit senti piégé ?
– Les dirigeants étaient disposés à me prêter gratuitement à Sochaux. En agissant ainsi, ils n’auraient pas récupéré un euro. Comment peuvent-ils dire que je les ai pris en otages ?
– De Guingamp à Paris, votre transfert avait également donné lieu à des conflits.
– Mais c’était différent. Le président m’avait promis, un an et demi plus tôt, de me laisser partir si un club ambitieux s’intéressait à moi. Auxerre s’était manifesté, Lille, qui jouait la Coupe d’Europe, aussi. Seulement, Guingamp ne voulait pas me lâcher. Puis il y a eu Paris. J’ai alors pris la décision de partir car on ne m’avait pas respecté.
– Appréhendez-vous le prochain PSG-OM ?
– Pas du tout. Je n’ai rien à me reprocher. J’ai juste dit ce que je pensais. Une chose est sûre : je dirai bonjour à Vahid Halilhodzic mais je ne lui serrerai pas la main. »
DAMIEN DEGORRE