Je reviendrai
DIDIER DROGBA signe, aujourd’hui à Londres, un contrat de quatre ans avec Chelsea. Hier, il a lâché l’OM le cœur gros.
Depuis le 2 juillet, Chelsea voulait s’attacher les services du meilleur buteur de l’OM. L’entraîneur du richissime club anglais, José Mourinho, le désirait ardemment et il l’a obtenu. Pour 37,5 millions d’euros, somme record pour un joueur de L 1 – une « offre hors marché » selon Christophe Bouchet – qui ne pouvait donc se refuser, Marseille a laissé partir son joyau ivoirien. Hier soir, au Stade-Vélodrome, Drogba, Bouchet et Pape Diouf ont officialisé leur séparation. Mais l’ancien Guingampais ne part pas sans amertume.
« VOUS QUITTEZ MARSEILLE après une saison faste pour attraper le train doré du football anglais. Comment s’est opéré votre choix ?
– Le feuilleton Chelsea-Drogba, d’après ce que j’ai pu lire, a démarré en mai. Mais, à cette époque, j’avais clairement affirmé que mon avenir se situait uniquement à l’OM. J’étais heureux à l’idée de prolonger à nouveau l’aventure avec José ( Anigo). J’étais donc parti pour… rester. Et puis c’est le 3 juillet dernier au soir, alors que j’étais en sélection avec la Côte d’Ivoire, que tout a été chamboulé. Pape ( Diouf) est venu me révéler les propositions de Chelsea, et ça m’a mis un sacré coup au moral. Ça remettait beaucoup de choses en question, notamment mon investissement au sein de l’équipe pour l’année à venir… On a longuement discuté, et je ne vous cache pas qu’au départ j’avais envie de rester. Si j’avais écouté mon cœur, je serai encore à l’OM, parce que j’y ai vécu des moments intenses, inoubliables.
Mais il y a aussi la raison qui parle, et quand on prend un peu le temps de réfléchir, de s’asseoir, on se rend compte qu’il y a des conditions qu’on ne peut pas refuser, qui ne vont pas se présenter à vous tous les jours. Aussi bien sportivement que financièrement, c’est un pari très très intéressant. Voilà ce qui m’a poussé à dire oui, car j’aurais très bien pu refuser cette offre. Je tenais aussi à souligner que j’ai décidé de partir parce que j’en avais vraiment envie. On ne me force pas la main, j’ai toujours pris mes décisions seul.
– En l’espace d’une saison, une relation très forte vous liait au public marseillais. Il va être très déçu…
– Croyez-moi, c’est vraiment dur. En un an, j’ai vraiment ressenti de grosses émotions, j’avais ce club inscrit dans le cœur et, comme dans un couple, ça fait toujours mal de se séparer. Je suis triste, j’aurai beaucoup de chagrin, mais je reviendrai. Pour les supporters, c’est sans doute difficile à comprendre, mais avec un peu d’intelligence – et ils en ont – ils adhéreront à mon souhait de partir là-bas. Si j’ai la chance d’aller à Chelsea, c’est grâce à l’OM. Bien sûr, j’aurais aimé participer à la conquête du titre avec l’OM, mais c’est ainsi… En tout cas, j’aurai toujours donné le meilleur de moi-même et je n’aurai jamais triché. Je crois aussi que les gens me connaissent assez pour savoir que ce n’est pas seulement l’aspect financier qui m’a poussé à partir. C’est essentiellement le fait que José Mourinho me veuille et m’ait déjà vu évoluer. Cela a été déterminant dans ma décision.
– Avez-vous eu un entretien avec lui ?
– On a eu une petite discussion et ça m’a éclairé sur le choix que j’avais à faire sportivement, même si j’étais tout à fait disposé à poursuivre, à l’OM, sans disputer la Coupe d’Europe. Quand on joue aux côtés de Kezman, Mutu, Makelele et autres, on franchit forcément un palier. Mourinho a montré beaucoup d’attention à mon égard. J’arrive dans un club qui n’a pas gagné beaucoup de titres et qui a soif de victoires, ça se sent et c’est motivant. Et, comme à mon arrivée ici, j’y vais sans pression. Pour moi, ce n’est que du bonheur en perspective. Je vais essayer de ne pas décevoir, tout simplement.
– Quelles ont été les réactions dans l’effectif marseillais ?
– Aucun joueur ne m’a freiné. Beaucoup m’ont assuré que j’avais fait le bon choix. Et puis, ça m’a fait du bien de discuter avec José ( Anigo), auquel je me suis attaché en très peu de temps durant les grands moments vécus ensemble. Évidemment, je garderai énormément de souvenirs de Marseille : mon premier but au Vélodrome ( le 23 août, Marseille-Sochaux, 2-0, 4e journée), la demi-finale retour contre Newcastle ( 2-0)… J’ai l’impression que c’était hier soir. Et puis je resterai un ambassadeur et un supporter de l’OM.
– Votre saison s’est prolongée jusqu’à début juillet avec les qualifications pour la Coupe du monde 2006. N’êtes-vous pas exténué ?
– C’est clair, je n’ai pas eu assez de vacances. Et puis on part en stage dès mercredi ( demain) aux États-Unis. Je vais essayer de trouver mon rythme. »
L´Equipe Papier