VALENCE - MARSEILLE
« Une super bouffée d´oxygène »
HÉLÈNE FOXONET
BRAHIM HEMDANI, le capitaine, raconte la saison marseillaise et l´élan que lui a donné la Coupe de l´UEFA.
13 août, Austria Vienne - Marseille : 0-1
27 août, Marseille - Austria Vienne : 0-0
« ON NE S´Y ATTENDAIT pas du tout mais, à la mi-temps du match de Vienne, à peine rentrés au vestiaire, chacun, individuellement, prend un savon par le coach. Et parfois de manière très virulente. C´était la première fois depuis son arrivée, un an avant, qu´il le faisait de cette façon. Je garde le souvenir du regard de certains joueurs. Ils disaient : " On mène 1-0 en Coupe d´Europe, on ne comprend plus rien." Ils ne savaient même plus ce qu´ils devaient faire en seconde période. Alors, à quelques-uns, Fabio et moi notamment, on a dit : " Les gars, on reste comme ça et on essaie de garder le résultat." Ce jour-là, il y avait tellement d´interrogations chez les joueurs que je me suis dit : " Ça peut tout casser." »
LE MATCH À MADRID
C 1, 16 septembre, Real Madrid - Marseille : 4-2
« On avait essayé une nouvelle tactique, en séance, la veille du match, mais je n´étais pas encore sûr de bien comprendre. Alain Perrin m´avait placé au poste de libero mais je n´avais pas mes repères. Il l´annonce quand il donne sa composition d´équipe en me disant : " Alors, étonné ? " Je lui réponds : " À moitié. » Mais c´est à la mi-temps que tout bascule à nouveau. Le coup de gueule est sans commune mesure avec ce que nous avions entendu à Vienne. Il s´en est pris à un joueur ( il s´agit de Habib Beye, à qui il dit notamment qu´il peut reprendre un avion pour Strasbourg le soir même). On était abasourdis de l´entendre dire certaines choses, et il insiste pour savoir si on n´est pas tétanisés par l´enjeu. Très violemment, toujours. Personne ne peut répondre. Juste avant la reprise, il reprend le contrôle de lui-même et change de tactique. Beye doit prendre Raul et Meïté marquer Zidane de très près. Cet épisode nous a beaucoup remués. Mais, à ce moment-là, l´affaire était loin d´être terminée. »
LA BROUILLE PERRIN-RUNJE
Septembre 2003
« Le surlendemain du match de Madrid, Alain Perrin prend connaissance des déclarations de Vedran Runje dans France Football. Il est entré dans le vestiaire en désignant Vedran et en disant à tout le monde : " À la suite de ces déclarations, je vais vous laisser. À partir d´aujourd´hui, c´est Vedran qui va conduire l´entraînement et faire la composition d´équipe." ( *) Ce jour-là, j´étais blessé et je ne l´ai appris qu´après. Vedran a bien essayé de lui expliquer sa position et pourquoi il avait parlé ainsi, évoquant la solidarité qui doit exister entre un entraîneur et ses joueurs dans la victoire comme dans la défaite. Mais Perrin s´est entêté et nous avons manqué de courage. C´est d´ailleurs ce que je regrette le plus cette saison. Vedran présentait une pensée commune, et on ne l´a pas soutenu plus que ça. On n´a pas fait corps avec lui, on a dit que des choses n´allaient pas, sans aller plus loin. Ensuite, c´est parti en vrille... Dès que Vedran voulait parler, il le chambrait méchamment : " Toi qui sais tout..." »
L´ARRIVÉE DE BARTHEZ
Octobre 2003
« La rumeur commençait à enfler mais on n´y croyait pas vraiment parce qu´on se disait qu´on avait un bon gardien. La veille du match de Championnat à Strasbourg, je vois dans la chambre que Vedran ne va pas bien mais il ne veut pas se confier pour me laisser me préparer normalement. Le lendemain, on ne parle que de ça. Perrin le convoque pour lui annoncer l´arrivée de Barthez en numéro 1. On perd 1-4 sans vraiment que Vedran y soit pour quelque chose. Mais l´ambiance continue de se dégrader au sein du groupe parce que cette histoire touche Vedran, qui en est un leader. Pourtant, il ne faut pas se tromper : ce sont les résultats qui, ensuite, ont fait basculer les choses. »
LE DÉPART DE PERRIN
Janvier 2004
« On a été les premiers surpris parce que, pour nous, si cela avait dû se faire, c´était pendant la trêve. On entendait déjà parler de José ( Anigo) et, pour ceux qui le connaissaient, c´était une bonne chose. Ce changement direct en a surpris plus d´un parmi nous. Mais il faut rappeler que nous, les joueurs, nous subissons totalement les événements.
Quand José est arrivé, il a procédé de la même manière qu´au centre de formation. D´emblée, il a dit : " Le dialogue est ouvert, ma porte du bureau sera toujours ouverte. Si vous avez besoin de me poser des questions, venez me voir. J´arrive dans un contexte difficile mais on va faire en sorte que les choses se redressent petit à petit. On y arrivera si chacun y met du sien. Je vous demande d´oublier ce qui s´est passé avec mon prédécesseur, même si c´est dur. Laissez vos rancoeurs de côté. Il reste quatre à cinq mois à vivre ensemble, alors, faisons-le au mieux ! " Il a commencé à panser les plaies par du travail et beaucoup de jeu à l´entraînement. On a commencé à échanger par le jeu, ça a fonctionné très vite. »
LE PARCOURS EN COUPE
DE L´UEFA
Depuis février 2004
« Pour moi, le déclic s´est produit à Dniepropetrovsk, en Ukraine. À l´aller, cela avait été très difficile ( victoire 1-0) et José nous a dit : " Les gars, on n´a pas été bons, mais on se moque de ce qui se dit à l´extérieur. Ce qui compte c´est ce qu´on fait ensemble." Après ça, on s´est qualifiés en Ukraine puis on a tous souhaité tomber sur Liverpool et on a eu ce tirage. Ça s´est enchaîné, tout avait changé dans nos têtes, on s´est dit que c´était possible. Dans cette Coupe, on a été au maximum de notre motivation et de notre concentration. Quand on regarde en arrière et qu´on voit notre saison pleine de soubresauts, de tensions et là où on en est aujourd´hui, on se dit que la Coupe d´Europe a tout effacé. Cela a été une super bouffée d´oxygène. »
( *) : Perrin fera finalement l´équipe qui jouera à Nice. Mais il ne donnera aucune consigne aux joueurs avant et pendant le match et les laissera se débrouiller seuls. L´OM, après avoir été mené, gagnera finalement 2-1.
19/05/2004 © Copyright L´Equipe 2004 Tous droits réservés