OM, le mouvement perpétuel
DOMINIQUE ROUSSEAU
Depuis sa dernière demi-finale européenne en 1999, Marseille a connu onze entraîneurs. Et 208 mouvements de joueurs...
DEPUIS LA DERNIÈRE demi-finale européenne de Marseille, contre Bologne ( 0-0, 1-1) en Coupe de l´UEFA, il s´est passé cinq ans. Et comme il s´agit de l´OM, ces soixante mois ont largement de quoi fournir la chronique de la vie entière d´un autre club. Il y a cinq ans, le 20 avril 1999, Marseille se rendait à Bologne pour la demi-finale retour ( 1-1, aller : 0-0). Cinq jours plus tôt, l´OM avait battu Nancy ( 4-0) à Montpellier, le Vélodrome étant suspendu, pour la 29e journée de Championnat et en prenait la tête, 1 point devant Bordeaux. L´équipe marseillaise pour cette demi-finale retour ? Porato - Gallas, L. Blanc ( cap.), Domoraud, Edson - Brando ( Maurice, 46e), Luccin, Pires, Bravo ( Gourvennec, 77e) - Ravanelli, Dugarry ( Camara, 68e). Sur le banc, Rolland Courbis, en tribune officielle le président Robert Louis-Dreyfus et Jean-Michel Roussier, le président délégué.
Quatre ans plus tard, plus aucun joueur de l´effectif n´est marseillais, Courbis et Roussier ne sont plus là, Louis-Dreyfus n´occupe plus de fonction officielle au club. Depuis avril 1999, José Anigo est le 11e entraîneur et il y a eu 208 mouvements de joueurs dans l´effectif, 89 arrivées et 119 départs.
Le 12 mai 1999, en finale de la Coupe de l´UEFA, Marseille était battu par Parme ( 0-3) et terminait second du Championnat le 29 mai, 1 point derrière Bordeaux. Deux places d´honneur mais un rang sportif que Marseille n´a pas connu depuis. Deux ans et demi après l´arrivée de Louis-Dreyfus à la présidence, l´OM semblait sur le chemin du renouveau sportif et de son image. Il allait en fait côtoyer le gouffre. Le 29 avril, Roussier annonçait sa démission, chassé par une alliance entre Courbis et les chefs des groupes de supporters, auxquels le président délégué voulait reprendre la concession exclusive des virages. Courbis contre Roussier, c´est le premier d´une succession de duels suscités par RLD. Avec, dès le 1er juin, Rolland Courbis contre Yves Marchand. Si Roussier n´était que président délégué, Marchand est lui président tout court. Et contre toute attente, c´est Courbis qui « démissionne » le 25 novembre 1999 - en fait, un licenciement. Du côté des supporters, le départ surprise de Laurent Blanc à l´Inter Milan, trois jours après la clôture des abonnements à l´intersaison, n´a pas arrangé la cote de l´entraîneur. C´est le soir de la défaite ( 0-2) contre la Lazio Rome, le 24 novembre pour la première rencontre de la deuxième phase de la Ligue des champions qu´il part, remplacé par Bernard Casoni.
Sauvé de justesse de la relégation
Cela ne va pas s´arranger. Invasion de la Commanderie par une cinquantaine de supporters le 23 décembre après la lourde défaite à Saint-Étienne ( 1-5), incidents après OM-Lens ( 1-2) le 18 décembre. Trois jours plus tard, le club est perquisitionné suite à l´information judiciaire ouverte concernant les transferts entre 1997 et 1999, affaire toujours en cours. Au mercato d´hiver, Ravanelli ( Lazio) et Dugarry ( Bordeaux) quittent l´OM qui termine le Championnat à la quinzième place, sauvé de la relégation à la différence de buts avec Nancy. Les victoires de prestige en Ligue des champions à domicile contre Manchester United ( 1-0) et Chelsa ( 1-0) sont bien loin. Entre temps, le 7 février 2000, l´affaire du tunnel du Stade-Vélodrome lors d´OM-Monaco ( 4-2) entache gravement l´image du club, lorsque Gallardo est frappé par Christophe Galtier, ce dernier endossant sans broncher la responsabilité de l´affaire.
À l´été 2000, exit Bernard Casoni, Abel Braga s´installe sur le banc en provenance de Vasco da Gama. Les départs de Dalmat, Luccin ( Paris-SG), Pires ( Arsenal) soulagent les caisses du club qui recrute, entre autres Dos Santos ( Montpellier), Ngotty ( Milan AC), Adriano ( Atletico Parana) et Marcelinho ( Sao Paulo). La greffe brésilienne ne prend pas et la saison 2000-2001 est aussi catastrophique que la précédente, sur tous les plans. Pierre Dubiton ( ex-directeur financier du club) et vice-président de l´OM Association ( détentrice de 33 % du club) réclame le départ d´Yves Marchand et de Robert Louis-Dreyfus, dénonçant une gabegie. Le 2 novembre 2000, Marchand démissionne de la présidence, RLD reprenant du galon. Marqué par son péché initial, avoir déclaré que « l´OM est une marque », il aura été dépassé par les luttes internes, son inadaptation à Marseille. Finalement, Marchand est l´objet d´une tractation entre RLD et Jean-Claude Gaudin, le maire : son départ contre celui d´Éric Di Méco ( manager sportif).
Tapie-Dubiton, le couple infernal
Le 25 novembre, l´OM est seizème du Championnat et Javier Clemente, qui était sur le marché, remplace Braga. Du côté des comptes, cela ne s´arrange pas. On apprend mi-janvier 2001 que par rapport à l´exercice précédent, le bilan négatif est passé de 7,97 millions d´euros à 12,37 millions d´euros. En juin, l´OM sera un temps rétrogradé.
En avril 2001, RLD reconstitue un couple infernal, son « meilleur ». Bernard Tapie ( responsable du sportif) et Pierre Dubiton ( directeur financier). Il en restera des dialogues fleuris... Conclusion du metteur en scène RLD, après le départ des deux énervés : « Mon coup de génie a été de mettre ensemble Bernard Tapie et Pierre Dubiton. J´ai ainsi pu me débarrasser des deux en même temps. » En mai 2001, l´OM termine une nouvelle fois à la 15e place. La saison 2001-2002 est celle de la valse des transferts initiée par Tapie. 26 départs et 40 arrivées sur deux mercatos, ceux d´été et d´hiver. Sur le plan sportif, Marseille, qui a vu passer comme entraîneurs Ivic, Anigo, Skoblar, Lévy, Emon, Zo. Vujovic termine à la 9e place. Dubiton a été viré en septembre 2001, Étienne Ceccaldi ( directeur administratif) disparaît à la fin de la saison, Bernard Tapie prend la tangente en juin 2002.
Entre-temps, Louis-Dreyfus, volontiers farceur, a nommé Christophe Bouchet au poste de président en avril, Bouchet ex-journaliste du Nouvel Obs et biographe de Tapie à ses heures. C´est l´attelage Christophe Bouchet ( président) - Alain Perrin ( entraîneur) qui attaque la saison 2002-2003. Celle du renouveau sportif avec une troisième place de la L 1 puis la qualification à la Ligue des champions. Mais l´OM, ce mangeur d´hommes, croque Perrin en janvier 2004 suite à un hiver maléfique. C´est José Anigo qui prend place sur le banc pour un Marseille à deux visages. Pâlot en L 1, le voilà en demi-finales de la Coupe de l´UEFA. L´OM, où l´éternel retour.
04/05/2004 © Copyright L´Equipe 2004 Tous droits réservés