Le nouveau Pape de l´OM
JEAN-PHILIPPE COINTOT
Pape Diouf sera le directeur sportif du club marseillais à partir du 1er juin.
PAPE DIOUF a confirmé mardi sa nomination au poste de directeur sportif de l´OM : « Je peux dire qu´avec Christophe Bouchet, nous sommes arrivés à un ensemble de points d´accord. » Le 1er juin, le longiligne Sénégalais de cinquante-deux ans va ainsi entamer une nouvelle carrière.
L´homme, qui depuis toujours aime relever les défis les plus inattendus, possède en fait cette étonnante particularité de déployer sa grande carcasse là où on ne s´attend pas vraiment à la trouver. Déjà, afin de marquer immédiatement sa différence, il naît au Tchad, à Abéché. Son père, huissier à l´ambassade de France, a entraîné toute sa petite famille près de N´Djamena avant de revenir se poser à Dakar.
Gaulliste de la première heure, le papa souhaite que le fiston intègre l´armée française. Refus catégorique de l´intéressé, qui tracera alors sa voie jusqu´à la cité phocéenne et trouvera refuge à La Poste. Un inspecteur corse de la grande maison, un certain Toni Salvatori, va ensuite se charger de faire basculer une première fois son destin en lui proposant de rédiger, en 1975, quelques articles pour la Marseillaise, un quotidien communiste.
« Il est d´abord passé par le basket, raconte Jean-Paul Delhoumme, pilier de la rubrique sportive, avant de rejoindre le foot. C´était un journaliste très pointu, très travailleur, qui possédait une belle plume. Il connaissait sa valeur mais était parfois un peu susceptible. »
Le grand Pape, « journaliste par hasard », s´installe alors dans la profession et ne tolère aucune concession. Au stade, il lui arrive parfois de défendre ses idées avec ardeur. « Mon cher Robert, je crois que nous allons en arriver à des extrémités physiques », répond-il un jour à Buigues, qui n´avait visiblement pas apprécié l´un de ses articles. L´OM, dont il devient un éminent spécialiste, retrouve un certain faste avec l´arrivée de Bernard Tapie, qui lui lance aussitôt : « Toi, tu es le Black le plus intelligent que je connaisse ! »
« En colère, c´est une cathédrale qui te marche dessus ! »
À cette époque, Joseph-Antoine Bell, le gardien de but camerounais du club, passe toutes ses après-midi, après la sieste, au siège de la Marseillaise. Jo et Pape sont alors inséparables. Régulièrement sollicité par de nombreux « petits frères » footballeurs africains dans la difficulté, Bell lance un jour à son ami : « Pourquoi ne deviendrais-tu pas imprésario ? » L´idée fait lentement son chemin dans l´esprit du Sénégalais qui, entre-temps, a quitté La Marseillaise pour l´Hebdo puis le quotidien le Sport où il éprouve quelques difficultés à maîtriser les nouveaux ordinateurs portables, « ces machines du diable ». Encouragé par Basile Boli, qui va constituer avec Bell et bientôt Marcel Desailly les bases de sa future écurie, Pape Diouf accepte finalement une nouvelle fois de bouleverser le cours de sa vie.
En 1988, l´ancien journaliste va-t-il entrer dans ce costume de « conseiller » qui, au premier abord, ne colle pas avec son image d´homme intègre ? Même s´il n´a jamais caché qu´il aimait la réussite avant l´argent, Diouf veut respecter ses propres règles en défendant dans un premier temps la « black connection » de France. « Les footballeurs africains se faisaient copieusement exploiter, il fallait y mettre un terme. » Basile Boli n´ira donc pas à la Lazio Rome après le sacre de l´OM en Ligue des champions. « Les Italiens demandaient beaucoup de choses et Pape pensait qu´on ne me respectait pas, explique le buteur de la finale de 1993. Pape c´est un sage, il est droit et n´aime pas se faire marcher dessus. Parce que, attention, un Pape en colère, c´est comme une cathédrale qui te marche dessus ! »
S´il concrétise l´accord de principe passé avec Christophe Bouchet, l´OM représentera le dernier challenge d´une vie riche et bien remplie, d´une vie qu´il a menée en dehors des normes auxquelles elle était destinée. Après, demain ou un peu plus tard, il sera temps pour Pape Diouf, l´homme comblé, de créer son propre journal au Sénégal. Histoire de jeter un sort définitif à ces fameuses machines du diable.
29/04/2004 © Copyright L´Equipe 2004 Tous droits réservés