« L´OM, mon club »
OLIVIER MARGOT
FABIEN BARTHEZ a signé pour deux ans à Marseille avec un objectif majeur : la Coupe du monde 2006.
« VOUS VOILÀ MARSEILLAIS pour longtemps...
- Je viens de signer pour deux ans. Ça me fait finir à Marseille à trente-cinq ans. C´est l´âge que j´aurais eu si j´avais été au bout de mon contrat avec Manchester United, en 2006. Trente-cinq ans, c´est la limite que je m´étais fixée. Cela dit, si je me sens aussi bien qu´actuellement, pourquoi ne pas continuer ? Mais je ne veux pas non plus en faire trop. On verra à ce moment-là.
- Vous étiez libre. Pourquoi avoir choisi Marseille ?
- Parce que je me fais plaisir ici ! Parce que je m´y sens très, très bien ! Ici, ce n´est que du bonheur dans ma vie de tous les jours et dans ma vie professionnelle. Ce n´est pas une histoire de pognon. J´aurais pu en gagner le double en partant dans un club étranger. Et quelques-uns m´ont dit : " Attends un peu. Et si tu fais un grand Euro ? " J´avais envie de Marseille, voilà. Parce que ce n´est pas le genre de club où tu risques de t´installer dans une sorte de préretraite. Parce que je suis entouré d´un super groupe, que je fais confiance à 200 % à mon entraîneur et que cette confiance est réciproque. Parce qu´il y a Laurent Spinosi, l´entraîneur des gardiens, avec qui j´avais déjà travaillé en D 2, et qui connaît exactement mes besoins. Au départ, il m´a dit : " Je ne suis pas là pour t´apprendre à plonger..." En revanche, il m´apporte gaieté, bonne humeur, écoute, discussions. J´ai souligné auprès du président ( Bouchet) combien un bon entraîneur de gardiens peut être important. Voilà de quoi me faire plaisir encore deux ans. Au minimum.
- Pour quelles ambitions ?
- Jouer la Coupe du monde 2006 avec l´équipe de France. Et remporter un titre avec Marseille. Les dirigeants de l´OM disent : un titre d´ici deux ans. Moi, je dis : le plus beau titre, c´est celui de champion.
« Pas d´histoires de marchands de tapis »
- Mais vous pouvez remporter la Coupe de l´UEFA dès cette année.
- C´est vrai, mais... Par expérience, je préfère ne pas trop en parler, afin de mieux savourer les jours qui précèdent ce match retour contre Newcastle. Quand même, quand on pense à notre situation en décembre, quel parcours ! Ce match retour à Dniepropetrovsk ( 0-0), sur ce terrain pourri, quel piège, un vrai coupe-gorge. C´était un combat, il fallait des guerriers et plus ça s´est durci, plus ils ont répondu présents. Et Liverpool ! Il faut les sortir, ceux-là, je sais de quoi je parle. Quant à l´Inter, n´en parlons pas... Et c´est ainsi qu´on se retrouve à quatre-vingt-dix minutes d´une finale, avec la certitude que, quoi qu´il arrive, joueurs comme supporters, nous aurons vécu de grands moments.
- Avant de signer, avez-vous demandé que l´équipe soit renforcée ?
- Certes, je suis un petit peu un leader, vu mon âge... Mais franchement, nous n´avons pas parlé de renforts. Car je respecte beaucoup les joueurs qui sont là. Si on me dit : " On repart avec la même équipe", je réponds : " Avec plaisir." En revanche, certains joueurs d´équipes adverses m´ont discrètement demandé si je restais... Ce dont je suis sûr, c´est que les gars qui viendront à Marseille passeront de bons moments. Il n´y a pas de secret : ça se voit que les joueurs de l´OM revivent depuis janvier et vous savez, on en passe du temps ensemble... Plus qu´avec nos familles !
- Au fait, quelles sont les conditions de votre nouveau contrat ?
- C´est une proposition honorable et ce sont des conditions respectueuses. Je ne voulais pas d´histoires de marchands de tapis entre nous. Surtout, surtout, ne pas ressentir ça ! On m´a montré qu´on avait confiance en moi, c´est ce qui a fait la différence.
- Aviez-vous d´autres propositions ? On a parlé d´Arsenal...
- Je n´ai eu aucun contact avec Arsenal. De toute façon, je n´avais pas envie de repartir à l´étranger. J´ai passé trois ans et demi fantastiques à Manchester et, dans mon esprit, je voulais finir à Marseille. Ici, j´ai tout : un stade plein, beaucoup de pression, aucun cadeau... Et pour Leni, mon fils de dix mois, la priorité de mes priorités, c´est parfait : le climat est beau, les grands-parents ne sont pas loin...
« Je sais pourquoi je suis parti de Manchester »
- On vous a critiqué récemment. Votre fin de parcours avec Manchester United a été difficile. Vivez-vous ce contrat et l´aventure en Coupe de l´UEFA comme une revanche ?
- En aucune manière. Je traverse une bonne période. Mais je peux passer à travers. Et on ressortira : " Barthez est cuit, il est fini." Cette année, je suis passé une fois à travers. À Rennes ( 3-4). On en a pris quatre et je n´ai pas fait ce qu´il fallait. Vous savez pourquoi ? J´ai réussi un échauffement trop parfait, je me sentais trop bien. Ça m´a un peu déconcentré et, pour un gardien, la concentration, c´est le plus important. Il m´a fallu un peu de temps, aussi, pour m´habituer à une nouvelle défense. Mais non, laissons cet argument de côté... Car mon rôle est plutôt égoïste. Je m´explique : c´est en pensant à mon jeu que je vais apporter le plus, pas en anticipant sur telle course ou tel déplacement d´un défenseur... Quant à mon ancien club, ce n´était pas le Manchester habituel. Je ne me fais pas de souci pour eux et je n´éprouve aucun sentiment de revanche envers Alex Ferguson, que je ne remercierai jamais assez pour ces presque quatre années passées avec lui. Moi, je sais pourquoi je suis parti de Manchester. Et je sais aussi que personne d´autre ne le sait. Je respecte Ferguson, il ne m´a jamais déçu. Et, en m´accordant une très grosse prime de licenciement, Manchester m´a fait un joli cadeau. C´est facile de faire craquer un joueur : ils m´auraient conservé comme troisième gardien, j´aurais passé mon temps dans les tribunes jusqu´à ce que je parte de moi-même... La vérité, c´est que Manchester m´a bien payé pour mon départ parce que j´ai été droit, honnête, professionnel et respectueux.
- Parlez-nous du premier but de Pauleta, dimanche, au Parc des Princes...
- Un but comme ça, ça fait ch... de le prendre, mais c´est un but magnifique ! Ce geste-là, ce lob angle fermé, est tellement parfait qu´il peut le tenter et le tenter encore, je ne suis pas sûr qu´il le réussisse à nouveau. En plus, je pensais que Pauleta allait revenir plein champ, qu´un défenseur viendrait dessus, que j´avais le temps de retourner dans ma cage... C´est la marque du grand attaquant, du vrai buteur qui tente tout, n´importe quand, de n´importe où. Vraiment, c´était magnifique.
- Finir à Marseille, disiez-vous... Au fond, l´OM, c´est votre club ?
- J´ai débuté au haut niveau à Marseille, c´est vrai. J´y ai gagné la Ligue des champions ( 1993). En quelque sorte, c´est mon club. Mais dans une ville et un club comme ceux-là, il suffit de passer une année pour être marqué à jamais ! Maintenant, il nous reste un match de Coupe d´Europe pour nous faire plaisir, avant de connaître, peut-être, un plaisir plus grand encore. Profitons de l´instant. Aimons cette pression qui monte. C´est quand on se sent trop bien que ça devient dangereux. Ce qui me plaît, c´est d´être applaudi, sifflé, hué, acclamé, parce que c´est l´autre règle du jeu. Et ça, c´est " bandant " . N´oubliez pas les guillemets, hein... »
28/04/2004 © Copyright L´Equipe 2004 Tous droits réservés