Jean-Michel Aulas, président de l´Olympique Lyonnais, peut énerver par sa capacité à vampiriser Jacques Santini puis Paul Le Guen, entraîneur des trois titres de champion de France d´affilée ( 2002, 2003, 2004). Il peut énerver aussi par sa volonté de tout régenter ou quand il s´exprime en parfait porte-parole du libéralisme, quelquefois de l´ultra-libéralisme. Mais il est là depuis dix-sept ans. Il a pris le club très bas et l´a monté très haut. Plus qu´un financier, c´est un entrepreneur, et la différence entre les deux vocations est considérable, car il s´agit de deux conceptions du monde.
Ces Lyonnais ne sont pas marrants. Déjà qu´ils se refusent au croustillant, ils sont en plus capables – et même, d´année en année, de plus en plus capables – de s´attirer la sympathie des amoureux du football. Leur immense première mi-temps télévisée contre Manchester United ( 2-2), puis, à Saint-Étienne ( 3-2), leur fin de match insensée, dans l´ordre de la volonté, de l´attaque, du risque, de l´amour du jeu, font déjà partie des souvenirs emballant d´une année sportive 2004-2005 qui ne fait pourtant que commencer.
Décidément, ces Lyonnais ne sont pas marrants. Ils perdent Vikash Dhorasoo, Eric Deflandre, Christophe Delmotte, Eric Carrière, Patrick Müller, Edmilson. Ils les remplacent par Eric Abidal, Pierre-Alain Frau, Cris, Lamine Diatta, Nilmar et, bien sûr, Sylvain Wiltord. Et ça marche. En plus, ils sont bien élevés, répondent aux questions et même quand Grégory Coupet, qui n´a pas sa langue dans sa poche, intervient publiquement, son avis est considéré comme un moyen légitime de faire progresser le club.
L´invincibilité actuelle de l´Olympique Lyonnais tient beaucoup à la sérénité du club tout entier. Ces gens-là construisent, jouent, prennent et donnent du plaisir. Vraiment pas de quoi se marrer.