Le 28 juin, vous ne serez pas présent à la reprise de l´entraînement. Que ressentez-vous ?
« Le mot déception n´est pas assez fort pour exprimer ce que je ressens. Il y a quelque chose de casser. Je suis amputé. C´est comme si on m´avait coupé un bras. Je réalise petit à petit que je ne serai pas avec,les joueurs, que je ne serai pas à Saint-Étienne, que je ne serai pas à Geoffroy-Guichard, que je ne verrai pas ce public merveilleux; les joueurs que j´ai connus, ceux qui devaient arriver car tout était déjà prêt. Quand je suis venu à Saint-Étienne, qui était dernier en L 2, c´était pour connaître la L 1. A cette époque, je pense avoir eu une certaine forme de courage. Aujourd´hui, il y a visiblement plus de candidats. La déception est énorme. C´est difficile à avaler.C´est une cicatrice qui mettra beaucoup temps à se refermer. »
II y a quelques jours, vous pensiez encore rester.
« J´étais sûr que les choses pouvaient s´arranger. C´est peut-être mon côté naïf. Mais je préfère être ainsi que comme certains. Avec du recul, lorsqu´on fait des recoupements à travers les noms qui circulent, on s´aperçoit qu´il y avait une stratégie. Le 19 mai, j´ai su qu´un conseil
d´administration était fixé le 1"juin. Il est clair que tout cela est parti de loin. J´ai crû aux paroles de certains. On s´aperçoit à l´usage que des personnes disent blanc pensent noir. AvecThomas Schmider, cela se passait très très bien. Pas avec d´autres. Je réagis aujourd´hui car je ne peux laisser passer certaines choses. On a dit que j´étais trop cher. Avec le président, qui avait l´aval des actionnaires, nous nous sommes mis d´accord en dix minutes sur toutes les modalités de mon contrat. On a dit également que ma famille ne s´adaptait pas à Saint-Étienne, que je voulais retournerà Bastia. »
Et alors ?
« Ma fille est en terminale, mon fils entre en troisième année de fac. Ils, vont poursuivre leur scolarité à Saint-Étienne. En septembre, je suis à Saint-Étienne. Je ne serai pas entraîneur ni manager général de Bastia. On a prétendu que j´avais prémédité mon départ. C´est un mensonge. Ce sera vérifiable dans le temps. J´espère que Thomas Schmider confirmera tout cela. »
On vous a visé sur des critères autres que sportifs ainsi que Christian Villanova. Cela vous touche ?
« Oui.Vous pouvez trouver aussi intègre et honnête que Christian mais pas plus. De surcroît, il est compétent. Un directeur sportif honnête, intègre, compétent et travailleur, cela ne court pas les rues. Je ne conteste pas que l´on mette ses hommes en place, mais la méthode. On dit encore que nous voulions avoir le monopole des transferts, c´est faux. Tous les contrats ont été avalisés avec les différents présidents. Tout a été clair. Nous sommes sans doute ceux qui ont connu la plus mauvaise situation financière depuis que le club existe. On ne peut laisser dire tout et n´importe quoi. J´ai simplement voulu souligner que le fonctionnement n´était pas bon. Il y avait ingérence de certains et c´était vraiment du n´importe quoi. Il fallait clarifier la situation, être en ordre de marche, uni tout simplement. Dans l´intérêt du club, j´ai mis sur la table ce qui n´allait pas parce que, un jour ou l´autre, il y aurait eu des problèmes. J´ai accéléré le processus. Après, ce fut le pot de terre contre le pot de fer. Le pouvoir financier a pris
le dessus.»
Vous ne regrettez pas de ne pas avoir signé votre contrat lorsque Schmider vous le proposait ?
« Mon regret est de ne pas être présent le jour de la reprise, de ne plus vivre les rapports humains qui s´étaient tissés avec les joueurs, les staffs technique et médical, tous ceux qui travaillent au club, le public et les médias. Cela ne signifiait pas qu´à un moment il ne fallait
pas se dire certaines choses mais nos rapports étaient sincères. Seul l´intérêt général comptait. Cela va me manquer énormément. Par contre, travailler avec certaines personnes m´était impossible.On peut raconter tout ce que l´on veut; aujourd´hui, les masques sont tombés.
Nous n´avons pas les mêmes valeurs, la même mentalité, la même moralité, pas la même vison du football. Un club est un bien public. Cela va au-delà des finances, On représente une ville, une région, pour moi cela compte énormément. C´est un crève-cœur mais, dans ce
contexte, il y aurait eu échec en cours de saison. Je souhaite du plaisir à mon successeur. »
A travers vous, ne pensez-vous pas que Thomas Schmider était visé ?
« Ce n´est pas à moi de m´exprimer à ce sujet. Je peux simplement dire que Thomas Schmider a l´étoffé d´un super président. Il est brillant, droit et sain. Travailler avec lui, pas de problème, au contraire. Avec les autres, non. Je suis fier d´être monté au créneau pour lui malgré l´issue. Je suis fier d´avoir été solidaire de Christian Villanova tout simplement parce qu´il le mérite. J´ai une ligne de conduite qui paye toujours dans la durée. Je voudrais rendre hommage à Thomas Schmider, pas parce qu´il voulait prolonger nos contrats, mais parce qu´avec lui on pouvait réaliser quelque chose de bien. »
II a démissionné.
« Comme nous, il est allé au bout de ses idées. Il devait penser qu´il ne pouvait plus être en mesure de travailler comme il le souhaitait. Il fallait être à l´intérieur du club pour savoir ce que l´on a vraiment vécu. La vérité sortira un jour, cela dépasseront ce que l´on peut imaginer. Saint-Étienne a perdu un grand président que je sois entraîneur ou pas . On ne peut gérer l´ASSE de Paris et de Lyon. Ce n´est pas possible. Il faut s´imprégner de la ville. Je suis Corse. Je suis venu à Saint-Étienne parce que cette ville a des valeurs communes avec mon île natale».
Bernard Caiazzo, au Havre, lors de l´avant-dernière journée, nous déclarait que vous étiez sans aucune contestation possible l´homme de la situation. Comment expliquez-vous ce revirement de situation ?
« C´est sans commentaires ( rires). »
Les témoignages de soutien sont nombreux. Toute la ville parle de votre départ. Cela vous touche ?
« Évidemment. Je viens de lire un courrier d´un prof d´histoire-géo à la retraite de 73 ans, supporter de l´ASSE depuis 1946. Il me dit: « Dans le supplément de la Tribune consacré à
l´ASSE, vous vous demandez pourquoi le peuple vous a fait confiance quand tout allait mal. Je vais vous le dire. C´est parce qu´il a senti que vous étiez un travailleur, un perfectionniste, un amou reux du travail bien fait. Tout ce que l´on apprécie à Saint-Étienne. » Cela répond
un peu à votre question. Il y a des clubs où l´on sent que l´on peut entraîner, d´autres non. Même si Saint-Étienne était mal classé, je sentais que je pouvais entraîner ce club. Je ne me suis pas trompé. »
Vous possédez une certaine force de caractère. On vous a vu déterminé même au plus mauvais moment. Là, on vous sent abattu, cassé même.
« Je le suis parce que je ne serai pas là le 28 juin et que cela ne dépend pas de Ï moi. Je ne suis pas décideur. Lorsque c’ est ainsi, je n ai pas la même énergie. »
S´il fallait retenir quelque chose de votre passage à Saint-Etienne ?
« II y a plein de souvenirs, bons et moins bons. Le soir du dernier match, j´ai été plus expansif parce que je savais qu´il se passait quelque chose. J´ai pensé que je foulais peut-être pour la dernière fois cette pelouse en tant qu´entraîneur de l´ASSE. Les vingt dernières minutes contre Châteauroux resteront un moment unique. Cette communion entre le public et les joueurs qui poussaient pour arracher la victoire et le titre était extraordinaire. Ce fut un moment très fort.»
Vous avez des projets ?
« Je vais m´occuper de moi. Je vais me reposer. Après, je suis entraîneur et on verra ce qui se passe. Je voulais surtout infirmer les fausses informations concernant mon retour à Bastia, le fait que je sois trop cher. Mardi, trois heures avant le conseil d´administration, un actionnaire a dit à Christian Villanova concernant la prolongation des contrats de Janot, Hernandez et Sablé : « Vous avez mené de supers négociations, nous ne serions jamais arrivé à ce résultat. » A travers cette anecdote, j´ai résumé tout ce que je ressens aujourd´hui. »
Vous avez souvent déclaré que vous n´aimiez pas le football fiction mais si à l´avenir, l´opportunité se présentait d´entraîner à nouveau l´ASSE, quelle serait votre réaction ?
« Si Thomas Schmider est président, ce sera oui tout de suite ( rires). Cela dépendra des tenants et des aboutissants mais la réponse à cette question, est oui, trois fois oui. Je souhaite à l´ASSE toute la réussite possible. Le club est solide, le public mérite de connaître des moments de bonheur. Il faut y aller étape par étape. C´est ce que nous voulions faire. On n´a pas souhaité s´engager dans cette voie, c´est ainsi. »
Source le progrés du vendredi 4 juin
j´ai envie de chialer quand je lis ca 