Opération séduction dans la Capitale
Les dirigeants de l´ASSE ont fait les choses en grand, mardi à Paris, pour accueillir trois cents chefs d´entreprise. Dans une salle pleine à craquer, il y avait déjà de nombreux convertis à la religion verte. Récit d´une soirée très «people».
Les Verts sur les Champs Elysées, il faut remonter 28 ans en arrière. Les protégés de Roger Rocher les avaient descendus en héros comme s´ils avaient gagné. Mardi soir, certains d´entre eux sont revenus sur les lieux. Pas pour un défilé mais pour y parler de l´ASSE, formation mythique d´hier, d´aujourd´hui et on espère de demain. Il y avait là Ivan Curkovic, Jean-Michel Larqué, Patrick Revelli, Pierre Repellini. Presque une moitié d´équipe à laquelle est venu se rajouter Georges Bereta.
A l´Elysées Biarritz, un endroit vraiment très «classe», le club stéphanois avait convié pas loin de trois cents chefs d´entreprise. D´éventuels partenaires financiers bien sûr mais avant tout des partisans de la cause verte. L´ASSE en a de partout, issus de tous les milieux.
Sur le carton d´invitation, on pouvait lire trois noms, Thomas Schmider, Bernard Caiazzo et Jean-Claude Perrin. Dans les faits, ce fut un peu différent. Le troisième était bien dans la salle mais il n´est pas monté sur la scène. Il est resté en retrait, a laissé à ses deux partenaires le soin de présenter ce qu´ils ont appelé le projet ASSE 2004-2008, «L´aventure continue». Étrange.
Certains attendaient des noms de recrues, la confirmation ou non que Frédéric Antonetti serait toujours à la barre la saison prochaine. Pour les scoops, il faudra repasser. Thomas Schmider n´a rien lâché si ce n´est qu´il va falloir « Construire dans la durée pour ne plus jamais redescendre en L2 », s´inspirer de « Sochaux », privilégier « la formation », se contenter du « dixième ou douzième budget de L1 » ( dixit Caiazzo) avec comme premier objectif « le maintien » et dans « quatre cinq ans la Coupe d´Europe ».
Même dépourvue de déclarations fracassantes, la soirée fut très réussie. La DNCG avait déjà donné le ton quelques heures plus tôt en autorisant l´ASSE à recruter en toute liberté.
LES MICKEY 3 D REVISITENT LES ÉPOPÉES
Elle débuta avec quelques sons tirés du Chaudron ( avec un peu d´imagination, en fermant les yeux, on s´y serait cru), se poursuivit avec un petit film bien marrant des Mickey 3 D retraçant quarante ans d´histoire en vert et blanc. Des témoignages récents signés Sablé, Compan, Antonetti pas mal d´images d´archives, certaines en noir et blanc, les poteaux carrés de Glasgow passés au microscope, parfait pour se rafraîchir la mémoire.
Bruno Gaccio, Stéphanois pur jus monté à la Capitale à 18 ans, fut le maître de cérémonie. On le sait, l´auteur des Guignols a toujours le mot pour rire mais quand il parle des Verts, c´est du sérieux. Il fait même dans le sentimental : « Mon père m´a emmené à Geoffroy-Guichard pour la première fois à 6 ans. Je me souviens d´un truc qui vibre. A 45 piges, je ressens toujours cette vibration, je continue de crier comme un gamin. Ce sont toutes ces émotions qui nous réunissent. Ce phénomène existe aussi dans d´autres clubs mais à Saint-Etienne, tout est multiplié par dix, par vingt, par cent, tout est amplifié ».
LES «VIBRATIONS» DE GACCIO
Gaccio le supporter actionnaire de citer un exemple tout frais : « Quand on est monté, il y a eu dix-sept pages consacrées à l´ASSE dans L´Équipe Magazine et rien pour Caen et Istres. J´ai trouvé que c´était trop, surtout pour dire autant de contrevérités. Nous devons canaliser cette ferveur exagérée même si c´est ce qu´il y a de plus beau. Il faut bâtir un club à l´image de la ville qui est plus ou moins sinistrée mais dont les valeurs sont le travail, la fidélité, l´humilité. A Sainté, on doit mouiller le maillot, c´est encore plus vrai qu´ailleurs et à l´inverse de l´OM où l´on aime bien les joueurs un peu frimeurs, nous apprécions nous les vedettes construites à la maison ».
Les maillots verts, ce n´est pas ce qui manquait à l´Elysées Biarritz. Ils étaient tous accrochés au mur, sous verre, comme au musée. Le Manufrance bien entendu, le KB Jardin et tous les autres. Il y avait même la fameuse inscription : «Ici, c´est le Chaudron». Les habitués de Geoffroy-Guichard qui avaient fait le déplacement sur les Champs n´ont pas dû être spécialement dépaysés.
On pouvait voir de-ci de-là quelques personnalités du monde politique ligérien ( Pascal Clément le président du Conseil général, François Rochebloine en partance pour Gelsenkirchen, Christian Cabal). On pouvait même croiser un ancien président, Yves Guichard en l´occurrence, un jeune retraité du ballon rond ( Romarin Billong qui accompagnait son patron banquier) ou encore un ex-champion du monde de natation ( Alain Mosconi) qui a décidé de mettre quelques euros dans le club de son coeur. Que du beau monde. Mais la star des stars, ce fut Alain Prost en personne. L´ancien champion de F1 a toujours la flamme verte : « Je suis leur parcours depuis des années. C´était non seulement un souhait de les voir revenir en L1 mais c´est aussi un désir que ce club puisse retrouver le haut-niveau comme avant. L´ASSE dépasse le simple cadre du sport. Il existe dans un pays comme la France un vrai besoin d´avoir une équipe emblématique. Pour moi, l´ASSE c´est une double nostalgie. Je me souviens de mon enfance quand mon père m´emmenait aux matchs. On parle beaucoup de la Coupe d´Europe mais je me rappelle aussi des rencontres à couteaux tirés face à Nantes, dans des ambiances terribles ». Il n´a qu´un regret aujourd´hui, celui d´être éloigné du Chaudron : « Heureusement, les Verts sont souvent télévisés. Je n´ai pas raté un seul match cette saison. On sentait une bonne ambiance, une bonne dynamique dans le groupe. Maintenant, il faut passer un cap, ce n´est pas évident ».
PROST - DRUCKER: DEUX STARS, UNE MÊME PASSION
Entre deux autographes, le célèbre pilote saint-chamonais a croisé un monument de la télé. Alain Prost - Michel Drucker, rencontre au sommet entre deux fans de la première heure. « Saint-Etienne, c´est mon enfance de reporter. J´étais fou des Verts, de Rijvers, N´Jo Léa, les frères Tylinski J´étais tout le temps là-bas. J´ai passé ma vie avec Herbin. Là, je revois Bereta, Revelli, c´est fort. Je suis très content également pour les nouveaux Verts ».
L´ASSE c´est aussi le club préféré des célébrités.
THOMAS DUTANG