Rappel sur l´affaire Essien
Le club de football du SC Bastia, perquisitionné dans le cadre de l´enquête financière visant implicitement le nationaliste Charles Pieri, est " le club de tous les Corses, des nationalistes au RPR, en passant par les communistes", a déclaré jeudi son secrétaire général Jean-Martin Verdi.
" Ce club est fier de représenter tous les Corses et Pieri est un homme de ce pays", a souligné le dirigeant bastiais aux journalistes dans l´enceinte du stade de Furiani, dans la banlieue de Bastia, en regrettant le " déferlement des forces policières et médiatiques" dont il est l´objet.
" On attaque des individus sur de simples rumeurs", a-t-il ajouté.
" Nous n´avons rien à cacher, le juge ( Philippe) Courroye peut prendre ce qu´il veut", a poursuivi M. Verdi.
" Ce club appartient à des hommes de Corse, des nationalistes au RPR en passant par les communistes. Notre plus grand plaisir serait que la Corse devienne ce que ce club est devenu", a-t-il encore déclaré.
Selon lui, " près de 100% des dirigeants sont des bénévoles et le club fait vivre directement 300 familles". " Nous prenons un coup sévère au niveau de l´image par rapport à nos sponsors", a conclu le dirigeant, assurant que " le club va étudier, avec son conseiller, les recours juridiques possibles".
Précédés d´une heure par les journalistes et caméras de télévision, une dizaine d´enquêteurs, emmenés par le juge d´instruction parisien Philippe Courroye et le patron du RAID Christian Lambert, ont débarqué d´une fourgonnette en milieu de matinée au siège du SC Bastia, au stade de Furiani. Un peu plus tôt, vers 9h15, quatre enquêteurs étaient arrivés au siège du club lyonnais.
La perquisition menée par des enquêteurs de la brigade financière au siège du club de football de l´Olympique lyonnais a pris fin jeudi aux alentours de 17H00.
L´OL a expliqué dans un communiqué diffusé en début d´après-midi que la perquisition en cours portait sur " les transferts des footballeurs Frédéric Née et Mickaël Essien", recrutés cet été respectivement par Bastia et par l´OL.
Les policiers agissaient sur commission rogatoire d´un juge d´instruction parisien.
Les quatre hommes de la brigade financière de Paris étaient arrivés au siège de l´OL vers 9H15.
Les perquisitions menées hier concernent particulièrement le transfert de deux joueurs : Mickaël Essien et Frédéric Née. Le premier a été vendu entre 7 et 8 millions d´euros par le SCB à l´OL en juillet dernier. Le second a été « rendu » par l´OL à Bastia d’où il était venu en août 2001 pour une somme estimée à 1,6 million d´euros. Mickaël Essien avait été transféré en juillet du SC Bastia à l´OL pour un montant évalué entre 7 et 8 millions d´euros, selon le club rhodanien.
Ces perquisitions seraient notamment, " mais pas seulement", liées au transfert en juillet 2003 du joueur bastiais Mickaël Essien à l´OL, pour 7 à 8 MEUR.
La direction de l´OL a précisé que la perquisition portait également sur le transfert à Bastia de l´avant-centre Frédéric Née, retourné en Haute-Corse en provenance de Lyon dans le cadre de la négociation sur Essien.
Le domicile de Jean-Pierre Bernès, agent de joueurs qui fut directeur général de l´Olympique de Marseille durant l´ère Tapie ( 1986-94), a également été perquisitionné à Cassis ( Bouches-du-Rhône), selon une source policière. Cette perquisition serait liée au transfert d´Essien, selon la même source.
Bernès travaille régulièrement pour le compte du SC Bastia et a favorisé le transfert de plusieurs joueurs du club de Haute-Corse, l´un des clubs phares de l´élite française dans les années 1970.
Une information judiciaire contre X, visant implicitement Charles Pieri, a été confiée en septembre au juge Courroye pour des faits d´"abus de biens sociaux", " escroquerie à la TVA" et " association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".
Depuis la mi-octobre, une quinzaine de cibles ont été perquisitionnées, essentiellement des sociétés soupçonnées d´entretenir des liens avec Pieri, l´un des chefs historiques de la Cuncolta naziunalista, devenue le premier parti nationaliste public Indipendenza.
Redevenu officiellement " simple militant", " le vieux", comme il est désigné respectueusement dans les milieux nationalistes, est considéré par la police comme le véritable patron du FLNC-Union des Combattants, le principal mouvement clandestin, qui a récemment décrété une trêve inconditionnelle de ses attentats.
Charles Pieri, qui n´est l´objet d´aucune procédure judiciaire le visant directement, est pour l´instant resté muet. Son nom a été abondamment cité comme une cible prioritaire dans la guerre engagée par le ministre de l´Intérieur Nicolas Sarkozy contre ceux qu´il considère comme des " nationalistes mafieux".
Le SC Bastia, qui affiche volontiers ses racines corses, est devenu un emblème pour de nombreux militants nationalistes. Charles Pieri, comme d´autres responsables nationalistes, assiste régulièrement aux matches et ont libre accès aux vestiaires sans pour autant exercer de fonction au sein du club.
Or les enquêteurs sont persuadés du contraire. Plusieurs journaux ont déjà décrit la passion de Pieri pour les footballeurs et sa présence régulière aux matchs. On le voit souvent dans les vestiaires du SCB, qu´il accompagne lors de déplacements à l´extérieur ( Monaco, Toulouse, Auxerre...)
Mais plusieurs sociétés déjà perquisitionnées entretiennent des liens commerciaux avec le SCB.
Selon une source proche du dossier, les investigations sont destinées à étudier le « montant et les modalités » des transferts et la « répartition des commissions » : « Nous voulons savoir s´il n´y a pas eu évaporation d´argent vers Pieri et sa garde rapprochée », souligne un enquêteur.
Selon le Parisien, le transfert de Mickaël Essien retiendrait particulièrement l´attention : dans un premier temps, le joueur ghanéen devait rejoindre le PSG. Jeune footballeur de 20 ans, il est considéré comme un élément très prometteur du football européen. Finalement, Essien, sollicité également par Liverpool, l´Olympique de Marseille et le Real de Madrid, avait choisi Lyon : « Au départ, les négociations avaient lieu avec le président du SCB, se souvient un dirigeant du PSG cité par le Parisien.
Pour son agent, Fabien Piveteau,« Mickaël Essien voulait à tout prix aller à Lyon. C´est son rêve depuis qu´il est arrivé en France. » Piveteau a donc négocié le salaire et la durée du contrat avec l´OL.
C’est à ce moment que Jean-Pierre Bernès serait intervenu mandaté par le SCB pour négocier avec Lyon. Or Bernès connaît beaucoup de monde à Bastia et notamment des hommes fichés au grand banditisme et soupçonnés d’être à la Brise de Mer. Et cela nous ramène à Marseille et à Tapie. Mais c’est une autre histoire.