Agresser pour s´amuser
Attaquer un passant sans raison, filmer son agression sur téléphone portable et diffuser la scène sur Internet... pour rire : ce phénomène inquiétant, baptisé " happy slapping" et dont les auteurs sont des bandes d´ados, se développe au Royaume-Uni. Plus de 200 cas ont été signalés à Londres.
Mis en ligne le 21 mai 2005
Dans " Orange Mécanique", Anthony Burgess ( puis, plus tard à l´écran, Stanley Kubrick) dressaient le tableau angoissant de bandes d´adolescents parcourant la nuit des villes en quête de victimes pour assouvir leur soif d´ultra-violence. Avec quelques décennies d´écart, cette banalisation des rituels d´agression gratuite semble faire école au pays de Burgess, et notamment dans la ville même qui servait de décor à son roman visionnaire : Londres.
La règle est simple : choisir une victime au hasard, l´agresser, filmer la scène sur son téléphone et la diffuser sur internet. Le " happy slapping" ( "agression pour s´amuser") est le dernier phénomène à la mode chez certains jeunes au Royaume-Uni. Apparu il y a environ six mois à Londres, il s´est depuis répandu dans tout le pays, selon les autorités. Samedi, une Londonienne souffrant d´un cancer, Caroline Monk, compagne d´un présentateur de télévision, a ainsi raconté dans la presse populaire comment elle avait été frappée et jetée à terre par un groupe de jeunes filmant son calvaire sur leur téléphone, dans un quartier chic de Londres. La veille, une adolescente de 16 ans avait été arrêtée, pour l´attaque à Manchester ( qui se trouve être, par hasard, la ville de naissance de Burgess) d´une lycéenne du même âge qu´elle, grièvement blessée à la tête et extrêmement choquée.
" C´est la chose la plus drôle que j´ai jamais vue"
A Londres, la police enquête sur 200 incidents de ce type recensés au cours des six derniers mois. Pour essayer d´endiguer le phénomène, certaines écoles ont interdit les téléphones portables. Dans certains cas, il s´agit d´agressions très graves. Début mai, deux jeunes de 18 ans ont ainsi été condamnés à six ans et demi de prison pour avoir mis le feu à un homme et filmé la scène. Matthew Kitchen, 41 ans, qui a failli en mourir, dormait sous un abribus près de Manchester lorsque Benjamin Mortenson et David Smolinski l´ont attaqué. Dans la séquence vidéo diffusée lors de leur procès, on les entend crier : " C´est la chose la plus drôle que j´ai jamais vue ( ...) On va le tuer ( ...) Il brûle".
Pour le professeur Graham Barnfield, responsable du département media de l´University of East London, ces jeunes sont à la recherche de notoriété. " Je pense que le ´happy slapping´ est pour les agresseurs une façon d´accéder instantanément à la célébrité parmi les gens qui voient ces images", a-t-il déclaré lors d´une émission spéciale sur la chaîne de télévision ITV. Selon lui, des émissions telles que " Jackass" ou " Dirty Sanchez", où l´on voit des adolescents tenter des cascades stupides et souvent très douloureuses, sont à blâmer. " Les enfants qui regardent ces émissions se disent : après tout, peut-être que moi aussi je peux réaliser mes propres séquences de douleur et d´humiliation".
Une analyse confirmée sur ITV par des jeunes adeptes du " happy slapping". Pour Armand Jenkins, 16 ans, auteur de plusieurs agressions de ce genre, les adeptes rivalisent même pour trouver la meilleure agression. " Même si ça peut être assez douloureux pour ( les victimes) ( ...) ça reste amusant car c´est comme regarder un sketch à la télé", a-t-il déclaré. " Vous voyez quelqu´un assis ( ...) Vous courez vers lui et vous le frappez. Puis vous fuyez. C´est amusant", a également raconté Manny Logan, 16 ans. " S´ils faisaient une émission là-dessus, elle aurait du succès. Voir des gens frappés au hasard, c´est sympa."
Truc de 