Jean-Paul II est mort
Le pape Jean-Paul II est mort. La nouvelle a été confirmée par le Vatican.
Biographie
Né le 18 mai 1920, Karol Wojtyla voit son enfance marquée par la mort de sa mère en 1929 et celle de son frère en 1932.
Très bon élève, il commence en 1938 des études de philosophie. Rattrapé par la guerre, il est contraint au travail obligatoire par les Allemands dans les carrières de pierres de Cracovie. Cela lui permet d´échapper à la déportation.
Transféré au printemps 42 à la fabrique de Solvay, il commence à fréquenter les cours clandestins de la Faculté de Théologie de l´Université Jagellon de Cracovie.
Considéré comme résistant culturel, il est recherché par la Gestapo à laquelle il échappe de justesse en août 44.
Après la guerre, la Pologne se trouve sous le joug de Staline. Le futur pape ne cessera de se battre contre le communisme qui tente par tous les moyens de limiter la liberté de pensée et d´action de l´Église.
Le 1er novembre 1946, il est ordonné prêtre. Il commence alors à gravir les échelons de l´Église jusqu´à être promu cardinal par le pape Paul VI en juin 1967.
Lors du concile Vatican II, il impressionne ses frères évêques par son intelligence et sa science.
Le 16 octobre 1978, il succède à Jean-Paul 1er, et devient ainsi le 263ème à s´asseoir sur le siège de Saint-Pierre. Il est aussi le premier pape slave. D´aucuns considèrent que cette élection fut le premier coup porté au Rideau de fer que le pape a toujours combattu.
Le 13 mai 1981, Ali Agça, un jeune Turc de 23 ans tire sur le pape. Jean-Paul II a toujours répété que ce jour ce jour là, il avait dû la vie sauve à l´intervention de la Vierge Fatima. Depuis lors, il se déplaçait dans sa célèbre " papamobile " afin d´assurer sa sécurité. Certains estiment que la maladie de Parkinson dont souffrait le souverain pontif depuis 2001 est une des séquelles de cet attentat.
Après plus de 26 ans de règne, Jean-Paul II avait gardé son pouvoir rassembleur. Sa rigidité morale, notamment à propos de l´avortement ou du préservatif n´a pas entraîné, loin s´en faut, le déclin de l´Église. Le milliard de fidèles a même été dépassé à l´aube de ce millénaire.
Dans sa critique de l´ouvrage de Christine de Montclos " Un pélerin politique? Les voyages de Jean-Paul II", Jean-Guy Vaillancourt écrit: Certains parlent déjà de Jean-Paul II comme de l´un des plus grands papes de l´histoire de l´Église, malgré certaines lacunes dues probablement à son origine familiale et nationale. Ces voyages remarquables ont modifié profondément l´image de la papauté, voire même du catholicisme. La barre est dorénavant très haute pour le successeur éventuel de ce personnage titanesque que des centaines de million d´humains ont vu, entendu, et aussi admiré. "
http://www.unites.uqam.ca/religiologiques/no25/recensions/Vaillancourt.html
Rétrograde et visionnaire
Le pape Jean-Paul II était un homme empli de paradoxes. Ardent défenseur de la tradition, il avait une approche très conservatrice des problèmes moraux. Son opposition à l´avortement et ses réserves par rapport au préservatif semblaient pour beaucoup totalement dépassées. Pourtant, il a largement contribué à la mondialisation de l´Église catholique. Sous son règne, le nombre de chrétiens serait passé de 750 millions à 1 milliard. Il a énormément voyagé ( y compris dans des pays musulmans) afin de se rapprocher de ses fidèles et d´en accroître leur nombre. Sur les 15 ans de son pontificat, Paul VI a fait six voyages. Depuis 1978, Jean-Paul II a déjà réalisé 31 fois le tour du monde ! C´est également lui qui est à l´origine de la création du site web du Vatican ( www.vatican.va). Une des caractéristiques essentielles du pontificat de Jean-Paul II est qu´il aura été celui de la communication. Aucun pape n´a jamais autant voyagé que lui, aucun ne s´est autant mis en scène pour donner de l´Église une image positive et jeune ( il n´avait par exemple que 58 ans quand il fut élu). En 1999, il sort même un disque aux sonorités très modernes. Cette stratégie communicationnelle s´est poursuivie jusqu´aux dernières heures de la vie du pape, avec pour conséquence, ce que l´on peut appeler " l´effet boomerang " . La maladie de Jean-Paul II lui a incontestablement permis d´asseoir sa popularité en valorisant la douleur, élément très important de la religion catholique. Mais pour l´Église, les effets n´ont pas été aussi bénéfiques. Les médias évoquent fréquemment et depuis longtemps le " vide du pouvoir " au Vatican ou encore les stratégies élaborées en vue de la succession, donnant de la Sainte Église l´image d´un dinosaure ankylosé. Lors du prochain conclave, les cardinaux auront deux choix : la poursuite de la politique médiatique actuelle ou le retour à plus de sobriété.
L´élection d´un nouveau pape
L´élection d´un pape est un évènement extrêmement codifié. Le scrutin débutera dans 15 jours au plus tôt, le temps de permettre aux cardinaux de se rendre à Rome. D´autre part, ceux-ci devront célébrer pendant neuf jours les funérailles de Jean-Paul II.
Le 264ème successeur de Saint-Pierre sera désigné par le Sacré-Collège composé de 185 cardinaux dont seulement 120 sont cardinaux électeurs. Seuls les membres âgés de moins de 80 ans pourront voter lors du conclave.
Lors des premières réunions, nommées congrégations, l´ensemble des cardinaux électeurs sera appelé à prêter serment la main sur les Évangiles. Ensuite, il conviendra de nommer plusieurs éligibles ( les papabili).
Le processus électif commencera alors dans la Chapelle Sixtine. Celle-ci sera d´ailleurs fermée à partir du début de l´élection jusqu´à l´annonce officielle du nom du nouveau souverain pontife.
Pour que l´élection du pape soit validée, il faut qu´elle rassemble les deux tiers des suffrages des électeurs présents. Deux sessions sont prévues chaque jour. Si au premier scrutin l´élection n´est pas intervenue, un deuxième scrutin est immédiatement organisé. Quatre scrutins peuvent avoir lieu quotidiennement. Si au bout de trois jours aucun résultat n´est atteint, les scrutins sont interrompus pendant tout au plus un jour afin de permettre la prière et un libre échange entre les cardinaux électeurs. Les votes reprennent ensuite selon la même formule.
Selon la tradition, les résultats seront annoncés par une fumée noire si le vote est négatif. Une fumée blanche signifiera la désignation du nouveau chef de l´Église.
À ce moment le cardinal doyen demandera l´acceptation de l´élu en ces termes : " Acceptez-vous votre élection comme souverain pontife ? "
Le nouveau pape choisira alors son nom et donnera la bénédiction Urbi et Orbi depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre.
Arnaud LEMIRE