La 6e crise d´extinction des espèces est en marche
PARIS ( AFP) - La planète traverse aujourd´hui la sixième grande crise d´extinction des espèces depuis le début de la vie sur terre il y a 3,8 milliards d´année, selon les spécialistes de la biodiversité.
A la différence des cinq crises précédentes qui se sont étalées sur des milliers, voire des millions d´années, la crise actuelle " se compte en dizaines d´années ou en siècles, mettant la capacité d´adaptation des espèces à rude épreuve", selon Robert Barbault, directeur du département écologie au Muséum d´histoire naturelle.
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La dernière crise a vu disparaître les dinosaures, il y a 65 millions d´années. " La différence, c´est que cette fois nous sommes impliqués et responsables, et que nous avons les moyens d´agir, ce qui n´était pas le cas des dinosaures!" lance Robert Barbault.
C´est le succès formidable de l´espèce humaine, qui a défriché les forêts, cultivé l´espace, industrialisé la planète, qui a causé le déclin de milliers d´autres espèces.
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Au total 15.589 espèces sont confrontées à un risque d´extinction, selon la " liste rouge" de l´Union mondiale pour la nature ( UICN): un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un amphibien sur trois.
Premiers menacés: les grands mammifères qui disputent le territoire à l´homme. Chez nous, l´ours, ou le loup, ont vu leur population réduite à quelques individus.
En Asie, en Afrique, l´éléphant et les grands singes ne cessent de régresser. Qui se souvient qu´il y avait des éléphants dans l´immense forêt chinoise il y a 2000 ans? Son sort semble scellé en Asie, où il reste 20.000 éléphants sauvages ( sur 50.000).
Le redressement opéré dans un petit nombre de pays d´Afrique australe ne peut masquer le déclin à l´échelle du continent: trois millions d´éléphants au début du 20e siècle, un million à la fin de la seconde guerre mondiale, 400.000 aujourd´hui.
Partout, l´homme grignote la forêt, défriche, repousse les grands mammifères sur des territoires de plus en plus exigus, où ils ne peuvent plus migrer et se croiser. Or, " la seule façon de résister au changement, c´est d´être diversifié", rappelle M. Barbault.
L´éléphant de forêt, particulièrement menacé, recèle une plus grande diversité génétique que son frère des savanes. Pourtant, " vous ne verrez jamais de reportages sur l´éléphant de forêt", déplore le biologiste Régis Debruyne.
" Au rythme actuel d´extinction des populations en Afrique centrale, je m´effraie de voir disparaître l´éléphant de son milieu naturel", estime-t-il.
" On aura de petites populations reliques, que pourront venir admirer les touristes en safari, mais on n´aura plus de populations naturelles capable de migrer et de se croiser entre elles", regrette-t-il.
" On peut dire que c´est triste que l´éléphant disparaisse, avoir un attachement affectif, mais on peut aussi dire que l´éléphant est un animal qui gère un territoire où vit tout un ensemble d´espèces", souligne Robert Barbault.
Gros mangeur de fruits, l´éléphant sème dans ses déjections des graines qui aident la forêt à se régénérer. Il crée des clairières propices aux grands félins, lions, léopards, panthères. Sa disparition " aura des répercussions sur toute la forêt, du plus minuscule insecte aux grands mammifères", met en garde M. Debruyne.
Que peut faire une conférence? " Convaincre un certain nombre de politiques qu´ils ont un intérêt à protéger leur biodiversité, que ce soit un intérêt éco-touristique, ou purement politique à l´égard de pays auprès desquels ils sont endettés par exemple, et qui réclament d´eux une meilleure gestion de leur faune et leur flore", selon M. Debruyne.