Décidément, le Stade Rennais a bien des soucis avec le corps arbitral en ce moment. Après Monsieur Ruffray qui avait renvoyé logiquement Piquionne et Jeunechamp aux vestiaires contre Lille, c’est au tour de Monsieur Fraise d’avoir fait tourner le ballon dans le mauvais sens pour les Bretons, mais cette fois, d’une façon beaucoup plus discutable.
A l’issue de la rencontre de samedi soir, Pierre Dréossi était amer aux abords du Parc Lescure : « On a joué à 9 contre 11 face à Lille et ce soir à 11 contre 12. Il y a eu des éléments extérieurs qui étaient trop forts. » Revenons sur les faits : arrêts de jeu de la première mi-temps, un Stade Rennais compact et cohérent fait mieux que résister à des Girondins totalement perdus sur la pelouse de Chaban-Delmas. Le public prépare une bronca à ses joueurs au moment où Monsieur Dominique Fraise, 36 ans, arbitre de la Ligue de Rhône-Alpes, commet ce que l’on nomme traditionnellement une erreur d’appréciation. Darcheville s’écroule dans la surface alors que le tacle de Ouaddou n’a rien d’illicite. « Il touche le ballon et je ne pense pas qu’il y ait faute » reconnaîtra l’attaquant bordelais à la pause.
Si l’on ouvre le dossier « Fraise » à Rennes, on se rend vite compte que son compte est largement débiteur. Le 4 octobre 1997 déjà, néophyte en D1, Monsieur Fraise qui n’avait pas encore la réputation de John Wayne de l’arbitrage, avait expulsé Marco Di Costenzo à Auxerre, lui reprochant de jouer la montre alors que son équipe était menée au score. Suite à cet incident, il sera rétrogradé en D2 l’année suivante. Guy David, l’entraîneur rennais de l’époque ne le salue toujours pas. Il ne ré-arbitre le Stade Rennais que deux ans plus tard, le 2 octobre 1999 à Nancy ou il accorde deux penalties aux Lorrains pour un triplé de Tony Cascarino. La saison suivante, il passe complètement à côté de son match lors d’un Sedan-Rennes ( 2-1) de triste mémoire pour les Bretons. L’an dernier encore, en Coupe de la Ligue à Gueugnon, Eric Durand stoppe un tir au but à l’issue des prolongations mais Monsieur Fraise fait retirer le penalty pour une raison encore inconnue et les Forgerons se qualifient.
La bévue de samedi soir à Bordeaux n’est donc qu’un épisode dans l’histoire mouvementée entre le Stade Rennais et Dominique Fraise. La prestation de l’homme en noir était dans toutes les bouches bretonnes car il faut reconnaître que Rennes sans être parfait ne méritait pas de perdre en Gironde. « Je suis satisfait de notre première mi-temps mais pas de la seconde analysait Bölöni. L’arbitre ? Je commence à m’habituer à l’arbitrage mais le mieux est de ne rien dire car si on le recroise, il nous cassera en deux la prochaine fois. Je vais souffrir dans les jours à venir et je sais que tout le monde ne va pas souffrir comme moi. » Les joueurs, tout aussi abattus que leurs dirigeants étaient plus que remontés envers l’homme en noir. « C’est toujours le même problème quand on est le petit qui se déplace chez le gros assure l’expérimenté Dominique Arribagé. On dit que cela s’équilibre en fin de saison mais il va falloir qu’ils soient très performants dans les semaines à venir. Je leur souhaite bien du courage. »
Le mot de la fin revient aux malheureux Abdeslam Ouaddou qui est sans aucun doute l’un des joueurs les plus fair-play du championnat de France mais là, la pilule était trop dure à avaler pour l’international marocain : « Sur le penalty, c’est une décision scandaleuse, honteuse pour moi, c’est le tournant du match. Il faut respecter les clubs comme Rennes car on avantage les gros clubs et c’est inadmissible. Certains préfèrent voir Bordeaux ne pas descendre plutôt que Rennes. On n´a vraiment pas besoin de ce genre de décision, c’est assez difficile comme ça. Ce n’est pas l’arbitre qui nous a battu mais il a contribué à notre défaite ». Monsieur Fraise prend là un carton jaune, seules les instances dont il dépend décideront ou pas de lui adresser un rouge.