HENRY COMPREND L´ANGLAIS
Par Cédric ROUQUETTE, à Santo Tirso
Il y avait beaucoup de monde autour de Thierry Henry mercredi matin à Santo Tirso, pour une rencontre avec la presse qui avait attiré une vaste délégation de journalistes anglais. Gestes à l´appui, passant d´une langue à l´autre, l´attaquant d´Arsenal a livré deux ou trois choses qu´il sait du foot anglais, de la vie là-bas, de ses futurs adversaires et actuels partenaires. Un grand numéro qui promet pour dimanche.
« Thierry Henry, le match de dimanche face à l´Angleterre sera spécial puisque beaucoup de joueurs sur la pelouse sont partenaires en club. Etes-vous d´accord ?
( Un peu agacé) Oui, mais si on jouait l´Italie, je rencontrerais mes anciens coéquipiers de la Juventus. Pareil pour les autres. Depuis que je joue au foot, je rencontre d´anciens partenaires. C´est mon quotidien ! Par exemple, je connais Gallas depuis que j´ai dix ans et je le rencontre chaque saison. On va encore me demander comment ça va se passer devant Terry s´il joue. Mais je n´ai pas de réponse ! Déjà parce que quand on rencontre Chelsea, c´est justement Gallas qui est en face de moi. Et ensuite parce qu´un match de foot n´est jamais pareil. OK, j´ai eu des difficultés contre Chelsea cette année, mais pas la saison dernière.Vous savez quoi ? J´ai été zéro contre Everton les deux fois cette année. Et en face, ce n´était pas des joueurs du niveau de Campbell et Terry. Est-ce que ça veut dire que je ne marquerai jamais contre eux ? J´ai eu trois matches difficiles contre l´Ukrainien Fiodorov cette année, avec Arsenal contre Kiev, et avec la France contre l´Ukraine dimanche. Et alors ? Je n´aime pas trop les statistiques. France-Angleterre, c´est un nouveau match. Campbell ? Je m´entraîne avec lui mais j´ai aussi joué face à lui. Il y a des jours où il m´a mangé, et d´autres où c´était le contraire. C´est le foot !
Sans entrer dans des considérations individuelles, pensez-vous que vos adversaires du premier tour de l´Euro vont bétonner derrière aussi franchement que l´a fait l´Ukraine, dimanche ?
Les Ukrainiens, c´est leur culture. En Ligue des champions, le Dynamo Kiev avait aussi aligné un libéro plus deux stoppeurs contre nous, une situation toujours difficile. Si tu joues long, le dernier défenseur coupe. Si tu passes balle au pied, il est juste derrière. Quoiqu´il arrive il faudra faire avec, même si ce n´est pas toujours facile à gérer. A chaque Coupe du monde, tout le monde veut faire la peau du Brésil, et il gagne le plus souvent.
Qu´évoque pour vous le face-à-face Zidane-Beckham ?
C´est sympa, ça aussi ( toutes les personnes présentes éclatent de rire). Quoi, c´est vrai ? Je ne vais pas les comparer, je n´aime pas ce jeu-là. Mais Beckham, beaucoup de gens pensaient qu´il allait fauter en Espagne ( silence). Je veux dire sur le terrain, bien sûr. Et il a répondu présent. Au Real, il a été loin d´être parmi les plus nuls. Même quand son équipe jouait mal, je le voyais se battre, donner le maximum, des passes décisives. Sur le plan personnel, il peut être satisfait de sa saison.
Michael Owen a déclaré que vous aviez franchi un nouveau palier cette saison et que vous étiez l´attaquant le plus complet. Que pouvez-vous lui dire ?
Merci ! Je ne sais pas... Ce qui est sûr, c´est que je suis toujours incapable de faire comme lui : chasser le but en restant dans la surface. Moi, j´ai besoin de bouger, de toucher le ballon, d´être impliqué dans tous les secteurs du jeu, même la défense. Je pousse même plus loin : parfois, je ne suis pas content après un match où je marque, si j´ai mal joué. Je dois me faire plaisir dans le jeu. Si les gens considèrent que ça me place au-dessus, tant mieux. Mais Owen, Trezeguet ou Inzaghi font des choses que je ne peux pas faire. Ils sentent tellement bien les coups qu´on ne peut pas parler de chance. A chaque fois que le ballon est renvoyé, ils sont là. Parfois, j´aimerais être comme eux.
Pour résumer, qu´avez-vous appris d´important sur le football anglais depuis votre arrivée à Arsenal en 1999 ? Qu´ils jouent avec leur coeur, qu´ils se donnent à 100% quoiqu´il arrive, quel que soit le schéma tactique. Un joueur comme Rooney, c´est ça : il n´y a pas de blabla, il avance, il court, il montre ses émotions, je l´aime bien.
Que pensez-vous de l´influence continentale apportée par Eriksson sur ce style de jeu sans calcul ?
C´est difficile à dire pour moi, mais je constate que beaucoup de joueurs anglais d´aujourd´hui ont un certain volume technique, ce qui n´a pas toujours été le cas, exception faite de joueurs comme Hoddle, Waddle ou Gascoigne, qui avaient du toucher. La nouvelle génération, avec Cole ou Gerrard, sait vraiment jouer au ballon. Lampard, j´ai voté pour lui à l´élection du meilleur joueur de l´année ( titre remporté par Henry lui-même). Il a été incroyable. Il a joué tous les matches et a toujours été bon.
Et la vie en Angleterre, comment est-elle ?
Le pire, c´est qu´ils cherchent toujours la vie privée. Le mieux, c´est que tu puisses vivre tranquillement. C´est paradoxal mais c´est vrai ! Là-bas, tu peux te promener, aller dans un grand magasin, les gens vont t´aborder différemment.»