Prologue (Version plus ou moins corrigée)
A l’époque, j’avais la chance de dormir à poings fermés. J’en profitais amplement, sans gêne aucune. Toutes mes nuits étaient réparatrices et plaisantes. Lorsque que mon monde s’est brutalement écroulé, je dormais calmement et naïvement.
J’étais tendre, sensible et je n’avais aucuns soucis à me faire. Je rêvais de belles choses bien gentilles et j’avais des scrupules. J’étais un petit ange qu’on ne pouvait toucher. Mes ailes étaient splendides et je les utilisais pour voler au secours de quiconque avait besoin d’aide, j’étais un chérubin dont on avait fait grâce d’une tranquillité divine, et qu’on ne pouvait bannir de son paradis. Enfin, c’était ce que je croyais, avant que le paradis ne vienne bruyamment fermer ses portes et qu’on m’expulse, sans préavis, au plus profond des limbes. C’est un bruit qui avait signalé le début de la fin. Un bruit fort qui venait me tirer de mon sommeil.
J’entendais gueuler, on s’époumonait avec la constance effroyable d’une horloge. Je me faisais des scénarios plus naïfs les uns que les autres. Certains incluaient des personnages mythiques, d’autres, des mascottes de grandes compagnies. J’hésitais à m’en faire, après tout, mes parents veillaient sur moi. Tout allait se placer. Le bruit, après une longue période d’attente, ne se taisait toujours pas. Je décidais, nerveusement, d’aller voir par moi-même ce qui se passait. J’allais regretter cette impulsion toute me vie. Je fermais discrètement la porte de ma chambre derrière moi.
Il fallait éviter à tout prix tout bruit, car je risquais je risquais une punition plutôt sévère pour avoir transgressé les règles de conduite que mes parents me faisaient respecter, que ma mère et mon père ne sachent rien de l’exode de leur fils hors de sa chambre. Je me dirigeais lentement mais sûrement vers l’origine du grabuge. Le bruit trouvait-il sa source dans la chambre de mes parents? J’ouvrais la porte qui me séparait de la chambre des maîtres. Rien ne s’y trouvait, sinon quelques sacoches, quelques livres et un lit. Provenait-il de la chambre de ma sœur? Je n’y trouvais que du linge et des animaux en peluche. Je descendais les escaliers et j’y trouvais le même rien rencontré deux fois plus tôt.
Le bruit, pourtant, devenait de plus en plus envahissant et strident. Je me rapprochais. Je décidais alors d’explorer la cuisine. Je n’y trouvais rien de plus qu’un repas à moitié mangé. Je décidais par la suite de me rendre au sous-sol, puisque qu’aucune pièce n’a l’étage ne semblait contenir le bruit qui m’avait réveillé. Je l’avais trouvé, enfin. Je l’avais en face de moi. C’était mes parents qui s’échangeaient des bêtises. Je décidais alors de me réfugier en haut des escaliers et d’écouter leur conversation. On s’accusait de se négliger, on s’accusait de mal gérer les finances de la maison, et avant tout, on s’accusait de mon mauvais comportement. On se mettait finalement en accord pour se divorcer.
J’étais sidéré, et en larmes, mais j’écoutais toujours et encore jusqu'à ce que ma limite soit finalement atteinte. Jusqu'à ce que ce que le choc et la tristesse ne me replissât de dégoût et de révolte. Mon innocence était détruite. Je sentais les loups qui la dévoraient. Si elle résistait, si elle survivait, elle serait blessée et perdrait son sang pour le restant de son existence. Je résolu alors de quitter le sous-sol et de revenir dans ma chambre. Je savais déjà que les loups allaient avoir raison de mon innocence. Je la sentais mourante. On avait tué une partie de mon enfance. Non, on avait tué mon enfance. Le temps était au désarroi, mais il était aussi à la colère. Le temps était à la vengeance. J’étais trop faible pour agir, peu importe.
J’allais redescendre les escaliers et confronter mes parents. Il fallait transposer ma tristesse en colère. Je ne pouvais, en petit garçon, contenir toute les émotions qui venaient soudainement m’envahir. Je devais rassembler tout mon courage et affronter ceux qui venaient de mettre ma quiétude a sac. Mon innocence. Je la sentais expirer. Mes yeux changeaient. Mes yeux se noyaient. Même mes yeux allaient se faire dévorer. Je voulais devenir aveugle. Je voulais tout perdre. Je voulais embrasser la mort, à pleine bouche.