Mathieu Perreault
La Presse
Un usage quotidien de marijuana n´augmente pas le risque de cancer du poumon, du cou ou de la tête, selon une vaste étude californienne discutée la semaine dernière au congrès de la Société thoracique américaine.
La marijuana aurait des composantes protectrices qui compenseraient les dommages de la fumée.
Cette étude est importante parce que son auteur principal, le pneumologue Donald Tashkin, de l´Université de Californie à Los Angeles, a publié par le passé plusieurs études qui ont abouti à la conclusion opposée.
Les autorités médicales américaines se sont servies de ces études pour affirmer que la marijuana constituait un danger pour la santé.
Le revirement de situation n´est pas surprenant, selon un spécialiste montréalais de la marijuana, Mark Ware, du département d´anesthésie de l´Université McGill.
« Les chercheurs qui travaillent sur la marijuana soupçonnent depuis un certain temps que les risques oncologiques de la marijuana sont surévalués, dit-il. J´ai présenté une étude préliminaire minimisant ce risque en juin dernier, à Tampa, au congrès de la Société internationale de recherche sur les cannabinoïdes. Le Dr Tashkin avait aussi présenté son étude à ce moment-là. »
Le congrès de la Société thoracique est toutefois beaucoup plus important, et les médias américains ont fait état de l´étude. Le Dr Ware souligne qu´il faudra attendre qu´elle soit publiée dans une revue spécialisée avant de conclure que les risques de cancer sont bel et bien minimes.
Défauts méthodologiques?
" On ne peut pour le moment exclure qu´il y a des défauts méthodologiques dans l´étude de Tashkin, dit le Dr Ware. Peut-être que son échantillon n´est pas représentatif. Il est très important, et la méthodologie me semble solide, mais il faut toujours attendre la publication dans une revue révisée par des pairs."
« C´est assez inhabituel qu´un chercheur parle de ses résultats avant qu´ils soient publiés. » Le pneumologue californien étudie la marijuana depuis une trentaine d´années.
L´étude portait sur 2240 personnes, dont la moitié avaient un cancer du poumon, du cou ou de la tête. Ils avaient tous moins de 60 ans, parce que la marijuana était assez peu répandue chez les générations plus vieilles. Les gros consommateurs de marijuana avaient fumé plus de 22 000 joints, et les modérés 11 000 joints. Le taux de cancer dans ces deux groupes n´augmentait pas.
Pourtant, des études antérieures avaient montré que le goudron produit par la combustion de la marijuana comportait 50 % plus de substances cancérigènes que le goudron de la cigarette.
De plus, les fumeurs de marijuana gardent plus longtemps la fumée dans leurs poumons.
Pour cette raison, le Dr Tashkin a avancé que le THC, une composante de la marijuana, encourage les cellules endommagées par le goudron à mourir avant de devenir cancéreuses.