Remis d´une blessure au genou, Ludovic Giuly est devenu le fer de lance de l´AS Monaco
Les victoires et les années n´ont donc rien effacé. Près de deux ans après sa grave blessure au genou qui l´éloigna des terrains pendant six mois, Ludovic Giuly n´a rien oublié. D´ailleurs, il ne le veut pas. Le capitaine de l´AS Monaco, qui reçoit l´Olympique lyonnais pour le match au sommet de la 20e jour-née de Ligue 1, vendredi 9 janvier, a puisé sa force, son énergie dans l´enfer de la blessure puis de la rééducation.
" Cette blessure m´a finalement rendu plus fort", lâche-t-il avec la sérénité d´un homme à qui tout sourit. Qualifié pour les huitièmes de finale de la Coupe d´Europe - l´AS Monaco se rendra en Russie le 24 février pour affronter le Lokomotiv Moscou -, le club de la Principauté caracole en tête du classement de la Ligue 1. Une victoire face à Lyon reléguerait ces poursuivants à dix longueurs.
Deux ans après cet accident de carrière, Ludovic Giuly raconte les événements comme s´il les revivait : " C´était à Guingamp. J´ai fait un sprint, et sur un mauvais appui le genou m´a lâché. Je n´avais alors pas conscience de la gravité de ma blessure." Quand on lui a annoncé que les ligaments de son genou étaient déchirés à 75 %, il a compris que son retour sur les terrains passerait par de longs moments de sacrifices et de souffrances.
Opéré à Strasbourg, il a rejoint le centre de rééducation de Capbreton ( Landes) avec le sentiment d´être au pied d´une immense montagne. " Cette blessure aux ligaments est l´une des pires pour un footballeur. Mais, quand je suis arrivé au centre de Capbreton, j´ai réalisé à quel point j´avais finalement de la chance, se souvient-il. J´ai vécu au quotidien avec les accidentés de la route. Certains savaient qu´ils ne pourraient plus jamais marcher, d´autres qu´ils ne pourraient plus manger avec leurs bras... Moi, je savais qu´en donnant tout, je pouvais revenir au bout de six mois. Je n´avais qu´un ligament de foutu. Eux, c´était toute leur vie qui était pétée. Je ne pourrai jamais l´oublier."
Au début de sa rééducation, les encouragements ont abondé. Puis, les coups de téléphone et les visites se sont espacés. Dans les ultimes semaines, il ne restait plus qu´un cercle très restreint de proches. " Cela m´a permis de faire le tri dans ma vie privée, analyse-t-il. Avant, il y avait trop de monde autour de moi. J´ai fait le ménage et ça m´a apporté. Depuis trop longtemps, j´étais perturbé sur le plan privé."
Il a profité de cette période pour se fixer de nouveaux objectifs, réfléchir au sens qu´il souhaitait donner à sa vie. Ses week-ends étant libres, il en a profité pour rendre visite à sa famille à Lyon, ou se ressourcer à Zalana, le village de Haute-Corse dont il est originaire. Puis Ludovic Giuly ( 27 ans) est revenu dans l´effectif monégasque deux matches avant le terme du championnat 2001.
Deux ans plus tard, ce joueur formé à Lyon a pris une nouvelle dimension, une taille patron. Il a été élu meilleur joueur de Ligue 1 en septembre et en novembre 2003. Nommé capitaine de l´AS Monaco par son entraîneur, Didier Deschamps, il sait qu´il doit montrer l´exemple sur les terrains et en dehors. " Je dois être irréprochable, et c´est aussi ce qui me fait avancer, explique-t-il. Quand tu es un jeune footballeur et que tu débarques à Monaco, tu n´as qu´une envie : c´est de sortir tous les soirs ! Je me souviens par exemple qu´à mes débuts je trouvais tellement ridicule de me faire masser que je n´y allais jamais. Aujourd´hui, j´ai découvert les bienfaits de la récupération, et c´est ce qui explique probablement ma régularité. Chaque semaine, je consacre environ deux séances de 45 minutes au massage."
NEUF SÉLECTIONS
Pour franchir de nouveaux paliers - et se faire une place en équipe de France où, avec neuf sélections, il " commence à prendre -ses- marques" - Ludovic Giuly a aussi amélioré ses qualités naturelles. Sa frappe de balle et son explosivité s´affirment aujourd´hui comme ses principaux atouts. Quand on sait que dans un match, 40 % des sprints se font sur une distance inférieure à 5 mètres, on comprend que le lutin monégasque ( 1,64 m) soit devenu sur son côté droit l´un des éléments-clés du système mis en place par Didier Deschamps.
" Une fois lancé, j´aime enchaîner avec le ballon et percuter une défense, explique-t-il. Au départ, je pense que la vitesse est un don." Cette saison, Ludovic Giuly, auteur de 9 buts et de 3 passes décisives en championnat, s´est illustré en marquant sur des frappes lointaines. Selon lui, tout ne serait, là encore, qu´une une question de confiance : " Je sais que je peux marquer, donc je tente davantage. Ce sont des frappes d´instinct. Avant, je prenais le temps d´observer la position du gardien mais j´échouais, car j´imaginais dix fois l´action dans ma tête avant de tirer au but."
Ce que Ludovic Giuly ne changera jamais, c´est son rituel d´après match. Sitôt sorti des vestiaires, il a pour habitude d´appeler son père, qui, depuis Lyon, suit tous ses matchs à la télévision. Ensemble, ils analysent sa prestation pendant une dizaine de minutes. Ludovic Giuly éteint ensuite son téléphone portable : " J´aime alors faire une coupure, me retrouver en famille et ne plus entendre parler de ballon. Il y a deux ans, j´ai aussi appris qu´il n´y avait pas que le football dans la vie."
Moi je dis bravo à ce grand joueur, et qu´il en plante 4 contre Lyon