"Si j'avais ne serait qu'une idée de ce qu'il m'attendait dans les heures à venir. J'aurai considéré la fraicheur de ce quai de gare avec plus de considération. Je ne suis pas un flic, ni un vieux privé établis le long de la baie de San Fransisco. Non j'ai 20 ans, Français. Et je dirais.... Foutrement dans la merde."
Ca, franchement, Stone... c'est BEAU.
Metal Gear : Hundred Shots.
Butterflies and Hurricanes.
Hurricane n°II : Les règles ont changé.
Rien dans cette lune ne m’inspirait confiance. Mon esprit embrumé par cet alcool que j’avais malheureusement trop consommé délirait. Plus aucune idée n’y était ordonnée, et mon euphorie involontaire n’était probablement pas adaptée à la situation présente.
Assis à l’arrière de la Chevrolet, je regardais dans le vide, par la vitre sale. J’observais ce paysage sec et sombre qui défilait devant nous, dans un silence à peine camouflé par le bruit du moteur, souple et silencieux comme un lointain ronronnement.
Je luttais difficilement contre le sommeil, qui semblait vouloir m’emporter à chaque instant, me demandant une vigilance permanente.
Où m’emmenaient-ils ?
Cette simple question me vint rapidement à l’esprit, et en repartit aussitôt. J’étais encore dans la phase de bonheur béat du trop plein de whisky, celle d’angoisse n’étant pas encore arrivée… elle allait sans doute être terrible.
Je n’avais pas peur. Au contraire, je me sentais confiant… Libéré, même.
J’attendais patiemment que le trajet se termine, pour savoir de quoi il en retournait.
Bien évidemment, l’idée qu’ils aient intercepté à l’aide d’un moyen quelconque l’une de mes communications avec Scamp était là, présente et réelle.
Pourtant, cela ne m’inquiétait pas. J’avais cette curieuse sensation, absolument indescriptible.
Jay renifla. Je les avais presque oubliés, ces deux-là. Ils n’échangeaient pas un mot, ne se regardaient pas, ne bougeaient pas. Ils restaient là, stoïques, pincés, ce qui me fit irrémédiablement penser aux méchants flics du FBI des films policiers de mon enfance, ce genre de péteux qui finissent immanquablement par se faire tuer par moins malin qu'eux.
Je voulus avoir un trait d’humour sur ce sujet, mais un zeste de raison conservée m’en empêcha. Ma santé durerait sûrement aussi longtemps que ce silence. Au moment où ils en viendraient à poser les questions… bye bye statu quo.
Première chose à peu près rassurante : je reconnaissais à présent clairement les routes déglinguées qui menaient à la base. J’allais donc me retrouver en terrain connu.
Enfin, rassurante... Pas tant que cela. Un flash mémoriel me montra les salles de torture, et pire encore celles d’interrogatoire. Dirigées par Saladin en personne.
Hélas, cette idée ne sembla pas m’effrayer outre mesure, et je sombrai irrémédiablement dans un sommeil comateux.
***
A mon réveil, j’étais allongé, dans ma petite chambre personnelle de la base. C’était déjà le matin, et lentement, j’ouvris la fenêtre et humai une grande bouffée d’air frais. On frappa à ma porte. En calecon, les cheveux en pétard, j’allai tranquillement ouvrir, et tombai nez à nez avec la charmante blondinette du secteur C, qui portait un panier de croissants.
« Petit déj’ ? sourit-elle.
- Oui oui, merci, lui répondis-je en prenant le panier et en fermant la porte. Porte que je rouvris une seconde après, surprenant sa moue étonnée et dépitée, alors que je lui faisais un étrange sourire genre « Je déconne, entre ! ».
Ce qu’elle fit. Timidement. Du moins, pendant les 9 premières secondes, suite à quoi elle me sauta dessus et commença à m’embrasser. Après quelques instants magiques d’un baiser fougueux, elle me jeta en arrière sur le lit et enleva son t-shirt. J’admirais ses magnifiques formes, tout en la laissant faire respectueusement. Elle dégrafa son soutien-gorge avec un sourire coquin, et me lança sur le visage.
Sensation glacée. J’ouvris les yeux. Jay se tenait là, devant moi, un seau d’eau vide dans la main, qu’il laissa tomber par terre dans un bruit métallique désagréable.
- Kenneth, entama-t-il.
Ma gueule de bois naissante m’empêcha de répondre une vacherie.
- Kenneth, je suis ta dernière chance.
- Euh… soupirai-je juste, engourdi.
- Je vais te poser une simple question, Kenneth. Une question à laquelle tu vas répondre. Parce que si tu ne le fais pas, il va t’arriver bien des choses. Tu sais de quoi nous sommes capables, tu t’es toi-même occupé d’un ou deux interrogatoires, et tu vois de quoi je parle quand j’évoque le fait que nous voulons des réponses.
- Vaguement, oui, me moquai-je en le toisant.
- Je ne vais pas te la poser tout de suite, cette question, Kenneth. Parce que tu sais quelle elle est, et je veux que tu te la poses d’abord. Je reviendrai dans 30 minutes. D’ici là, tu auras trouvé la réponse, du moins je l’espère, pour nous deux. Ah, au fait, commenca-t-il en passant derrière mon dos.
J’essayai de le regarder passer, mais je ne me rendis compte qu’à cet instant de ma position : assis sur une chaise en métal, les mains attachées dans le dos, dans cette petite pièce glauque et mal éclairée dont je ne connaissais ni l’existence ni la localisation. A vrai dire, c’était la première fois que j’observais mon environnement extérieur depuis mon réveil brutal, et même Jay paraissait affaibli, accablé psychologiquement. Mais pas d’une façon qui aurait inspiré la pitié. Il avait à présent l’air d’un homme qui n’a rien à perdre, confronté à un choix mais ne voulant pas choisir, préférant laisser le destin se faire : en bref d’un individu dangereux, capable du pire comme du meilleur. Et je détestais par-dessus tout être confronté à ces hommes là. Effectivement.
La douleur fut… immense. Je sentis l’articulation se briser, chaque petit nerf éclater, et cette horrible sensation de brûlure intense se répandit dans tout mon corps.
Il venait tout simplement de me péter l’index et le majeur de la main droite, et j’étais finalement presque heureux de ne pouvoir les voir, m’imaginant leur nouvelle et effrayante position.
- Tu te doutes que ce n’est que le début, poursuivit-il. Au fait, je serai toi, je m’activerai. On t’a injecté un sérum ultra-concentré en calcium. Tes os se reformeront à vitesse grand V. Si tu ne remets pas tes doigts en place dans les quelques heures qui suivent, tu seras obligé de les casser à nouveau pour récupérer une main humaine. Si tant est qu’elle puisse te servir à nouveau… ajouta-t-il lentement en refermant la porte de la salle derrière lui.
J’essayai alors d’attraper ma main droite à l’aide de son antagoniste. Impossible. La seule moyen de remettre tout en place allait être de la fracasser contre le dossier de la chaise.
Chose que je fis.
Encore.
Encore.
Et encore.
Les larmes coulèrent. Les soupirs laissèrent place à des cris, étouffés tant bien que mal en serrant les dents. Et, malgré toute ma fierté de l’homme combattant qui en avait vu des pires, j’assumai de souffrir le martyre en essayant simplement de me rafistoler.
L’autre enfoiré devait m’observer, pendant tout ce temps. Paisiblement, il profitait sûrement du spectacle.
Les coups répétés que je m'infligeais s'espaçaient. Il me fallait de plus en plus de temps pour reprendre mon souffle, pour retrouver le courage de refaire une tentative, rien qu'une seule, puis une autre, puis une autre...
J’avais réussi à tout remettre dans le bon sens au bout d’une quinzaine de minutes.
Et, alors que je retrouvais péniblement mes esprits, il revint. Pile à l’heure. Je ne le regardai pas, je ne bougeai pas, alors qu’il s’arrêta quelques secondes afin de vérifier l’état piteux de ma main.
Quand il se fut enfin régalé du spectacle, il me demanda d’une voix froide et sombre :
- Pourquoi as-tu tué Saladin ?
Et je ne répondis pas.
Je ne pouvais pas.
Je ne savais pas.