OMG... Va falloir que j'me réserve 2h.
Hâte de lire ça. ![]()
Pitié, poste après mercredi, comme ça je peux lire ça la conscience en paix mon travail à moi rendu... xD
En passant ce soir j'ai revu Collateral (ce jeudi sur M6... télé suisse il a fini y'a presque une heure (on est TOUJOURS en avanc sur vous mouarf
)) et c'est marrant de voir qu'il est très impressionnant la première fois mais un peu mou la deuxième...
Bon ça reste un excellent film.
"Six milliards de bipèdes sur terre et toi tu grinches parce que y'en a un moins?"
"Et si un mec te colle un couteau sous la gorge, maintenant, et vous demande de dire ce que tel ou tel type pense, qu'est-ce que tu vas faire, HEIN? Tu vas crever, parce que t'as aucune idée de ce qui se passe dans la tête des gens!"
En espérant que ça vous spoile pas, je film est rempli de convers du genre... Les films de Michael Mann on souvent des très, très bon dialogues.
Public Ennemies, prochainement.
Délire cinéphile: OFF.
Vu comment je vais être occupé, je pense que ce sera au mieux mercredi soir pour mon texte de toute façon Thunder !
Sinon Collateral, petit bijou en effet, j'aurais juste aimé que la relation philosphique entre les deux persos aille plus loin (en fait elle atteint son apogée juste avant l'accident), dommage... Mais bon, c'est pas le but du film non plus.
Ah oui aussi ce film contient la seul musique electro que j'arrive à aimer ! ![]()
Ready Steady Go? La scène du night-club? RHA cette scène de fou!!!!
Ou alors le thème à la guitare... Ce film a une bande-son de malade (comme quasiment tous les films de Mann).
En passant ça m'a fait drôle, j'avais oublié, au début tu vois Jason Statham pendant la première scène, il donne l'impression de passer dire bonjour entre deux plateaux d'une scène du Transporteur 12...
Sinon la scène avant l'accident est clairement une des meilleurs du film, je trouve.^^ Bref.
On va pas spoiler pour ceux qui ont pas vu le film... sinon dire: regardez-le! ![]()
Oui cette musique là !
Merci je connaissais pas le titre !
Mais c'est sur que toute la BO déchire...
Au passage, savais-tu que Mann avait écrit bon nombre d'épisodes de Starsky et Hutch ?^^ On reconnait sa pâte par la complexité des organigrammes criminelles qu'il créé dans ses épisodes.
Sinon pour Statham je savais pas, dommage j'ai rendu le DVD a un pote. Mais bon avant de charier l'acteur, matte "Braquage à l'anglaise"
Culte et Véridique ce film !
"Sinon la scène avant l'accident est clairement une des meilleurs du film, je trouve.^^"
Non mais c'est universel : C'EST la meilleure scène du film.^^
"On va pas spoiler pour ceux qui ont pas vu le film... "
Meeeuh si, d'ailleurs voilà la fin : "A guy dies in the subway..."
Bon j'ai assez corrigé mon texte, il se fait tard.
Le HS est dangeureux pour le topic, a poster avec modération. ![]()
Juste au passage pour en remettre une couche, la fameuse scène :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/collateral+accident/video/x54z4u_pourquoi-tu-mas-toujours-pas-tue-y_shortfilms
![]()
Waw... musique, mise en scène... mais surtout purée, les dialogues sont monumentaux(tals ?) ![]()
Merci Ulti ![]()
Dans le film, quand ils croisent le loup entre autre, y'a aussi la très, très excellente Shadow of the Sun de Audioslave. Sans parler de Moby... bref.^^ (Manque plus qu'un son Brian Eno
) Bon Michael Mann c'est Miami Vice aussi mais je connais pas trop.
Braquage à l'Anglaise je l'ai vu au ciné.^^ Pas mal du tout. Pas un chef-d'oeuvre, mais honnête divertissement.
J'adore cette dualité dans les films de Mann. Toujours un bon et un mauvais, et toujours une part de bon dans le mauvais et un peu de mauvais dans le bon...^^ Dans Heat c'est encore plus flagrant.
Mais bon, la tension Collateral est vraiment pure.
Bref.^^ J'ai fini mon projet, tu peux envoyer ton texte quand tu veux. ![]()
Bon bon bon... Voilà enfin mon 50e texte !
Mon deuxième complément au final !
Et le texte le plus long de MGHS !
Une quinzaine de jours de travail qui m'ont bien sué, mais au moins je suis allé jusqu'au bout, et j'espère que ça aura valu le coup ! ![]()
Quelques recommandations avant de commencer la lecture :
- Anciens ou non de MGHS, l'histoire de Ripple peut-être floues pour vous, aussi j'ai précédé le texte d'un "précédemment" très chargé. SURTOUT lisez-le bien TOUS pour TOUT comprendre au texte (il y a même des passages de texte à Locke dedans^^).
- Ne survolez pas trop le texte, c'est le genre de texte où l'on se spoile très facilement par erreur, limite ne descendez pas cette page lol !^^ J'me suis bien cassé la tête à mettre tous ces coups de théâtre pour le meilleur effet !^^ (Oui Locke je sais que tu n'aimes pas ça mais t'inquiète c'est pas comme tu crois^^)
Voilà voilà, la suite au prochain poste, je crois que ça fera environ... Une quinzaine de postes !
(Ca va prendre un ptit quart d'heure pour tout poster, aussi si vous passer part là, ne postez pas tout de suite !^^
Enjoy... And good luck ! ![]()
Précédemment dans MGHS (par ordre chronologique de l‘histoire) :
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(page 1374 - 3 février 1998, quelque part en CisJordanie)
[Ripple]
Nous restâmes un moment, affalés sur les canapés, à regarder une télé muette accrochée au plafond. C’était un dimanche comme les autres. On ne pouvait pas trop sortir. Une sorte de guerre civile se déroulait à l‘extérieur, expliquant de nombreux actes de violence dans la région que je n’assimilais logiquement pas. On en voyait d’ailleurs quelques confirmations sur l’écran silencieux.
- Tu as vu ? Remarqua Marcus. Ca n’a pas l’air de s’améliorer… Ils attaquent plusieurs bâtiments officiels et font appels à des PMC pour se soutenir…
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(page 1394 - fin 2010)
Je voulais à tout prix qu’ils comprennent qu’en jetant le caillou dans l’eau ayant provoqué la mort d‘Olga, les ronds d’eau nés du choc dans le lac iront les éclabousser, puis les noyer.
C’était la philosophie de mon tuteur, Franck. Un grand physicien que je respectais toujours autant, qui m’avait tout appris. Un nihiliste peu commun.
(…) - Oh ! Répéta l’instructeur. What is your name ?
- … I’m The Ripple Effect.
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(page 1259 - janvier 2023)
[Orson]
Je posai ma mallette au sol, et retirai mes lunettes. Le sujet pris enfin la parole :
- Orson ?…
- Oui, Orson ! Souris-je.
(…) - … Samaëlle.
- Pardon ? Demandai-je en remettant mes lunettes.
- C’est mon nom.
- Je vois… Enchanté alors. Enchanté…
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(page 861 - juin 2028)
[Ripple]
- …Je ne suis pas ici pour te donner des droites mais pour te donner des missions, à partir de maintenant tu seras mon Colonel-Adjoint... Ripple.
- Colonel-adjoint ? Rétorquai-je. Lieutenant-Colonel plutôt ?
- Ce n´est pas l´Air force ici. Railla-t-il. (…) Ce "groupuscule" n´est peut-être pas l´armé, mais il la dirige…
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(page 862 - juin 2028)
J´avais cinq hommes avec moi. De simples mercenaires à première vue, à l’exception d’un, qui avait l´air différent. On voyait qu´il savait pour qui il travaillait. Il répondait au nom d’Orson.
On nous largua à l´heure souhaitée. (…) En retrouvant les autres en bas, Orson s‘approcha :
- Tiens, prends ça.
Il me tendit un cylindre d´injection.
- Et qu´est-ce que c´est ?
- Un cadeau de Stone. C´est pour te sentir plus... Vif.
- Je n´en veux pas. Rétorquai-je en lui tournant le dos.
C’est alors qu’Orson me prit par derrière et m´injecta la substance dans la nuque.
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(page 1220 - 9-10 juin 2028)
[Orson]
Je me réveillais, étourdis. Ce maudit Ripple m’avait assommé par surprise. Il était plus instable que prévu. Le C4 n’allait plus tarder à exploser. Je n’avais plus beaucoup de temps… (…) J’avais survécu in extremis. Mais j’avais un problème : C’était mon premier échec. Et je n’avais pas un grade assez élevé comme mon frère Emmet pour que le comité le tolère. (…) Je ne pouvais plus retourner à Nuremberg. J’étais fini. Tout ça à cause de ce maudit Ripple Effect !
Ha ! Son instabilité ne le mènera qu’à la fuite, mais je le retrouverais d’ici là. Et je me vengerais. Le rétrovirus Controla m’aidera dans ma démarche. Cependant, il me restait encore quelque chose à faire… De plus important.
(…) Ce n’était que plus tard, en lisant la mise à jour pirate de Ripple, que j’appris que Mikhaïl Gurlukovich avait bien été donné à l’UNICEF comme il se doit. Et qu’il se trouvait donc actuellement dans un endroit inconnu des Patriotes et d’U-155...
(… 20 juin 2028) Je n’osais y croire… Il était là. (…) Ripple ! Il était enfin à moi ! Je le suivis discrètement. (…) Étudiant la direction qu’il prit, je devinai qu’il se dirigeait vers les toilettes des hommes… Je décidai de prendre les devants, et d’arriver avant lui… (…) Je m’observais dans le miroir, me rendant compte que les Patriotes verraient tout ce que je voyais lors de la prochaine Mise à jour des glandes. Je pouvais tenter de le ramener, ou autre, pour espérer que les Patriotes me reprennent. J’hésitais, j’avais peur… Peur d’eux ! Mais ma haine était plus forte. Je m’étais résigné.
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(page 866 - 20 juin 2028)
[Ripple]
Les Patriotes, c’était fini pour moi. (…) Le lendemain, j´étais arrivé à la gare de Montréal (…) J´étais parti aux toilettes pour me rafraîchir, de grandes toilettes très vastes. (…) J´eus à peine le temps de voir qu´Orson était derrière moi, son arme pointée vers moi.
(…) - Si tu ne mets pas tes mains sur ta tête, tu mourras. Cria Orson sur le même ton.
Tel sous hypnose, j´obéissais, je ne voulais pas mourir, mais je savais que ce geste était inutile. Mon corps ne m´écoutait plus, ou plutôt ma tête...
(…) - Qu´est-ce que tu m´as fait ? Pourquoi je... Mes pensées ne m´obéissent plus !
- Tu vois tout ce que je veux que tu voies. Tu fais tout ce que je veux que tu fasses. (…) Tu te l´injectes tous les jours depuis Londres ! Hahaha !
- Quoi ? Cette chose ?
- La dépendance qu´elle te procure n´est-elle pas grisante ? C´est en effet une substance rajeunissante ! Mais la première dose que je t´ai donnée contenait un rétrovirus qui s´alimente de cette substance, et qui obéit à ma voix. Je peux te faire halluciner comme je peux te forcer à te suicider, à ma guise. Donc comme tu le vois, je savoure ma vengeance…
(…) Je ne voyais qu´une seule chose à faire pour me sortir de là, mais avant tout, je voulais savoir.. :
- Dis-moi au moins qui est ma fille...
- Elle travaille dans le service qui était sous le commandement de Stone, sous le nom de Samaëlle.
Après avoir versé la traditionnelle larme, je pointai mon arme sur ma tempe.
- Ne fais pas ça ! Je te l´ordonne !
Rien ne pouvait m´empêcher de faire cela, il le savait.
- Stop ! Stop ! Annule tous les ordres !
Mes mains étaient libres. Orson mourut le torse troué, plaqué à la porte des toilettes. Mais cet homme m´avait au moins redonner un but, retrouver ma fille. Le train que je pris m´amena à l´aéroport.
(…) Le soir-même, j´arrivai à Nuremberg par une nuit sans lune.
(…) - Vite, dans l´armoire, prends tout l´équipement qu´il nous faut, armes, torches, radio, parachute, gilet... On doit être en bas dans moins de 5 minutes!
Trop tard. La porte claqua, plusieurs commandos nous encerclaient, Samaëlle était déjà prise ( …) Je voulais sauver Samaëlle, mais le faire à ce moment aurait provoqué sa mort. C´est pour cela je sautai de l´immeuble.
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(page 870 - 23 juin 2028)
Le Laboratoire de Vienne était un des plus sophistiqués - et intact - du monde. Mon Doctorat de physique m´avait beaucoup aidé à l´infiltrer. (…) Ma dépendance à la SR devenait de plus en plus forte. Je ne voulais pas être victime de nouvelles hallucinations. Il fallait que je me débarrasse de ce rétrovirus en moi, et ce labo était la clé. (…) Le scientifique lâcha par terre le bidon quand il me vit pointer mon arme, lui murmurant :
- Surtout restez calme. Au moindre bruit je tire. Tout ce que je veux c´est l´anticorps du rétrovirus de contrôle humain, celui qui s’alimente de SR…
(…) Je m´emparai de l´éprouvette avec des gants et la rangeai dans un caisson froid. Il y avait également à côté une micro-seringue, contenu dans un bocal radioactif, qui retint mon attention... « Union » était inscrit dessus.
(…) - Que contient cette seringue ?
- Un mélange... De SR et de POL... Réchauffés par radiations...
- Quoi ? C´est censé faire quoi ?
- On ne sait pas, on le test.
(…) J´éteignis le caisson radioactif et m´emparai de la seringue. (…) J´avais désormais l´anticorps à mon rétrovirus, je pouvais donc continuer de m´alimenter avec la SR sans crainte.
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(page 872 - juillet 2028 - Strasbourg)
- Orson ? Encore toi ?
- Oui...
- Tu es mort !
- Oui. C’est vrai. Je ne suis que son substitut...
- Son substitut ?
- J´ai incorporé un système de secours dans le rétrovirus, s´il est détruit, il crée suffisamment de nanomachines qui se répandent dans ta cervelle pour créer une réplique de ma personnalité. Et ainsi te rendre fou. De ce fait, ma vengeance sera complète !
- NOOOOOOOOOOOOOOON !!!!!!
(…) - Arrête Ripple. Ne t´inquiète pas, les nanos disparaîtront d´elles-mêmes dans peu de temps.
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(page 872 - juillet 2028 - Strasbourg)
Ils ne savaient pas à quel point j´étais instable. Que lors de mon opération du visage, j´avais demandé qu´on me mette la substance « Union » dans une poche sous mon rein gauche, qui libérera le produit si trop d’adrénaline était libérée… Adrénaline qu´une balle dans le genou pouvait facilement provoquer.
(…) - Pauvre idiot... Vous savez ce que ce produit fait ?
(…) Le lendemain, j´ignorais où j´étais. Je ne ressentais plus l´effet du mélange. (…) Ce n´était pas une nuit que j´avais passé dans la voiture, mais trois.
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(page 998 - août 2028)
Je venais d’arriver dans un petit village perdu du Soudan (…) ma visite ici avait également un but secondaire… J’en avais assez de ma dépendance à ma SR, le rétrovirus avait disparu, les nanos d’Orson avait disparues, je voulais aussi me débarrasser de cette dépendance-là.
Le Dr Johnson était un brillant médecin ayant prit l’asile politique dans le village où je me trouvais. Il était spécialisé dans la chimie du corps et du cerveau, ainsi que dans toute forme de contamination nanoscopique.
(…) - Bonsoir docteur…
- Encore vous !…
(…) - Écoutez, répliquai-je en me levant et en me retournant vers lui, je veux bien être magnanime, vous me montrez les résultats, et je vous donne cette liasse de 5000 dollars Sud-Africains immédiatement. Ce n’est pas la somme prévue, mais au moins vous voilà assuré.
(…) - J’ai… J’ai reçu des menaces… (…) Des gens qui vous recherchent… Ils m’ont interdit de vous aider !
Je commençais à comprendre le désarroi de Johnson :
(…) - On peut s’arranger, moi je ne veux que les résultats !
(…) - Un simple sevrage progressif vous enlèvera votre dépendance à la SR ! (…) Cependant… Il y a un pépin ! (…) Vous vous êtes injecté autre chose récemment n’est-ce pas ?…
- Oui. Je ne sais pas trop quoi…Ça me fait des effets bizarres dans ma tête…Des flashs…
(…) - Ce produit possède un tampon de protocole mémoriel…Une sorte de mémoire interne qui retient ce que fait votre corps en plus d’agir de façon incertaine sur vous…
(…) - Bon et en quoi ça me nuit ?
- Vous vous souvenez de ces nanomachines de secours, qui se sont créées lors de l’éradication du rétrovirus qui agissait sur vous ?
- Oui. L’un comme l’autre ont également failli me rendre fou d’ailleurs…
- Eh bien… Ces nanos… Qui ont disparu par elle-mêmes comme le font toutes les nanos, sont des nanos de « secours », elles se créaient quand un déclencheur est activé, en l’occurrence ici la destruction du rétrovirus… (…) Le problème, c’est que la chose que vous vous êtes injecté… Ce mélange, « Union »… A sauvegardé cette action. Celle de la création des nanos. Et la recréer. (…) … Elle recrée ces nanos…
- Alors ça ce n’est pas possible en effet !
- Pourquoi donc ?
- Parce que ces nanos font apparaître la personnalité d’un gugus cinglé qui veut me rendre dingue ! Et que je ne l’ai pas revu depuis tout ce temps !
- Ça c’est parce que… Votre SR que vous vous injectez les élimines !
(…) - Il se recréait sans arrêt, et moi, grâce à ma SR, je l’élimine sans arrêt en éliminant les nanos ?
- Oui…Et vous êtes condamné à vous injectez de la SR à vie, si vous ne voulez pas que ce « gugus » comme vous l’appelez, ressurgisse…
Le « gugus » en question, c’était la personnalité d’Orson contenue dans les nanomachines. Et le mélange était le savoir des Patriotes que je m’étais injecté de force à Strasbourg…
(…) - Vous ne buvez pas votre whisky ? Fit Johnson.
- Je ne bois jamais, c’était juste pour le cliché, lui dis-je le regard dans le vide, encore ébahi par la nouvelle…
- Dans ce cas, je ne me prive pas.
Il prit le verre et le but cul sec. Cinq secondes plus tard, il eut une violente attaque.
(…) - Docteur ? Docteur !!!
- On dirait qu’ils m’ont eu finalement… Theu !… Bonne chance dans votre chemin…
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(page 901 - août 2028)
- Les infos... Les infos que j´ai dans ma tête, dus au mélange chimique créé par les Patriotes... Qu´est-ce que... Qu´est-ce que c´est ?...
Ma sincérité dans mon tourment fit parler Ork :
- Je croyais qu´Emmet te l´avais dit : tu possèdes par ce mélange dans ton cerveau 64% des informations connues par le comité…
(…) - …Mais pourquoi faire un tel mélange qui pourrait malgré tout les mettre en danger ? Surtout si quelqu´un comme Ripple le possède.
- Ripple se l´ait injecté par accident…
(…) - …Que devient ma fille Ork ? Répond ! Est-elle toujours entre leurs mains?
(…) - Le comité t´as forcé la main puisque... Ils ont donné ta fille à U-155 !
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(page 998 - août 2028)
Orson était là. Je le voyais physiquement. Juste en dehors de la grille. Il faisait les cent pas devant ma cage.
- Alors Ripple ? Ca va depuis le temps ?
- C’est… Ce n’est pas possible ! Tu… Tu n’es pas réel !
- Oui bon arrête de me le rappeler c’est frustrant ! (…) Parlons un peu.
- De quoi ? Du bon vieux temps ? Tu ne veux que me rendre fou !!!
(…) - …Que tu ne me crois ou non, je veux t’aider Ripple Effect !
(…) - Mmm… Et… Ton fameux intérêt dans tout ça ?
- En échange, je veux revoir mon frère. Emmet.
- Hein ? Et pourquoi ça ? Pour le voir une dernière fois avant de succomber ?
- J’ai une chose à lui dire avant de disparaître pour de bon.
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Ripple Effect - Complément au final n°2
50. ‘Horus Ex Machina’
¤¤¤
- 30 septembre 2049, dans un bunker chinois, prêt de la frontière Nord-coréenne. -
Le vieux mais néanmoins dévoué agent Finney s’assit à son fauteuil, tout en soulevant sa cravate pour éviter qu’elle ne touche la table. La session allait enfin pouvoir commencer dans cette salle grisâtre partiellement éclairée par les groupes électrogènes d’époque…
- Je suis ravi que vous ayez accepté de nous voir, Monsieur…
- Appelez-moi simplement Sekhmet, répondit primairement l’homme face à lui.
L’agent Finney pouffa de rire, tout en ouvrant son dossier :
- Ha ! Je vois que vous êtes vraiment fans de mythologie dans votre… Organisation.
- C’est toujours plus court qu’agent Finney, agent Finney.
Vexé par cette remarque, l’agent baissa du regard et replaça ses lunettes sur son nez d’un rapide coup de majeur. Il proposa par un simple geste manuel à Sekhmet d’enlever sa longue veste, et de se mettre à l’aise. Sekhmet s’assit, mais il préférait rester entièrement habillé, car telles étaient les précautions des guerriers… L’agent Finney appuya sur son oreille droite, enclenchant son Terminal en mode enregistrement, puis prit la parole :
- Agent Walter Finney, 30 septembre 2049. Session de négociation n°1 avec… Monsieur Sekhmet.
Il regarda ce dernier au moment de prononcer son nom, et aperçut un léger sourire sortir de sa fine bouche… Après avoir de nouveau baissé le regard, Finney reprit :
- Monsieur Sekhmet, vous êtes venu ici en tant qu’émissaire pour négocier une trêve avec le comité des s…
- Avec les Patriotes. Coupa soudainement Sekhmet.
Finney racla sa gorge, et continua, tentant d’avoir l’air imperturbable.
- …Avec le comité des sages en échange de postes à hautes importances dans les domaines politiques et industriels. Est-ce correct ?
- Non, fit Sekhmet en tirant sa chaise en arrière tout en se relevant. Je ne suis pas ici pour cela, mais pour faire passer un message…
- Comment ?! S’étonna Finney. Mais…
Sekhmet haussa le ton de sa confrontation :
- …Je suis ici pour dire aux Patriotes que notre commandant n’a pas l’intention de laisser tomber le combat contre vous pour de la corruption. Et qu’il est ravi de vous savoir désespérés au point d’espérer une quelconque trêve à l’aide de vaines négociations ! Le pouvoir, ce n’est pas en partie que nous le voulons, mais en entier !
- Votre commandant ?! demanda Finney, surpris.
- Oui… Horus !
- Horus ?!… Vous parlez de celui qui…
- …Du plus grand guerrier ayant jamais existé, et que personne n’arrivera jamais à arrêter. Il est même déjà infiltré dans vos rangs pour vous détruire tous ! Et il le fera d’une facilité redoutable… !
Les yeux de l’agent Finney doublèrent de volume, son instinct sentit soudain le danger… Sekhmet sortit une arme de son dos. Finney se retint de ne pas hurler.
- G… Gardes ! Saisissez-le !! Il…
La transmission se coupa ici. Le médecin-légiste avait expliqué que la balle que l’agent Finney avait reçue à la tête fit sauter le Terminal accroché à son oreille. Il était donc facile de deviner pour le Colonel Naked Snake que les derniers mots entendus sur cette piste audio furent les derniers prononcés par son agent négociateur. C’est pourquoi il éteignit son Terminal, l’air sombre, et le regard inquiet.
¤¤¤
- Trois jours plus tard, dans un manoir au fin fond de l’Arkansas -
La descente de l’hélico se fit non sans délicatesse sur le toit nocturne. Marcus me tendit son puissant avant-bras en guise de soutien pour que je puisse enfin mettre un pied sur la surface plane de l’héliport. Il devait être trois ou quatre heures du matin, et je n’aimais pas qu’on me réveille en pleine nuit, surtout quand j’étais en repos dans ma villa irlandaise… Et surtout quand je me sentais plus faible qu’un nourrisson.
- Tu n’as pas pris ta SR ? Remarqua très vite Marcus.
- En général je la prends le matin, tu sais, lui répliquai-je, grognon.
Mon frère fit son petit rire habituel, puis me mit aux nouvelles :
- Tout le monde est presque arrivé.
- Nos Lieutenants ?
- Déjà là.
- Et… Les autres ?
- Le comité sera au complet d’ici quelques minutes.
L‘hélico était dorénavant hors de notre champ de vision. Ce fut à mon tour de railler :
- Tu parles comme un vrai garde du corps, Marc’.
- C’est parce que j’en suis un, ‘papy‘. Aller viens, et fais comme moi : prends ta SR du matin. Depuis ton attaque, tu…
- Garde du corps ne signifie pas pour autant infirmier, l’écourtai-je.
Il se reprit, le ton un peu plus grave :
- Je n’ai juste pas envie que tu fasses une crise en pleine réunion officielle, c’est tout !
- …Ce n’est pas une réunion officielle Marcus, c’est une Session d’Urgence, le corrigeai-je.
- Humpf ! Peu importe… Me souffla-il en regardant ses notes. Hum… Tes quartiers se trouvent par là-bas normalement… En prenant la porte B après l’escalier…
Il regarda tout autour de lui, le regard perdu, avant de reprendre :
- Bon sang il est où cet escalier ?…
- Cet endroit est un vrai labyrinthe, je n’y viens pas souvent.
- Espérons que tu n’y reviennes plus jamais, après ça.
Cet endroit, c’était le gigantesque et surprotégé manoir Wellington. Probablement un des plus vieux Quartier Général du Comité des Sages originel. Il portait le nom du premier leader, puis fut récupérer par les Patriotes à leur création, sans pour autant changer le nom de l‘impressionnante bâtisse. C’était aussi ici que le comité et leurs Lieutenants se réunissaient parfois en cas de crise, comme il se faisait maintenant. Tout ce qui existait de plus haut en matière de politiques, industriels, militaires, et administrateurs se réunissaient à chaque fois qu’un élément imprévu et difficilement gérable apparaissait dans le système si propre du grand Comité des Sages, prouvant sa saleté à chacune des fois.
Autant dire qu’il était facile de deviner à quel point la sécurité mise en place à chaque session d’urgence était au-delà de tout entendement : quarantaine totale pendant le séjour, agents de sécurité d‘élite, haies électrifiées de plusieurs mètres de haut autour du jardin, bunkers de secours, et même des missiles sol-air répandus sur toute la surface du gazon… Personne ne pouvait empêcher le Comité de se réunir au complet… Et d’agir comme il se doit.
En matière d’aménagement, tout en bas se trouvait le hall et la salle de réception, puis un étage au-dessus les salles de réunion et de crises. Au deuxième il y avait les chambres des Lieutenants, puis au dernier étage se situaient les quartiers des membres du comité, ainsi que la terrasse principale.
Je voyais déjà apparaître quelques cheveux blancs sur mes tempes en me regardant dans le luxueux miroir de la salle de bain de ma chambre. Je ne les distinguais que peu, ces cheveux, car ma vue aussi commençait à baisser… Il était temps de m’enfoncer dans le cou ce cylindre d’injection que je tenais à la main depuis déjà cinq bonnes minutes...
Tel un diabétique, je fis le geste qui m’était désormais plus que familier, fatigué d’être l’esclave de mon corps, et de cette substance. Elle me rendait si faux, sans émotions, presque inhumain. Et donc sur le papier, parfait pour diriger la planète… Sauf dans les réunions comme celle-ci.
L’engrenage qu’on avait tous atteints me répugnait, non parce que nous avions des problèmes de gérance, car nous gérions très bien. Non parce que nous faisions du mal autour de nous, car l’on faisait beaucoup de bien… C’était surtout parce que tout semblait déjà terminé avant que ça n’ait commencé. Tout. Du début jusqu’à la fin. Je n’ai jamais été partisan de ces personnes écrivant leur existence plusieurs années à l’avance, et dans le Comité, cela se faisait à l’échelle mondiale. Chaque jour, nous incarnions le déterminisme comme chaque jour nous le subissions, nous rendant à la fois obsolète au monde, mais aussi indispensables.
Alors, mon problème d’identité était là : comment pouvais-je me personnifier en tant que leader en étant esclaves de mes sujets ? Comment créer et mettre en place un projet, une loi où n’importe quelle autre décision quand ceux-ci ne peuvent qu’être issus de critères d’un système déjà mis en place ? A chaque interrogation de ce genre, je me disais intérieurement que je revivais probablement le dilemme de tous grands rois, présidents ou dictateurs. Et à chaque fois, j’en concluais qu’il n’y avait pas d’issue, la liberté n’existait pas pour nous, et si nous la traquions pour l‘atteindre comme autrefois, elle ferait chuter toute notre entreprise… Et cela était la pire crainte de tous leaders qui soient. J’étais donc une fois de plus de retour à ma case départ, car l’imprévu était et sera tout de même prévu par nous… Sauf dans les réunions comme celle-ci.
Je rinçai négligemment mon visage, laissant quelques gouttes d’eau ruisseler à travers ma fine barbe pour inconditionnellement terminer leur carrière au fond de l’évier, quand quelqu’un entra dans ma chambre, sans frapper. Connaissant mon frère, qui montait la garde à ma porte, je ne connaissais qu’une personne de sa connaissance qu’il aurait laissé passer ainsi. Mon intuition se confirma quand je sortis de la salle de bain.
- Togo…
- Présent, me sourit-il.
Mon éternel meilleur ami me serra fort dans ses bras, nous ne nous étions pas vus depuis plusieurs mois.
- Alors, comment ça va mon… Oh bordel mais t’as pris un coup de vieux toi !
Un son sec sortit de ma bouche, heureusement accompagné d’un sourire, car habitué au naturel de Togo.
- Ce n’est rien, le rassurai-je, je viens tout juste de prendre ma dose, cela fait 48h que je n’en avais pas pris.
- Tu devrais être plus prudent, et surtout quotidien dans ton dosage ! C’est vrai quoi, ton cœur est plus instable que le roulage de fesses de ta femme !… D’ailleurs, comme va la belle ?
- Elle va très bien, lui répondis-je, ironiquement indigné. Je dois l’appeler d’ailleurs, pour lui dire que je suis bien arrivé. Quant à tes leçons de santé, je te rappelle que tu n’as jamais pris de SR de ta vie, Togo N’Colent. Alors ne m’en fait pas la pub, on croirait entendre Marc’.
Il fit son grand sourire :
- Tu oublies que moi, j’ai dans mes gènes la jeunesse éternelle du peuple noir ! Mouhaha ! Pas besoin de me doper pour tous vous péter la…
- … Oui bon bon, on sait que t’as la pêche… Terminai-je, vexé.
Mon ami le remarqua. Je n’avais pas voulu lui rendre la pareille, car bien que bien conservé, il avait lui aussi été atteint par les blessures de l’âge. Du haut de ces 65 ans, c’était le doyen du Comité.
- Désolé Ripple, s’excusa-t-il, mais vois le bon côté des choses, cette nouvelle SR te donne une résistance du diable !
- …Cela ne m’a pas été très utile jusque-là, je ne vais plus sur le terrain depuis longtemps.
- Ca te manque hein ? Remarqua-t-il. Moi aussi je l’avoue…
- Oui et non… Ce qui me manque, c’est surtout qu’à l’époque, j’avais moins à réfléchir… Je ne veux plus réfléchir Togo, j’en ai marre de prendre des décisions…
Mon ami eut un ton grave :
- Comme celle qu’on va surement devoir prendre demain, c’est ça ?…
Je le regardai fixement, puis partis m’assoir sur mon lit plus doré que douillet. La SR commençait à agir, ma forme revint, mes idées aussi :
- Oui, comme celle là. Mais ce n’est pas une question de responsabilités. De toutes mes décisions au sein du Comité, je n’ai jamais eu aucun regret, là-dessus le système des Patriotes est parfait. C’est plutôt… Le recul. Cette fois-ci mon instinct me dit que je dois voir les choses sous un autre angle, et c’est-ce que je ferais…
- Et c’est pour ça que je suis là ce soir, me dit Togo, tout en s‘asseyant à mes côtés.
Je pris une forte inspiration, puis poussai un soupir traître, suivi d’un regard sincère vers mon ami de toujours.
- …Oui. Tu as fait ce qu’il fallait ?
- Bien sûr, confirma-t-il. J’ai amené ici mon meilleur ingénieur en nanotechnologies, il s’appelle Andy Thomas, c’est un gars bien, et sûr. Il sera à ta disposition dès demain pour le piratage… Mais tu es sur de vouloir faire ça Ripple ?
- Oui Togo, avant la session de vote. Et surtout n’en parles pas aux autres pour le moment. J’ai besoin d’un nouvel angle de vue sur la Décision de demain, et je l’aurais… Demain, je ferais à nouveau apparaître Orson. Lui seul saura quelle décision je dois prendre, car dans un sens, cela le concerne lui autant que moi.
¤¤¤
Orson
- 13 juin 2028, dans un chalet au Sud du Soudan -
Cela faisait plus d’un quart d’heure que j’essayais d’atteindre la bonne fréquence, jusqu’à ce qu’un grésillement caractéristique me fit intérieurement crier victoire. Le casque sur la tête, j’appelai mon contact :
- Ici Orson… Seth, tu me reçois ?…
Il y eut un temps d’attente, puis enfin, à mon bonheur, une réponse :
- Ici Seth… Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Tu n’étais pas censé me contacter avant quinze jours au moins ! Tu es retourné au chalet ?!
- Oui, répondis-je calmement… C’est la seule cache technologique que je possède où j’ai la certitude nette qu’elle est inconnue des Patriotes…
- Mais pourquoi… ?
Je pris une grande inspiration avant d’annoncer la nouvelle :
- Il y a eu un problème, j’ai failli à une mission pour le compte du Comité. Une mission psychologique pour une de leur unité de Nuremberg. Mais j‘ai merdé... Je devais les lier lui et Stone et j’ai merdé… Ils vont me remettre à un bas poste après ça, avec peu de chance de remonter aussi haut un jour…
Seth ne disait rien, il attendait que je lui annonce la couleur.
- J’ai donc déserté…
J’entendis un gémissement à travers la radio.
- J’espère que tu as fait ça en connaissance de cause, Orson…
- Oui je sais… Ils vont me traquer à mort, tout ça à cause de ce mercenaire borné… Ripple Effect !
Seth se fit rassurant :
- Calme ta rage, Orson… Et ton fils, tu y as pensé ? Il est toujours entre leurs mains.
- Je m’en suis chargé, il est en sécurité…
- Bien, c’est déjà ça de pris. Tu as du prendre de gros risques… Que comptes-tu faire à présent ?
Je regardai silencieusement l’intérieur bordélique de mon chalet, réfléchissant au ton de ma réponse tout en me mordillant la langue.
- J’en ai soupé des Patriotes, Seth, mais je connais leur système mieux que quiconque. J’ai peut-être peu d’infos, mais je suis sans doute la personne qui ait le plus compris comment ils fonctionnent, leurs manières, et donc qui peut savoir comment les arrêter… Je te demande de faire de moi un agent actif Seth, j’en ai marre de l’infiltration…
Un autre soupir se fit entendre.
- Ce n’est pas de mon ressort Orson, je vais devoir consulter mes supérieurs. En attendant, ne touche plus à cette radio, je viendrais te voir au chalet dans environ deux mois…
- Tant que ça ? Mais les Patriotes risquent de me retrouver à la prochaine mise à jour des glandes, ils…
- La ferme ! Tu attendras, il suffit que tu sois invisible, tu l’as dit toi-même, tu connais leur manière de fonctionner, alors fais en sorte de quitter leur champ de vision pour de bon… Je pense que tu es suffisamment malin pour ça non ? Sois prudent Orson… Seth terminé.
La radio s’éteignit. Je la débranchais, légèrement déboussolé, le cerveau bouillonnant… Mes mains se mirent à frotter mon crâne pour activer mes pensées. Ma courbure fit grincer la chaise en bois un peu trop délabrée sur laquelle je me trouvais… Puis je me retournai pour parler à la personne derrière moi :
- A partir de maintenant, tu ne bouges pas de ce chalet Marla, jusqu’à ce que je t’en donne l’ordre, c’est bien compris ?… Je dois voir un vieil ami, qui habite pas loin d’ici, puis après j’irais vers Montréal normalement, je devrais être de retour dans une dizaine de jours… Tu as de l’eau, de la nourriture, et même de la bonne musique des années 90. Fais ce que tu peux pour te détendre, mais surtout ne sors Jamais !
Elle me regarda de son air à la fois triste et irritant.
- Ce n’est pas ce qui était prévu Orson, c’est quand que je fais ce pourquoi j’ai signé ?
- Quand j’aurais fini tout ce que j’aurais à faire. Il y a encore des choses que je dois régler que tu ne pourrais pas comprendre…
- Mais ne peut-on pas aller droit au but, j’en ai déjà marre moi ! Pourquoi faut-il que tes agissements soient si complexes ?
Je fis un léger sourire, et montrai presque de la fierté…
- Mais parce que j’ai tout compris au système, Marla. Je possède les réponses à de nombreuses questions, et il est temps de fructifier mes connaissances, pour mon propre salut…
¤¤¤
- 3 Octobre 2049, 4h du matin, Manoir Wellington -
La très vieille mais cependant restaurée salle de réunion avait surement déjà du accueillir des dîners mondains au début du siècle dernier. J’imaginais déjà ces anciennes élites parler de l’économie en hausse, de la future guerre à venir, ou des nouvelles déclarations d’indépendances dans leurs colonies. La réception à laquelle je participais portait un peu la même ambiance à vrai dire, sauf que nous n’étions que douze, évidemment. C’était ce que je me disais quand je vis Pliskin s’approcher de moi, un verre à la main, le regard triste.
- Ca va Stan ? Quoi de neuf ?…
- Same old Pliskin, et toi ?
- Oh rien de spécial aussi, signer des papiers par-ci, mettre au secret un PDG pour en faire un Lieutenant par-là, la vie d’un membre du Comité quoi…
- Mon dieu… Souris-je.
- Quoi ? Demanda-t-il après avoir bu une gorgée, tout en s’asseyant sur le siège antique voisin du mien.
- Ca m’étonnerait qu’il y a dix ans on aurait ne serait-ce que suspecter avoir une conversation comme celle-ci.
-Ah ? S’étonna-t-il. Moi si. Pas exactement dans le même contexte certes, mais quelque chose d’approchant. Avec la hargne qu’on donnait dans tous nos combats, on ne pouvait que devenir des personnes engagées sur la fin non ?… D’ailleurs, il y a dix ans… On faisait déjà parti du comité. Enfin, à deux jours prêts si mes calculs sont corrects.
- Déjà ? Réalisai-je. Le temps passe si vite… Tu penses que Naked organisera une réception ?
- Je l’espère… Railla-t-il. Je t’avoue que c’est aussi pour cela que je suis venu. Sinon de ton côté, tu racontes quoi ? Tu avais l’air d’avoir des problèmes dans la gérance de tes affaires…
- Non, non pas du tout, fis-je en me redressant sur mon siège. Tout va bien. Tous mes braves Lieutenants qui doivent être en train de se goinfrer à l’étage du dessous sont fiers de bien faire leur boulot, même si la moitié d’entre eux n’ont même pas conscience de l’importance de leur travail… Comme s’ils se sentaient plus privilégiés que…
- Que quoi ? Demanda mon vieux compagnon, curieux.
- Qu’engagés… Mais ce doit être sans doute ce qui les différencie de nous.
- Et aussi ce qui explique pourquoi nous avons été désignés, et pas eux, me fit-il en montrant ses dents larges.
- Ne me parle pas de plan de Désignation, Pliskin… Mais tu as sans doute raison. Cependant, l’heure n’est pas aux discussions : sa majesté Naked vient de monter sur le Piédestal.
Nous eûmes un léger rire en même temps, puis nous regardâmes dans la direction du leader du comité, attentifs. Ce dernier prit la parole après avoir enclenché son terminal d’enregistrement, afin que le pupitre sur lequel il se tenait imprime tridimensionnellement son annonce. Sa voix était fatiguée, mais toujours aussi ferme :
- Session d’Urgence du 03 octobre 2049, Colonel Naked Snake… Membres du Comité, vous avez tous été réunis ici ce soir pour une réunion se déroulant sur trois jours entiers. En effet, la situation est inhabituellement tendue : comme la plupart d’entre vous le savent déjà, une Organisation œuvrant contre nous que nous tolérions tout en limitant ses mouvements a récemment pris de l’ampleur. On ne sait que peu de chose de cette organisation, mis à part qu’elle serait directement issue des restes de feu la Double Entente. Nous la surnommerons donc pendant nos futurs réunions les « Descendants de la Double Entente », pour éviter toutes confusions. Evidemment, vous n’ignorez pas non plus que cette ancienne organisation sus-nommée utilisait des moyens pacifistes et discrets pour agir contre l’ancien comité… Aujourd’hui, la situation est tout autre : Elle provoque des conflits intérieurs et extérieurs dans nos forces, nos gouvernements, nos multinationales, nos associations… Rien ne lui échappe. Tout cela de manière brutale et provocatrice envers nous. Devant cette puissance, nous avons mis en place une session de négociation en Chine pour conclure à une trêve, cela s’est également terminée par un massacre, ce qui nous a couté la vie du très estimé agent Walter Finney, qui nous le savons était un ami très proche de John Pliskin ici présent.
Mon camarade baissa son regard à ce moment, puis releva sa tête fermement, prêt à écouter la suite de l’annonce de Naked :
- L’Agent Finney n’est cependant pas mort en vain : en effet, les Descendants de la Double Entente ont librement laissé entendre qui était leur nouveau leader ayant orchestré tout ces récents crimes : on le connait sous le nom d’Horus. Je crois que pour certains, ce nom évoque quelque chose, Ripple ?
L’enregistreur sur le pupitre se tourna vers moi, je pris la parole, nerveux :
- En effet, Horus était un recruteur aux méthodes assez… Radicales, dans les années 30. Personne n’a jamais vu son visage… Pliskin le connaissait de réputation et je lui ai présenté mes… Services pour retrouver la trace de Togo et les autres à l‘époque. Enfin, quand je dis moi je… Bref, on a plus eu de nouvelles de lui depuis tout ce temps, la Double Entente ayant surement pensée qu’il était trop expéditif avait du le mettre sur le carreau. Quoiqu’il en soit, sa manière de faire correspond bien à celle du leader actuel des Descendants. Je pense que c’est bien lui, et que maintenant qu’il est au pouvoir il a changé du tout au tout la politique de son organisation pour tenter de définitivement et brutalement détruire les Pa… Le Comité. Nous, quoi.
- Hum, merci Ripple, me fit Naked, tout en tournant la lumière du pupitre à nouveau vers lui.
- Toujours aussi bon pour parler en public, me chuchota Kenneth d’un ton ironique, suivi du rire de Yoshi… Naked poursuivit, impassible :
- En raison de l’échec de la négociation, nous devons malheureusement penser à passer à la contre-attaque. Seul problème, les Descendants de la Double Entente ont eu la même idée, et ont utilisé leurs positions en Asie pour mettre le feu aux poudres avec le Nouvel Occident… Mes amis, nous sommes probablement à l’aube d’une nouvelle guerre mondiale que nous ne pourrons peut-être pas gagner si nous restons sans rien faire. Il est maintenant trop tard pour l‘éviter, mais en passant en premier à l’offensive, nous pourrons diminuer le nombre de morts calculés par dix… Et définitivement détruire cette Organisation.
Comme vous le savez, ce sera notre opération de guerre la plus massive que nous aurons à mener… Et la plus meurtrière. Cela impliquera de nombreux sacrifices par la suite, pour nous comme pour le reste du monde… Nous devrons déjà mettre en place les nouvelles branches pour la construction d’un monde nouveau que nous ne pourrons peut-être plus diriger après une guerre comme celle qui se prépare.
Le but de cette réunion est donc de connaître l’avis général du comité sur la question d’éthique sur la liberté à l’opposition et à la révolte, et de procéder à un vote, qui n’aura que deux issues : l’une consistera à laisser le monde tel qu’il est, en laissant cette guerre éclater sans rien faire. L’autre consistera à diminuer comme nous le pouvons les dégâts de cette guerre en la faisant nôtre, au détriment du droit civique mondial et à l’écrasement sans ménagement de l’opposition actuelle…
Les idées politiques du Comité sont variées mes amis, et c’est pour cela que nous avons été choisis, vous le savez tous… Nous avons cependant créé un système qui est contre cette seconde issue. Mais aujourd’hui nous sommes face à l’urgence, et plus rien ne peut arrêter cet engrenage engendré par les Descendants. Nous devons décider de sauter le pas ou non… C’est pour cela que demain, à 12h pile, le vote des onze autres membres du comité ici présent aura lieu en salle de réunion B, le vote du leader étant par défaut blanc, comme le veut la règle de notre groupuscule… Messieurs, merci de m’avoir écouté jusqu’au bout, vous avez le reste de la nuit pour consulter vos Lieutenants et prendre ce qui vous paraîtra être la bonne décision... J’ajoute que l’apéritif vous attendra en salle C, au rez-de-chaussée.
Naked éteignit son Terminal, puis descendit du piédestal sans rien dire. Nous avions tous plus ou moins entendus ce à quoi nous nous attendions et nous apprêtions à sortir, pour boire un verre ou aller nous coucher… C’est pourquoi nous fûmes tous surpris de ce qui suivi :
- Attendez tous un instant, il y a autre chose…
Tous regardèrent Naked, étonnés, et se remirent face à lui. La tension se fit concrète à l’entente de son ton :
- La transmission de Walter, elle contient un élément qui ne doit pour l’instant figurer sur aucun enregistrement, j’ai d’ailleurs détruit cette même transmission…
- Qui y a-t-il ? demanda Locke, toujours soucieux d’aller au fait.
- L’envoyé des Descendants, qui a tué Walter… Il a aussi dit qu’Horus s’était infiltré parmi nous…
Le jeune Warren s’indigna :
- Attends Colonel, tu insinues que l’un de nous serait…
- Non bien sûr, sot, corrigea Naked. Mais il est possible qu’Horus ou l’un de ses hommes aient infiltré le rang de nos Lieutenants. Ils sont peut-être même plusieurs à l’être, aller savoir. Et je ne pense pas que les paroles de ce… Sekhmet étaient du pipeau. Quoiqu’il en soit, Horus voulait qu’on le sache, mais ça ne nous empêchera pas de garder pour l’instant le secret, de ne rien dire à personne, et, surtout… De rester sur nos gardes.
Jericho fit un pas en avant pour prendre la parole :
- Veux tu qu’on te fasse une liste des suspects potentiels pendant que nous sommes tous ici ? J’ai personnellement quelques Lieutenants que je n’ai pas dans mon cœur que j’aimerais bien interroger à coups de baffes…
Il y eut un petit rire général, Togo intervint :
- C’est mon cas aussi, j’ai déjà plusieurs suspects en tête… Harrison, Nakata… Et surtout cet enfoiré d’Ericsson. Mon instinct me dit que c’est lui, et il ne m’a jamais trompé durant le temps où j’étais mercenaire. Il agit en Asie en plus, et…
L’agitation se mit à régner dans les paroles, chacun y allant de sa plainte.
- Naked, ajouta Saladin, méfie toi de l’autre là, le petit, Bloum. Il est dans mes rangs mais je crois l’avoir vu ailleurs… Chez l’ennemi.
- Ce n’est pas impossible fit Cobra, c’est comme l’autre, là…
- C’est bon arrêtez ! Hurla presque Naked. Vous me ferez vos rapports à la fin des trois jours, en attendant, ouvrez l’œil. S’il est vraiment là, il va peut-être tenter quelque chose… Maintenant rompez, nous en rediscuterons demain. Et… Soyez prudents… Je suis content de tous vous revoir, termina-t-il chaleureusement.
L’agitation fit place aux sourires sincères de la part de chacun d’entre nous. Nous quittâmes la pièce d’époque d‘un pas calme, laissant notre dirigeant derrière nous, sauf Togo, qui voulait ajouter une dernière chose au colonel en chuchotant :
- C’est Ericsson… J’en suis sur !…
- Va dormir, Togo, lui sourit Naked.
Mon meilleur ami fit une moue comique.
- Bien… A demain.
¤¤¤
Deux heures plus tard
- Aie ! Cria mon frère après avoir reçu une tape de ma part sur la paume de sa main.
On avait essayé de me sortir de mon profond sommeil de vieillard, et j’avais réagis comme le plus jeunot des combattants suite aux douces caresses de Marcus cherchant à me réveiller paisiblement.
Sa forte plainte me sortit malgré tout de mes songes. Sans bouger, les yeux à peine ouverts, je lui demandai tout en grognant la raison de son inopportune visite.
- Un des hommes de Saladin a capté une transmission radio irrégulière sortir et entrer dans le manoir, m’annonça-t-il.
Cette fois-ci, mon corps se redressa en un instant. Tout du moins, pour la partie haute de ma personne, qui me permit de m’assoir droit face à Marcus, éclairé par la faible lumière du couloir qui s’infiltrait par la porte de ma sombre chambre.
- Irrégulière ?…
- Ils… Ils pensent que c’est Horus qui d’ici envoie des infos à ses hommes. Le technicien de Saladin essaye de capter la provenance de la transmission. Habille-toi Stan, il faut que tu viennes voir ça, c’est en salle D.
Une fine caresse de ma main sur ma nuque m’aida à me mettre en condition d’alerte, et me permit de me redresser quasi-instantanément, pour me diriger vers mon pantalon affalé négligemment sur ma chaise… Je retins Marcus avant qu’il ne sorte.
- Pas trop fatigué, frangin ?
Il eut un de ces soupirs caractéristiques.
- Stan… On a la soixantaine… Déjà quand on était plus jeunes ce n’était pas plus utile de me traiter comme ton cadet, alors maintenant, encore moins.
- Je dis juste que tu devrais penser à la retraite, lui fis-je en mettant ma première jambe dans le pantalon. Tu en as assez fait pour nous, pour moi…
Son regard se fit plus profond, puis plus sec :
- Mais pas pour moi.
Et il claqua la porte derrière lui, me laissant dans le noir total… Ce qui me valut une belle dégringolade sur le sol de ma chambre en essayant d’enfiler ma deuxième jambe dans le pantalon. Marcus avait son caractère, mais aussi ses convictions qui, contrairement aux miennes, étaient bien plus stables et encrées…
Quelques verres à moitié vides sur la table. Certains alcoolisés, d’autres non. Un cendrier rempli de cendres et de quelques filtres usagés. Un poste de radio manipulé par un ingénieur portant un casque trop grand pour lui. Saladin. Naked. Locke. Kenneth… Quatre paires d’yeux fatigués. Une lumière trop tamisée pour ces derniers. Une soirée morne à souhait qui ne demandait qu’à se terminer… Tel était l’ambiance que je vis en entrant dans la fameuse salle D, située au premier étage.
- Où sont les autres ? demandai-je, intrigué.
- Certains dorment, répondit Locke, mais on n’a pas prévenu tout le monde…
Je fermai la porte derrière moi, et posai une question dont je connaissais déjà la réponse :
- Et pourquoi moi je suis là ?
- Tu es celui d’entre nous qui connait le mieux Horus, Ripple, m’affirma Naked. Tu pourrais nous être utile pour le débusquer… Et le démasquer.
Le technicien n’arrêtait pas de tourner une molette, on sentait dans son regard une certaine crainte quant à l’échec éventuel de son entreprise… Surtout en étant sous les ordres de Saladin.
- Alors ?! Demanda vivement Kenneth à la radio.
- Encore un tout petit peu Monsieur, répondit le technicien, concentré.
La tension se fit palpable, tous baissèrent légèrement leurs têtes et tendirent leurs fines ouïes pour entendre ce qui était audible, ce qui se traduisait par rien pour le moment… Quand la porte de la pièce s’ouvrit soudainement, faisant presque sursauter le technicien.
- … Il se passe quoi ici ? J’ai entendu du bruit là haut…
Warren avait le sommeil léger, et il ne ratait pas une occasion pour assister à toute opération commune du comité. Il avait en lui cette psychose d’être rejeté par le groupe à cause de sa jeunesse. Il ne réalisait pas encore à quel point ce facteur était sa force et sa chance dans un système aussi vieillissant que le nôtre.
- C’est rien fils, lui répondit calmement Locke. On essaye de capter une éventuelle transmission ennemie, il est possible que…
Les paroles de Locke furent coupées par des élocutions Hertziennes, une voix à la fois claire et grésillante se fit entendre, ni trop aiguë ni trop grave, il était difficile de savoir si l’on avait à faire à un homme ou une femme…
- Ken, ken, akol béséder.
- Je comprends pas, dit Kenneth, il a dit quoi ?
- Je ne crois pas que c’était de l’anglais, répliqua le colonel.
Une autre voix se fit alors entendre :
- Ata khay***édabère ito makhar, zé***Laazor lanou.
- Mais qu’est-ce que c’est que ce charabia bordel ?! S’indigna presque Locke.
Saladin essayait de deviner :
- On dirait du turc… Ou peut-être du grec. Il y a un moyen de savoir quelle voix émet et quelle voix transmet Anton ?
- Non, répondit le technicien au patronyme désormais connu. Il me faudrait des appareils plus poussés… On n’a pas ça ici, Monsieur.
Naked perdit patience, il releva la tête, nous regardant tous :
- Est-ce que ce langage parle à quelqu’un ici oui ou non ?
- J’ai étudié un peu le grec, intervint Warren.
Il attendit quelques secondes avant d’ajouter :
- Et ce n’en ai pas… Et je ne pense pas que ça soit du turc non plus.
Après un soupir général, la voix du début se remit à parler :
- …***kakha habène chélanou youkhal liote… Itanou !
- Merde, fis-je ironiquement, ça avait l’air d’être important là.
Aucun ne rit. Ils cherchaient trop à essayer de comprendre. Moi, j’avais déjà autre chose en tête quant à la manière de débusquer ce maudit Horus. Une idée m’était venue… Il était parmi nous et osait même nous narguer sur notre plus précieux territoire. Anton enleva son casque, et fit signe que la transmission était terminée.
- C’est fini, déclara-t-il. Ils savent qu’en communiquant davantage, on risque de les griller.
- Il n’y a aucun moyen de savoir d’où ça vient ? Demanda Kenneth une dernière fois.
- …Non. Peut-être demain, à l’aide d’une nouvelle transmission. Cela dit, j’ai la quasi-certitude que cela venait d’un des étages du dessus… C’est tout ce que je peux dire. Désolé.
Silence général… Rompu par Naked qui termina le reste de son cognac, reposa son verre brutalement sur la table en verre, et sortit de la pièce en ouvrant la porte violemment. Marcus, qui attendait patiemment de l’autre côté, vit le colonel le frôler de peu, puis me lança un regard alors que je m’approchais de lui d’un pas rapide. Sans que je sache pourquoi, le voir ainsi à attendre me fit penser au moment où les PMC attaquèrent notre centre, au Moyen-orient, il y a de cela un demi-siècle, déjà…
- Suis-moi, lui ordonnai-je presque.
Il ne répondit rien et monta l’étage avec moi, l’air déterminé, jusqu’à l’étage du comité. Après un regard sur l’ensemble de l’étage, je demandai à mon frère :
- Où se trouve la chambre de Togo ?
Il prit un moment, regardant l’intégralité du large niveau, tentant de se rappeler l’assemblement du manoir.
- Pas ici, Stan. Plus loin, au fond de l’étage, prêt de la penderie. Il voulait être isolé des autres.
- Parce que Pliskin ronfle, ris-je en me dirigeant vers le bout du dédale.
Mon poing percuta le vieux bois assez rudement, d’un rythme peut-être un peu trop rapide. Mais j’étais trop pressé de voir Togo ouvrir sa porte, et je savais qu’il pardonnerait ma brutalité nocturne.
Mon meilleur ami fit grincer son entrée, la tête dans le coltar.
- Ripple ? Qu’est-ce que tu… ?
Des morceaux de bois décrépis vinrent soudain nous agresser les yeux. Une balle de silencieux venait de percuter le coin de porte de la chambre de Togo. Nous venions tous trois de frôler la mort certaine.
- Horus ! M’exclamai-je en voyant une ombre disparaitre au loin de la penderie. Il se cachait là pour communiquer !
- Ce salopard d’Ericsson ! Relança Togo d’un ton faussement convaincu.
Marcus sortit aussitôt son Steyr de son dos, alors que de mon côté je pris le Sigma doré de Togo posé sur sa chaise à l’entrée. Je m’apprêtai à suivre mon frère, quand mon compagnon d’arme me retint le poignet.
- Je te le rendrais Togo, le rassurai-je, toi, reste là.
- … Tu plaisantes j’espère ? Me sourit-il. Je vais essayer de le prendre à revers par l‘autre escalier, toi et Marcus, partez par-là… Et prends ce Beretta et rend-moi mon Sigma sur-le-champ, sale voleur.
L’amour de Togo pour cette arme allait bien au-delà de notre amitié… Aussi, Togo lui devait bien plus qu‘il ne me devait.
Je suivis Marcus l’arme en l’air, au pas de course, gêné par mon torse nu et mon pantalon sans ceinture, puis descendit avec lui vers l’étage du dessous, où reposait les Lieutenants : un labyrinthe porté par un plancher délabré, où les coins pour se planquer ne manquaient pas. Cette partie de Cluedo commençait sérieusement à m’irriter, et je ne demandais qu’à abattre ce salaud de colonel Moutarde-Horus, avec le pistolet, dans la penderie. C’est après avoir rit intérieurement suite à cette pensée que je me rendis compte que cette escapade nocturne était l’imprévu qu’il me fallait pour justifier davantage mon travail au sein du comité… Ou tout du moins pour l’animer un peu.
Mon frère et moi étions aux aguets, dos à dos, à l’affut du moindre bruit de respiration qui pouvait se profiler au deuxième étage du sombre manoir Wellington. Nous sentions que notre ennemi n’était plus très loin, nous avions l’habitude de ces parties de chasse, bien que la dernière d’entre elle commençait à dater un tant soit peu.
- Il est coincé, me chuchota Marcus. Il n’aurait jamais du avoir le culot de lancer cette transmission, ça a agité tout le manoir et nous a poussé malgré nous à le débusq…
Un sifflement coupa la parole à mon frère, celui d’une balle de 9mm en plein centre de son torse. L’ombre d’Horus se débusqua alors d’un coin au loin, je reconnus la forme d’un homme trapu, sans pour autant distinguer son maudit visage. Je tirai quelques balles aveuglément dans la direction de ce salopard joueur qui fuyait déjà… Mais il fallait dire que je ne me souciais que peu de la précision de mes coups sur le moment.
- Marcus ! Hurlai-je en voyant mon frère étendu au sol.
J’entendais toujours Horus courir silencieusement vers je ne sais où alors que mes mains tremblantes touchaient le torse de mon frère inconscient. Marcus n’attendait rien d’autre que d’accomplir ses engagements jusqu’au bout. Et je me disais intérieurement, tout en pleurant sur son corps, mon poing contre ma bouche, qu’il avait bel et bien tenu parole jusqu‘au bout… Jusqu’à ce qu’un toussotement sorti de sa bouche, montrant une difficulté à respirer.
- Ah !… Je n’ai jamais connu un gilet vraiment efficace, c’est dingue, se plaignit-il alors que je remerciai le ciel tout en essuyant discrètement mes récents larmoiements.
- Nom de dieu Marcus, tu m’as fait une de ces peurs…
- …Tu me prends vraiment pour un vieillard inconscient Stan, c’est pas croyable, se vexa-t-il. Je suis ton garde du corps, je suis ici pour me prendre des balles à ta place. Évidemment que je ne sors pas tout nu, que crois-tu ?!
- Je crois que garde du corps ou pas, tu devrais prendre en compte le fait que ma nouvelle SR me rend pratiquement insensibles aux projectiles et…
- Mais justement Stan, soupira-t-il, tu ne te l’injecte plus du tout régulièrement malgré ton problème… Pourquoi d’ailleurs ?… Tu cherches puérilement a mettre plus d’action dans ta vie ?
Je réfléchissais à ma réponse quant à ce reproche plus que véridique quand j’entendis les pas lourds de Togo approcher de notre position.
- Vous allez bien ? Nous demanda-t-il machinalement, à court de blagues vaseuses.
Je me levai face à lui sans lui répondre ni aider Marcus. La raison pour laquelle j’étais allé voir Togo se justifiait davantage suite à cette escarmouche insultante au sein de nos locaux. Et je ne désirais rien d’autre sur le moment que de l’appliquer.
- Togo, fais appelle à Thomas là, ton spécialiste.
- Maintenant ? Mais pourquoi ? On était censé le voir demain pour… Ce que tu veux faire.
- Je sais Togo, mais il n’y a pas de temps à perdre. Horus est là, il nous menace et prépare sans doute quelque chose. L’occasion est trop belle pour lui… Je dois parler à Orson le plus rapidement possible. Il n’est plus question de nostalgie ou d’interrogation de soi. Orson a aussi travaillé pour la même organisation qu’Horus autrefois, il me dira qui il est… Et nous pourrons enfin le mettre à nu. Nous devons utiliser ses connaissances, c’est un atout que nous ne devons pas laisser filer, tout comme Horus…
Mon meilleur ami rangea son Sigma à son dos, comme il le faisait à la belle époque. Quelques gardes du corps et Lieutenants venaient ça et là suite aux coups de feux, ils furent rassurés par Marcus qui avait fini par réussir à se relever avant de leur ordonner d’organiser des patrouilles. Togo lui me regarda droit dans les yeux, puis me prit à l’écart pour me donner une réponse :
- Très bien Ripple, on va le faire. Suis-moi.
¤¤¤
Orson
15 juin 2028, quelque part au Nord du Soudan.
J’espaçais prudemment de mes doigts les stores de la fenêtre pour avoir une vue sur ce village plus désolé qu’ensoleillé. La maison du Docteur Johnson contrastait vraiment avec cet environnement post-apocalyptique bordé de fumée… Cependant, son travail dans la médecine humanitaire justifiait plus qu’il ne faut ses moyens et son confort… Comme ce verre de Whisky qu’il me servait alors que ma main fit rebondir les tentures sur les carreaux. J’en avais assez vu.
- …La Double Entente tu dis ? Demanda mon compagnon en reposant la bouteille sur la table.
- Oui, répliquai-je désaltéré par ma gorgée, après m’être assis sur un de ses fauteuils de velours.
- J’en ai déjà entendu parler, je dois t’avouer… Comment les reconnaît-on ?
- Leur discrétion est leur maître-mot, tu sais. A côté d‘eux, les Patriotes et U-155 se remarquent au coin de la rue !
Il eut un rire typique des africains, affichant des dents plus claires que le sable qui bordait son baraquement.
- Mais, avouai-je… J’ai remarqué que récemment, leurs agents actifs ont des noms de code lié au panthéon égyptien : Seth, Anubis, Horus, etc.… Grave erreur de leur part, si quelqu’un était un jour amené à capter une de leurs transmissions cryptées, ils sauront vite à qui ils ont à faire… J’essaierais d’en savoir plus si tu veux, ça peut être intéressant.
- …Merci du tuyau, Orson. C’est vrai que tu payes bien en infos. Ton boulot chez les Patriotes a du bon, je dois l‘avouer… Et maintenant, dis-moi, pourquoi es-tu là ?
Je reposai mon verre d’un bruit sec, l’air indigné.
- Quoi ?… On ne peut pas rendre visite à un vieil ami, juste comme ça ?
- Étant donné que tu ne l’as jamais fait auparavant… Je ne pense pas. Je te connais Orson, tu as des soucis, ça se voit à ton regard…Et je peux t’aider… Il faut juste payer le tarif et tu le sais.
Je me mordis nerveusement la langue, Johnson était une des rares personnes qui ne me connaissait que trop bien :
- Je n’ai que 3000 dollars sur moi, c’est tout ce qu’il me reste, j’ai dépensé toute ma fortune récemment dans une… Affaire. Je te demande tout de même d’accepter ma prestation, en souvenir du bon vieux temps. Car tu as raison, Doc, j’ai des soucis… J’ai déserté des Patriotes.
Le Docteur secoua sa tête, le regard au plancher.
- Orson, Orson, Orson, railla-t-il. Que pourrais-tu bien me vouloir alors ?
- Passe-moi un post-it, là derrière, je vais te l’écrire.
- Pourquoi, tu… ?
- Juste passe un moi putain de post-it, te dis-je !
Johnson s’exécuta sans rien dire, il avait l’air presque excité par la situation. Il n’avait pas beaucoup de compagnie et ne conversait que peu avec ses blessés de guerre qu’il soignait si ardemment jour après jour.
Je sortis un stylo de la poche avant de ma chemise transpirante, et pressa sur son sommet pour faire apparaître la mine.
- Voilà. Déclarai-je à Johnson.
Ses yeux s’écarquillèrent :
- Voilà quoi ? Tu n’as rien écrit sur ce papier !
- Je n’ai rien à écrire, ce stylo provoque une micro IEM d’environ trois minutes, d’où le mal de crâne que tu dois avoir actuellement… Je suis mensuellement observé à travers ma glande cérébrale par les Patriotes qui me cherchent depuis ma désertion. Il ne faut pas qu’ils entendent ce que j’ai à te dire. Ce stylo est un brouilleur temporaire, ils penseront à des parasites. La vérité, c’est que je travail pour cette Double Entente.
- …Je crois que je commence à comprendre la raison de ta venue, fit Johnson en croisant ses jambes. Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé auparavant ?
- J‘étais en infiltration très creuse. De plus, je n’ai moi-même que découvert leur nom il y a seulement quelques jours… Tout ce que je veux, c’est disparaître, et j’ai besoin que tu m’enlèves la glande pour cela, que tu la fasses disparaître de mon crâne une bonne fois pour toute !… Et tu as deux minutes trente pour me trouver ce remède Johnson !… S’il te plait !
Le Docteur afficha un regard de professionnel, et sans rien dire, il se leva et ouvrit un des tiroirs de sa commode, pour en sortir un cylindre d’injection. Il m’expliqua le principe le plus rapidement possible, sans rien perdre de sa belle élocution.
- C’est une toxine qui la détruira. Ca a le même principe que le système d’injection de glandes : Un coma de trois jours, sans la possibilité de boire ni manger, avec comme seul substitut de survie un mélange de POL et de SR. Tout est dans ce cylindre. Injecte-le-toi à ta prochaine IEM.
Il me le jeta en l’air et je le rangeai dans ma sacoche immédiatement après l’avoir attrapé. Les trois minutes venaient de s’écouler, je fis signe à Johnson de changer de sujet.
- Alors, demanda-t-il pour connaître ma version épurée des choses, dis-moi, pourquoi as-tu déserté Orson ?
J’eus un soupir, et serrai mes dents.
- A cause d’un type, Ripple Effect. Je devais le manipuler à l’aide entre autres d’un rétrovirus pour le pousser à combattre U-155 avec le Général Stone. Mais ça a merdé. Il était trop impulsif, Stone aussi… Cependant je ne m’avoue pas vaincu, j’ai repéré sa trace, à Montréal… Et je vais lui faire la peau à ce salaud. Et si un jour il passe te voir pour une quelconque raison, je t’interdis de le servir !
Johnson eut un gloussement :
- Cela dépend de combien d’argent il a, bien entendu.
- Non te dis-je, tu ne feras rien c’est bien compris ? Sinon, ce Ripple ne sera pas le seul à qui je ferais la peau, et je suis sérieux, Doc…
Le regard de Johnson passa de la sérénité à la peur, nous n’étions plus des amis aux relations hypocrites à cet instant précis, mais bien un homme de combat face à son contact intimidé. Il se leva pour mettre les verres vides à la cuisine, tout en ajoutant :
- …Pose ton fric et barre-toi, Orson.
Je sortis ma fine liasse et la jetai sur le bois verni. J‘avais enfin, grâce à mes talents de manipulateur appris chez les Patriotes, la solution à mon problème. Il ne me restait plus qu‘à effacer mes traces… C’est pour cela que je sortis de ma poche intérieure ma fiole de cyanure, pour insérer quelques gouttes du liquide fatal dans la bouteille pratiquement vide de Jack Daniel‘s qui campait devant moi.
Le Docteur Johnson trépassera à un de ces prochains moments de solitudes qu’il chérissait tant, en emportant tous ses secrets, secrets tirés de mon savoir plus authentique que n’importe quel autre.
- Au plaisir, « Docteur ».
Je fis glisser sa porte coulissante, et posa un pied sur le sable couleur émail. La chaleur du soleil sur mon visage m’offrit un de ces courts instants de jouissance du moment présent, me rappelant au fond de moi que je vivais probablement là mes derniers jours.
¤¤¤
- 03 octobre 2049, 10h30 du matin, Manoir Wellington -
- Oui, confirmai-je à mon interlocuteur, il a juste un léger hématome au torse, rien de méchant, rassure-toi. Il est d’ailleurs en train de fouiller le jardin du manoir avec une patrouille à la recherche d’indices ou de suspects potentiels… La paranoïa commence un peu à s’installer ici je dois dire.
- Et toi, tu penses quoi de tout ça ? Me demanda-t-elle.
Je m’accoudai à la fenêtre fraîchement ouverte, pensif :
- Je sais que je veux le débusquer autant que les autres ce salaud, ça me motive… Orson va m’y aider, j’en suis sur. Le technicien de Togo s’affaire depuis tout à l’heure à…
- Je ne parle pas de ça Stan, me coupa-t-elle. Je parle de la décision que tu vas devoir prendre tout à l’heure, avec les autres…
Ma réponse quant à cette question décisive se fit attendre, surtout quand un homme passa par le couloir pour me poser une question. C’était Bloum, un des Lieutenants de Saladin :
- A-t-on retrouvé l’intrus, Monsieur ?
Sa voix pernicieuse et son petit gabarit me fit sortir une réponse aussi irritée que je l’étais :
- Ce n’est pas un intrus, mais un agent infiltré. Et non, il court toujours…
- Ah. Bien, merci…
Il continua silencieusement sa route, sous mon regard suspicieux, qui s’effaça suite à la relance de Jean, que j’avais toujours au bout du fil :
- Stan ? C’était qui ?
- Un des Lieutenants, un type bizarre, Bloum il s‘appelle …
- Ah oui, je le connais, me déclara-t-elle. C’est vrai qu’il n’a l’air pas clair celui-là. Il me donne vraiment l’impression de l’avoir déjà vu ailleurs…
- Mais oui ! J’en ai parlé autour de moi, beaucoup pensent la même chose… Mais bon, si on commence à soupçonner les autres en s’appuyant sur la sale gueule des gens, autant cramer la moitié du manoir…
Elle eut son petit rire qui me rappelait nos tout débuts, avant de reprendre la parole d’un ton sérieux :
- Surtout que tu vas avoir d’autres pains sur la planche mon cœur, comme ce foutu vote…
Tout en me touchant le front, je me rappelai sa question posée tantôt… Elle voulait toujours une réponse.
- Oui… Je sais que ça peut paraître lâche de ma part, mais il faut qu’Orson me guide sur cette décision aussi… Je suis sur qu’il y a des encore éléments inconnus de son passé qu’il doit me révéler et qui m’aideront à prendre la bonne décision. Ce vote peut changer beaucoup de choses pour nous tu sais, et je ne sais même plus si cette foutu SR me permet d’avoir encore un tant soit peu d’éthique…
- Ne t’inquiète pas, rétorqua-t-elle soulagée, si tu es si tourmenté à propos de tout cela, c’est que la Substance ne te fait pas tant d’effet que ça sur le mental… D’ailleurs, si tu as peur, prends-la plutôt directement en l’avalant, dans ton café par exemple, le docteur dit que ça peut diminuer les inhibitions de sentiments, je lui en ai parlé la semaine dernière…
- Dans mon café ? Ris-je. J’y penserais tiens ! Tu t’occupes trop bien de moi mon cœur, merci… Je dois te laisser, Togo me fait signe au loin que Thomas a terminé l’installation.
- J’espère vraiment que ça t’aidera mon chéri, je t’aime. Et fais attention à toi surtout, j’ai un mauvais pressentiment sur ton séjour dans ce manoir morbide…
- Promis. On se voit mardi soir mon amour, je t’aime aussi…
J’éteignis le Terminal accroché à mon oreille, puis traversai le couloir drapé d’un tapis rouge des plus cérémonieux pour rejoindre Togo dans la salle voisine… Le soutient assidu de ma compagne possédait une constante si apaisante qu’il me permettait de l’aimer davantage à chacune des minutes de ma vie que je sentais défiler. A défaut de me sentir inaccompli dans ma fonction, je l’étais au moins dans mes amours.
(SUITE)
Marcus, Togo et moi étions chacun assis à un côté différent de la pièce, écoutant le discours de l’homme situé en plein centre du gigantesque tapis persan de l‘intendance… J’avais l’impression d’assister à ces fameux moments barbants de film d’action où le scientifique clarifie ce qu’on sait déjà dans un jargon qui lasse le héros. Andrew Thomas résumait son œuvre par sa culture des évènements liés à ma glande d’un ton à faire endormir Togo sous cocaïne… Et Marcus sous SR, visiblement.
- …Comme vous le savez, la glande que s’est injecté Monsieur O’hara il y a de cela 21 ans est différente de celle qu’utilisait autrefois les anciens membres du comité pour communiquer : cette glande-ci est liée à un satellite en orbite indépendant de ceux faisant parti du flux des agents des Patriotes. Ce satellite, connu sur le nom de « Projet Union », a également la particularité de contenir un serveur contenant 64% des informations sur les Patriotes de l‘époque (créé dans une mesure de sauvegarde temporaire de données vitales en attendant une renaissance du comité), informations qui se manifestaient dans le crâne par nanomachines encéphalogrammique dès qu’un capteur permanent, installé dans la glande, associait un des éléments vus ou entendus par le sujet… Ce dernier recevait alors des flashs d’informations -assez violents-, lui montrant les éléments associés à celui qui fut aperçu.
Le cas de Monsieur O’hara est, comme vous le savez aussi, davantage plus intéressant que celui d’une simple glande indépendante : le feu agent des Patriotes Orson Bergmann avait autrefois dissimulé dans la première dose de SR de Monsieur O’hara un rétrovirus fonctionnant aussi par nanomachines. Ce rétrovirus, du nom de « Controla », portait justement ce nom car il permettait de reconnaître une empreinte vocale spécifique pour pousser le porteur de ce virus à obéir quasi-aveuglément à cette même voix… C’était un virus très courant chez les agents manipulateurs des Patriotes. Fort heureusement, Monsieur O’hara réussit à s’en débarrasser, ainsi que d’Orson lui-même peu de temps avant… Ceci fit apparaître un imprévu : Orson avait, on ne sait pourquoi, créé un système de secours dans son rétrovirus. Ce dernier faisait apparaître l’IA de son créateur dans la tête du sujet, pouvant de nouveau le manipuler par suggestions, et surtout, grâce à Union, de pouvoir vous transmettre à volonté le savoir des Patriotes... Ceci vous avait entre autres permis de connaître les vrais buts d’Orson : c’était un agent double pour la Double Entente, qui voulait absolument se venger de son frère Emmet, ce qu’il fit via Monsieur O’hara… La clé de la réussite de ce plan était là : les nanos de l’IA de Monsieur Bergmann subsistèrent uniquement grâce au capteur permanent de la glande que Monsieur O’hara s’était injecté, prenant les nanos d’Orson pour de simples infos récurrentes à recréer encore et encore.
Une fois ses objectifs accomplis, l’IA d’Orson commanda au satellite d’arrêter le protocole de création de ses nanomachines et disparu pour toujours. Mais… Et c’est là que j’interviens, la manière de les recréer, sont, elles, toujours dans ce satellite, qui est toujours en orbite quelque part… Mon appareil ici présent devrait nous permettre de se connecter au satellite et de lui demander de recréer ces nanomachines, afin qu’Orson Bergmann apparaissent à nouveau pour Monsieur O’hara, et utilise ses souvenirs pour l’aider dans son but.
Togo eut un soupir de soulagement quand le court silence fit place. Il estimait trop Thomas pour pouvoir calmer ses ardeurs… Bien que les ronflements de Marcus vexèrent ce dernier, cela ne l’empêcha pas de conclure :
- Cependant… Comme Monsieur O’hara doit s’en rappeler, ces nanomachines d’IA ne peuvent perdurer quand de la SR subsiste dans le corps, à l’opposition du rétrovirus Controla, qui lui s‘en nourrissait. C’est pour cela qu’avant de lancer le teste, je vais devoir vous demander de vous injecter ce cylindre d’inhibition temporaire de SR pour que la personnalité d’Orson puisse vous apparaître de nouveau. Comme pour les autres que vous vous êtes injectés à l‘époque, celui-ci ne subsistera dans votre corps que quelques heures…
- Rassurez-vous, j’en suis conscient, fis-je impatient tout en ouvrant le col de ma chemise, prêt à recevoir la piqure. Vous pouvez déjà mettre votre engin en route Thomas, je vous remercie pour tout ce que vous avez fait.
Mon frère immergea de son demi-sommeil et décroisa les bras :
- Stan… N’oublie pas que cela peut-être dangereux pour ton cœur, et puis, il y a la séance de vote dans une heure, tu dois…
- Ca ira Marc‘, je n’ai pas besoin d’avoir les cheveux châtains pour pouvoir prendre une décision politique… Va te coucher.
- Pas avant d’avoir assisté au retour du grand Orson ! Railla-t-il d’un ton jaune.
Le bruit caractéristique d’injection se fit entendre dans la pièce, et une sensation familière de faiblesse commençait à m’envahir lentement. Tout en tapant sur son clavier-écran, Thomas ajouta sans nous regarder :
- Je dois vous prévenir avant que vous ne vous fassiez de faux espoirs : ce projet a été construit à partir de nombreuses théories, il est possible qu’Orson ait totalement effacé le protocole de sa personnalité, ou que le satellite ne reconnaisse pas ma commande à cause d‘une erreur de cryptage qui pourrait…
- Validez la commande, bordel ! S’impatienta mon frère.
- Hum… Bien Monsieur.
Un bruit de chargement informatique puissant se fit entendre dans l’ensemble de l’intendance. Le suspense quant au succès de cette transmission nous excitait plus qu’autre chose… J’allais enfin pouvoir revoir le seul homme que j’avais connu qui fut successivement mon compagnon d’armes, mon ennemi, mon manipulateur et enfin mon guide… Orson Bergmann. Tous ces secrets en toi se sont enfuis trop tôt pour qu’on puisse les fructifier entièrement pour notre salut à tous.
Encore à ce jour, j’avais besoin de lui, car en plus de son savoir, sa sagesse était tout aussi intemporelle face à mes si nombreux et constants tourments.
La machine cessa enfin de vrombir, nous nous regardions, tous les quatre, sans s’avouer le résultat, jusqu’à ce que mon meilleur ami me sorte un :
- Alors… ?
- Rien… Répondis-je, déchu.
Togo préserva son calme, l’âge lui avait appris quand ne pas s’emporter :
- Thomas, votre Terminal de 4km de large là, vous êtes sur qu’il est en état de marche ?
- Hum… Les informations ont bien été transmises comme il se doit Monsieur, murmura presque le scientifique.
- Y a-t-il un temps d’attente limite ? demanda Marcus, blasé par toute l’expérience.
Les murmures de Thomas firent pratiquement place à des chuchotements :
- Je… Cela peut dépendre… Tout ce que je peux vous dire, c’est que selon toutes les théories que j’ai assemblé, plus le temps d’attente se fera long, plus les chances que cela n’a pas fonctionné augmentent.
Je me mordis les lèvres.
- Donc, c’est mal parti…
Un vide s’empara de moi… Orson était mon unique espoir relatif à la certitude de prendre la bonne décision… C’était certes enfantin de ma part, mais si un membre du comité ne pouvait plus être certain de ses actes, et se retrouvait sans aucun recours à ce problème, il ne pouvait plus rester un membre du comité à mes yeux… Malgré ma crainte, tout n’était pas cependant perdu, et j’avais encore un atout à utiliser pour la séance à venir. Cela n’empêcha pas Togo de congédier Thomas dans les quartiers des Lieutenants, avant de s’excuser, d‘un air accablé, après avoir fermé la porte :
- Je suis navré Ripple, il va falloir faire avec. Allons nous préparer maintenant, la session de vote commence bientôt.
- Malgré le résultat de cette expérience Togo, soupirai-je, j’espère que tu voteras tout de même en ton âme et conscience…
- Tu me l’as fait promettre Ripple, donc je le ferais.
¤¤¤
- 03 octobre 2049, midi, Manoir Wellington -
Douze piédestaux à enregistrement tridimensionnel disposés en cercle : c’était plus ou moins à cela que se résumait la salle de réunion B. Avec bien sur tout autour ces éternelles décorations antiques de la renaissance, sublimées par le zénith qui rayonnait via la grande baie vitrée située sur la face Sud de la pièce…
Chacun d’entre nous était disposé sur un des terminaux, et mise à part le contexte, tout prêtait à croire que nous étions candidat pour un de ces jeux télévisés d’attardés. Fort heureusement, Naked prit la parole et brisa toute illusion possible :
- Session de vote du comité des sages, Colonel Naked Snake, 03 octobre 2049. Comme tout les votes auquel nous avons procédé jusque là, celui-ci se fera en application du système que nous avons mis en place à nos débuts : le vote du leader comptera pour blanc, et les onze autres membres s’identifieront devant leur enregistreur, donneront leur avis sur l‘état d‘urgence, puis annonceront leur vote. Ce dernier se fera comme d’habitude par ordre croissant d’âge… Nous pouvons procéder. Warren…
Le Colonel éteignit son terminal et regarda sur sa gauche pour voir celui de Warren s’allumer. Notre cadet racla sa gorge, prit une grande inspiration, se tint plus droit, et commença :
- Membre du comité Warren Espinosa, midi zéro cinq. J’ai été choisi comme membre du comité car j’ai assisté toute mon enfance aux quotidiens des anciens membres… Tout du moins de l’un d’entre eux, mon père. Je sais donc mieux que personne ce qu’un membre du comité doit faire et ne pas faire dans son travail. Les décisions qu’il doit prendre pour le bien du monde, et les décisions qu’il ne doit pas prendre car elles détérioreraient tout un système mise en place depuis déjà dix ans. C’est un système Juste, que nous avons toujours respecté, et qui nous a toujours porté salut. Je repose donc ma foi dans le système et dans les Pa… Et dans le comité uniquement grâce à cette façon de faire que nous nous sommes fixés autrefois. Cette nouvelle situation, bien qu’inquiétante, doit être abordée de la manière dont nous avons toujours procédé : par l’adaptation. Si le monde est vraiment prêt à entrer dans une telle situation, ce n’est pas par les actions d’un seul homme, mais par la décision de milliers d’entre eux, nous le savons tous et nous devons nous y adapter et y faire face, et non dicter le monde dans sa conduite. Faire cela nous mènera à notre perte et notre perte mènera le monde à un chaos cent fois pire à celui qui se prépare. C’est pour cela que je vote Contre la décision de prendre cette guerre en main, et de détruire nos opposants directs par la même occasion… J’ai terminé.
Le piédestal de Warren s’éteignit à l’entente de sa phrase, et vit celui de son voisin s’allumer aussitôt :
- Hum… Membre du comité Archibald Blond, dit Cornellius, midi zéro sept. J’ai été choisi comme membre du comité pour mon recul sur la prochaine génération, et pour ma vision des systèmes gouvernementaux autour desquels j‘ai grandi. S’il y a bien une chose que j’ai politiquement apprise autrefois, c’est qu’il ne faut jamais perde son bon sens dans la diplomatie. Il y a beau avoir des lois, des traditions ou des non-dits, il ne faut jamais les laisser nous aveugler au détriment de l’évidence : nous avons à faire à un militant d’une violence incomparable, qui veut probablement ramener le Léninisme ou le Stalinisme à la mode, et qui profite de notre façon de faire pour agir impunément et causer la perte de plusieurs milliards de personnes. Pire, au vu de l’incident de cette nuit, il ose même nous menacer sous notre propre toit ! La boulette, nous l’avons déjà commise en ne faisant rien contre son organisation, le mal est fait… Maintenant il faut assumer et réparer nos dégâts comme on le peut, règles ou non. Si nous étions réunis ici pour agir selon notre système, nous serions en réunion officiel… Sauf que nous sommes dans une session d’urgence, face à une situation urgente, qui attend des moyens urgents pour se résoudre. C’est pour cela que je vote Pour. Il faut tout faire pour limiter cette guerre au possible, et rappeler à ces andouilles qui sont les dirigeants du système en les attaquant de front, pour créer l‘exemple… J’ai terminé.
…Un terminal qui s’éteint, un autre qui s’allume…
- Membre du comité John Pliskin, midi zéro huit. J’ai été choisi comme membre du comité pour mes idées socio-démocrates et ma vision du social dans le monde civil que mes expériences passées m‘ont permit de percevoir… J’ai toujours comme vous le savez admiré ce qu’était autrefois les idées de la Double Entente, ainsi que de leur manière de faire… Jusqu’à la chute de cette organisation et l’arrivée de cet Horus. Nous avons maintenant à faire à un homme qui a entre ses mains les outils pour détruire le monde et nous avec, outils qu’il utilise au moment même où nous parlons… Alors oui, ça fait mal, et oui, d’une manière ou d’une autre des horreurs vont avoir lieu… Mais je ne suis pas ici pour dire qui doit vivre ou mourir, c’était le boulot des Patriotes ça ! Enfin… De l’ancien comité. Bref, je suis ici pour dire que si je suis parmi vous aujourd’hui, c’est parce qu’on a le droit de s’opposer à nous, et même de se révolter contre nous. Walter était un de mes amis les plus proches, et pourtant je serais prêt à faire 100 nouvelles séances de négociations foireuses plutôt que de prendre le pouvoir et diriger le monde d’une main de fer, et finir par perdre instantanément ce pourquoi je travaille depuis dix ans. C’est pour cela que je vote Contre, il faut viser uniquement la tête d’Horus, et improviser pour limiter la guerre… L’improvisation ne nous a-t-elle pas toujours donnée raison dans notre passé de soldat ? J’ai terminé…
La régularité de ces machines pour passer la main au suivant nous faisait davantage ressembler à elles… La séance continua par une voix plus blasée que les autres :
- Membre du Comité Jericho, midi dix. J’ai été choisi comme membre du comité car j’ai moi-même été un de ces « outils » susnommés. J’ai consciemment vécu les actes les plus visibles des Patriotes… D’autrefois. Un comité digne de ce nom agit dans l’ombre, il voit l’évolution du système créé et le modifie au fur et à mesure pour s’y adapter, et faire en sorte que lui aussi s’adapte. Cela ne va pas plus loin. Sur-agir en montrant notre puissance à nos rétracteurs nous ramènera à l’époque ou Hans se prenait pour le maître du monde ! N’oubliez pas que ce que la plupart d’entre vous connaissent des anciens comités, date d’une époque où ce comité était craintif, hors de contrôle… Et trop visible. Nous pensons via cette session nous en inspirer inconsciemment, et c’est l’erreur à ne pas faire. Nous sommes censés représenter un des meilleurs comités qui soient car nous sommes une élite. Une élite libre d‘innover… Nous ne sommes pas les bêtes sauvages d’autrefois qui mordaient dès la première agression. C’est pour cela que je vote Contre, j’en ai assez de cette violence de masse, je ne l‘ai que trop vécu. Elle peut avoir lieu, très bien… Mais pas sous mon consentement, ni mon commandement. J’ai terminé.
(SUITE)
Le suivant sur la liste prit la parole, j’étais impatient de connaître sa décision, ou plutôt, sa raison :
- Membre du comité Ryan Locke, midi douze. J’ai été choisi comme membre du comité, par le comité… Cela pour mon empathie psychologique concernant les tourments humains dans les forces armées. Un « humaniseur » militaire en quelque sorte, à son poste pour éviter qu’un jour la race humaine ne devienne qu’un ramassis d’enragés assoiffés de tueries… J’ai souvent été un soldat plein d’interrogations, mes anciens contacts avec la Double Entente à l’époque le prouvent bien, et… Et c’est sûrement à cause de tous ces doutes que je ne me suis jamais vraiment senti être dans la peau d’un vrai soldat, peut-être, mais j’ai toujours su, grâce à cela, prendre au final la bonne décision... John Pliskin ici présent parlait tantôt d’improvisations dans nos actes, pour garder notre éthique… Il est vrai que pendant de nombreuses batailles ou autres moments décisifs que nous avons vécus, nous avons du faire recours à ce concept pour nous sortir du pétrin; Et cela nous donna raison à chacune des fois… Seulement, ces improvisations étaient contrôlées, et vous le savez. Nous étions toujours en train de subir nos peines et nos pertes pour mûrir aux yeux des anciens membres du comité qui regardaient tous nos actes, afin qu’un jour nous puissions prendre la tête de leur groupe. Ce sont nos tourments et nos réflexions poussées qui font de nous des bons décideurs, pas nos fausses crises d‘impulsivités. Il y a donc deux raisons pour laquelle je vote Pour : parce que chaque décision réfléchie est meilleure qu’une décision improvisée en fonction de ce qui arrive, mais aussi pour diminuer le nombre de futurs soldats tourmentés par dix… Ce sera toujours ça de prix, que voulez-vous de plus… ? J’ai terminé.
Naked confirma la décision de Locke en tapant sur son écran, et le piédestal suivant s’alluma :
- Membre du comité Yoshida, dit Yoshi, midi quinze… J’ai été choisi comme membre des… du comité pour mes qualités de décisionnaire et de gérant… Étant comme vous le savez un grand acteur politique de la décennie, il est tout sauf dans mon intérêt de nourrir une guerre violente. La question d’éthique que nous nous posons tous ici existe aussi dans le monde « réel », ce monde demeurant en pleine lumière que nous oublions trop souvent, mais dont moi j’ai conscience en permanence, car il me suit partout… Le Nouvel Occident n’est pas le gendarme du monde, et je préfère appliquer une politique basique de riposte et montrer un exemple aux générations futures plutôt que d’entrer dans un engrenage fatal, dommages restreints ou non… De plus, vous savez très bien ce que seront pour nous les conséquences si nous attaquons les premiers : à propos d’un accord que nous avons conclu tous il y a longtemps, et que je ne suis pas prêt à appliquer; Car j’ai encore des choses à accomplir et à montrer dans ce monde, à tout le monde… Et parmi celles-ci se trouve une politique progressiste et pacifiste, qui je l’espère diminuera autant le nombre de victimes que ce que promet notre plan d’attaque… C’est pour cela que je suis Contre lui et que je vote non. J’ai terminé.
Ce fut au tour de celui que je surnommais monsieur je-sais-tout, mais dont la voix charismatique remettait toujours n’importe qui à sa place…
- Membre du comité Amiral The Cobra, midi dix-sept… J’ai été choisi comme membre du comité à cause de mon don. Je devine les choses, et les distingue entre elles pour comprendre lesquelles sont bonnes, et lesquelles sont mauvaises… Locke avait raison : sa réflexion lui a presque toujours porté raison… J’ai fait un rêve cette nuit, montrant les conséquences à long terme de notre décision. Je n’ai pas interprété tous les signes mais je sais qu’il ne peut qui y avoir qu’un seul résultat à ce vote, résultat avec lequel mes idéaux concordent. C’est pour cela que je vote Pour, nous devons prendre cette guerre en main, diminuer le nombre de victimes avant que cela ne dégénère, détruire les Descendants de la Double Entente, et entreprendre la marche à suivre pour assumer ces futurs actes… Marche qui je sais ne plaira pas à tous. J’ai terminé.
Sa dernière phrase, c’est en me regardant dans les yeux qu’il l’avait prononcé. Cobra avait deviné mon tourment, mon dilemme, et surtout, ma décision…
- Membre du comité Raphaël dit Saladin, midi dix-neuf. J’ai été choisi pour être membre du comité à cause de mes qualités en tant que stratège militaire et ma capacité à diriger des opérations de grandes envergures… Comme celle que nous mettons en place ici. J’ai dans ma vie, combattu, commandé ou condamné bon nombre de personnes, dont certaines ici présentes. J’ai connu les plus grandes victoires et les plus misérables défaites, je sais ce qu’il y a devant le rideau, comme ce qu’il y a derrière. Je sais qu’une Organisation comme celles des Descendants ne doit pas être prise comme d’autres groupuscules minables nous combattant comme le Front de Libération du Contrôle ou les Forces Terroristes méditerranéennes… Nous avons suffisamment d’exactitude en statistiques pour prouver que les actions de Descendants mèneront à un chaos sans précédent, en comptant celui que j’ai engendré autrefois… De la même manière, nous savons que leurs actions mèneront à notre chute et à leur sacre si nous laissons ce babouin d’Horus agir encore. Vous me connaissez, je n’ai jamais pris l’habitude de rester dans l’inaction, surtout quand on se met à entacher mon territoire. La certitude que nous avons de l’avenir me permet de voter sans remords Pour cette décision. J’ai terminé.
L’ancien général Terroriste racla sèchement sa gorge, le regard dans le vide… Il était presque impossible de lire en lui, de connaître son véritable fond… Contrairement à son ancien Lieutenant, avec qui je partageais bon nombre de points communs, et dont le tour de vote vint juste après celui de son ex-patron :
- Membre du comité Kenneth Dolph, midi vingt. J’ai été choisi comme membre du comité des sages en tant que représentant de la génération du temps de l’ancien comité. Mon point de vue d’époque et mon âge, ainsi que mes expériences de combat ont toujours été au service du Groupe… Mais je vous avoue qu’au fond de moi je pense que beaucoup d’entre nous ici ne sont pas suffisamment accomplis pour remplir ce poste. Nous avons été choisis par une entité que nous avons toujours qualifiée d’imparfaite : l’ancien comité. En quoi le fait de nous avoir désignés en tête de leur groupe les améliore ? En rien. Surtout vu la situation aujourd‘hui. Nous ne sommes qu’une bourde de plus de l’ancien comité, et à notre tour, nous avons commis une bourde d’avoir créé un système lui aussi imparfait, car il nous a mené à l’aube d’une guerre mondiale… Saladin ici se fit aux statistiques, moi je me fis aux faits et au moment présent : une bourde, on la répare en fonction de nos observations, pas à l’aide de prédictions mathématiques incertaines… Car les statistiques sont ce qu’elles sont : des probabilités. J’ai toujours réagis plutôt qu’agis et ce n’est pas demain que je vais changer. J’ai trop souffert avec les manipulations des Patriotes dues à ce genre de prédictions, j’ai trop souffert en obéissant à des ordres qui me répugnaient de plus en plus. Maintenant que je suis libre, le monde doit l’être aussi. No matter what. Je vote non... Et J’ai terminé.
Je ne pouvais m’empêcher de penser à quel point Kenneth avait mis le doigt sur un point plus que juste : notre passivité face à notre système. Cette chose qui me répugnait presque jour après jour, cette chose qui me confinait de p…
- …Ripple ? annonça Naked, c’est ton tour, ton terminal est allumé.
- Oh… Fis-je en regardant le piédestal luire d‘un bleu marin.
Un long gémissement tremblant sorti de ma bouche… Pour moi, et certains le savaient, il n’était pas que question d’éthique. Il y avait en moi un débat bien plus grand, un débat que seul Orson aurait pu m’aider à résoudre… Je regardais tout au long de la pièce, tout autour du cercle de sages, pour finir de regarder à ma gauche, vers Togo, le doyen de nos membres, qui me fit un geste positif de la tête : Orson n’était pas là, et il était temps d’agir seul… Mon cœur battait à cent à l’heure, et avec ma SR inhibée, il pouvait lâcher à tout moment. Mais le temps était venu de faire face à mes responsabilités.
- Membre du comité Stanley O’hara, dit Ripple Effect, midi vingt-deux… Non, vingt-trois. Je… Je… J’ai été choisi comme membre du comité pour ma polyvalence d’expérience dans les différents groupes les plus actifs qui soient dans la poursuite du pouvoir ou de la liberté… Je… La situation… La situation de ce soir nous a mis à nu, et nous le sentons tous. Nous sommes démasqués, tous. On a beau à chaque fois essayer de cacher ce terme avec toute la finesse du monde, ou l’utiliser pour parler de nos prédécesseurs, ça ne changera rien au fait que nous sommes des putains de PATRIOTES bordel ! Ah ! Que ce terme répugne la plupart d’entre nous par sa simple entente, ce mot sonnant comme celui du pouvoir glacial et vicieux ! On aura beau agir avec les meilleures intentions, nous sommes devenus tout de même ce qui nous répugnait le plus autrefois et nous répugne toujours aujourd’hui, c’est un fait. Mais pourquoi ? Hein ? Dis-moi Naked, pourquoi est-ce si répugnant d’être un Patriote ?
Le colonel s’irrita :
- Nous ne sommes pas en session de débat Ripple, mais en session de vote. Toi seul ici peux influencer ton choix, et tu as encore trois minutes pour te décider.
J’éclatai presque de rire. Libéré de ma substance, un surplus d’émotions m’envahi :
- Mais je n’ai PAS envie de choisir, et vous savez tous plus ou moins pourquoi ! Nom de dieu, mais ce vote est atroce ! Vous réalisez ? Je n’ai pas envie d’être un despote, et je n’ai pas envie de laisser des milliards de personnes périr non plus… Mais surtout, et ça ne concerne évidemment que moi : je n’ai pas envie de ne plus pouvoir me regarder dans le miroir une fois que la marche à suivre après avoir appliqué notre plan sera entamé… Nous avions autrefois tous conclus à un accord si jamais un jour une si grande catastrophe arriverait, eh bien, vous savez quoi, ce jour, je ne veux pas qu’il arrive tout de suite : je vote blanc également, comme ça on sera deux à avoir la conscience tranquille Naked, pas vrai ?! J’ai terminé…
Cornellius intervint alors que le piédestal de Togo s’était déjà allumé :
- Enfin Ripple, c’est ridicule ! Nos règles nous obligent à tous de prendre une décision pendant cette session d’urgence ! Ce n’est pas le moment de se dégonfler, la situation est grave !
- La ferme, gamin, lui répondis-je le ton mauvais. Naked, la session d’urgence dure trois jours non ? J’ai donc le droit de reporter mon vote pour l’instant.
Le colonel confirma :
- Ripple a raison Cornellius, nos règles sur les sessions d’urgences précisent bien que le vote peut se faire jusqu’au dernier moment. Nous organiserons donc une autre séance dans 24h, et si tu n’as pas pris de décision d’ici là Ripple, c’est moi qui trancherai, comme le veux la règle… Enfin, nous pouvons peut-être trancher maintenant : avec cinq Contres et quatre Pours… Le report dépendra du vote de Togo…
Mon meilleur ami fronça ironiquement un sourcil, comme heureux de ne pas avoir été oublié dans la débâcle :
- …Membre du comité Tarik Saadi, dit Togo N’Colent, midi vingt-sept… J’ai été choisi comme membre de comité pour satisfaire le quota de blacks, et bien sur pour mes vastes connaissances sur le militarisme privé et/ou illégale. Je n‘ai…
Son regard se tourna dans ma direction vers le milieu de sa phrase, il aperçut mon regard ondulant… Mon meilleur ami n’avait plus envie de faire dans l’humour. Il voulait m’aider certes, mais devait s’en tenir à sa promesse… Promesse qui, par chance, ne pouvait pour l’instant que me faire gagner du temps.
- …Je vote Pour, car j’ai mes raisons et ceux qui me connaissent bien les savent aussi. J’ai terminé.
Un solide brouhaha se fit alors entendre. Le colonel vit son piédestal de nouveau s‘allumer :
- Silence ! Silence s’il vous plaît !…
Cobra n’était pas le seul à avoir un timbre imposant le respect, le mutisme se fit total.
- Membre du comité Naked Snake, midi vingt-huit, choisi pour ses capacités de leaders civiles. Compte-rendu de la session de vote du 03 octobre 2049 : 5 Contres, 5 Pours, 1 blanc. Session reporté au lundi 04 octobre 2049 à midi pour connaître la décision finale du membre Stanley O’hara. J’ai terminé.
Ce fut le dernier Terminal à s’éteindre. Je sentais dans les regards autour de moi du mépris, de la déception, mais aussi de la compassion, notamment de la part de Togo, Pliskin ou encore Locke. Naked brisa le silence comme il l’avait amené à lui :
- Je… J’annonce également que demain soir aura lieu au manoir une réception pour fêter nos dix ans au comité… Étant donné qu’elle était prévue avant la crise, j’ai trouvé ça normal de ne pas l’annuler, car nos dix années de travail se doivent d’être honorées. De plus, la crise sera normalement résolue d’ici là, me fixa-t-il du regard, avant d‘ajouter :
- …Vous pouvez disposer, le déjeuner nous attend dans la salle à manger au rez-de-chaussée... Et Ripple, pour ta gouverne, j’aurais préféré être du côté des votants, j’estime que c’est un privilège d‘avoir ce pouvoir. Aussi à la prochaine session de vote, pense à prendre ta SR cette fois, tu parais moins puéril avec…
Il descendit de son piédestal, et sortit avec les autres alors que je faisais quelques pas, seul, au milieu du cercle de terminaux, mes mains tremblantes posées sur les hanches.
¤¤¤
Sept heures plus tard
Mon errance mélancolique prit fin dans la luxueuse et vaste terrasse qui bordait une partie de l’étage des quartiers du comité. J’entamai des pas légers sur les dalles ternes aux couleurs roses et vertes, puis reposai mes paumes rugueuses sur la barrière délabrée de marbre blanc cassé, qui n’avait pas connue de restauration depuis prêt d’un demi-siècle… C’est pendant que j’humai l’air frais de ce début d’automne tout en admirant ces couleurs naturelles typiques de l’Arkansas qui animait notre jardin surprotégé que le Lieutenant Bloum entra à son tour dans le balcon, souriant, suivi d’un autre homme, un Lieutenant lui aussi.
- Belle soirée, n‘est-ce pas ? Demanda le premier arrivé tout souriant.
- …Bloum.
Il jouait avec une espèce de poignard de chasse qu‘il balançait comme un jouet… Il avait toujours ce petit air sournois qui le rendait plus que suspicieux. Contrairement à l’autre homme qui s’approcha, d’un sourire et d’un regard plus agréable, décoré d’une mèche grise flottante au gré du vent.
- Et vous… Je vous connais non ? Quel est votre nom… ?
- Goodwin, Monsieur, me répondit-il en me serrant virilement la main.
- Goodwin… Et Bloum… Que faites-vous tous les deux à cet étage, Messieurs ?
- Eh bien heu… Hésita Bloum en rangeant son couteau. J’étais dans la penderie en train de… De chercher quelque chose que Monsieur Saladin m’avait demandé de prendre dans ses affaires, quand j’ai rencontré Monsieur Goodwin en train de se balader à l’étage… En voyant le temps doux qu’il faisait à l’extérieur nous nous sommes dit que l’idée serait bonne de profiter de la luxueuse terrasse des membres du comité, afin d’y respirer l’air frais.
- Quant à moi, compléta le dénommé Goodwin, j’étais venu pisser... Vos toilettes sont cent fois mieux que les nôtres il faut dire…
Je ris en même temps que lui, il me parut instantanément sympathique.
- Pour ce qui est du temps doux, déclarai-je en me tournant de nouveau vers le couchant, je ne pense pas que cela va durer : il semblerait bien qu’un sacré orage se prépare pour cette nuit.
- Oui, ajouta Goodwin qui s’accouda à mes côtés. La météo annonce de fortes pluies…
Quelques secondes de silence consistant à inspirer l’air frais et encore naturel de cet endroit s’écoulèrent. On pouvait représenter n’importe quel type d’homme, cela ne nous empêchaient jamais d’apprécier la vraie nature quand elle se présentait à nous avec autant de charme.
- …Messieurs, intervint Bloum, je dois malheureusement vous laisser. Saladin n’aime pas attendre et cela fait déjà un moment que je suis parti. Je vous salue !
Toujours accoudés au rebord, nous regardions Bloum partir dans sa démarche pernicieuse. Goodwin ne semblait pas beaucoup l’aimer non plus.
- Bizarre ce type non ? Demandai-je en me retournant.
- C’est sur, affirma mon compagnon d‘un instant. Comme la moitié des Lieutenants…
Il savait comment me charmer et me fit rire de nouveau. C’était là le moment de détente que je quêtais, additionné à un nouveau moment de silence, avant que Goodwin ne reprenne :
- Vous savez Monsieur, on parle beaucoup de votre vote qui a fait geler la crise… Je comprends pourquoi vous avez fait cela, vous savez.
- Vraiment ? Et comment le savez-vous ?
- Oh ! Suffit de savoir parler aux bonnes personnes, il y en a qui jacte ici, c’est incroyable !
- Oui c’est sur… Merci en tout cas. J’ai ne suis pas contre un peu de soutien, j‘en ai besoin…
- Rassurez-vous Monsieur, je pense que le comité vous soutient plus que vous ne le pensez. C’est juste que tout le monde est nerveux ici, avec la guerre qui est sur le point d’éclater, sans compter ce malade qui se terre parmi nous et qui s’amuse à tirer sur nos gardes du corps…
Je fronçai les sourcils, sans pour autant perdre ma bonne humeur :
- Vous êtes vraiment bien informé Goodwin !
- Haha ! Oh oui, c’est ma spécialité vous savez !
Il s’alluma une cigarette, puis me resserra la main :
- En tout cas, ce fut un plaisir de… Mais ? Vous tremblez ?… Vous allez bien ?
- Heu… Oui, oui. Je suis sous traitement pour mon cœur, mais je suis sous inhibiteur et je dois attendre quelques heures avant que mon traitement refasse effet.
- Ho ! S’exclama-t-il en tirant une taffe. J’espère que ça reviendra vite alors, vous n’avez pas l’air dans votre assiette, comme si vous manquiez de sommeil ou... Hum… Quoiqu’il en soit, j’espère vous revoir bientôt.
- Également Goodwin, vous êtes sous les ordres de qui ici ?
Ses yeux grossirent soudainement :
- Mais… Des vôtres Monsieur ! Je suis le conseiller du Premier ministre australien, on ne me remarque que peu ici. Cela a toujours été un inconvénient, comme un avantage…
- Je vois… Désolé. Merci en tout cas de m’avoir temporairement remonté le moral.
Il avait déjà fait un pas à l’intérieur du couloir, avant de pointer ses deux doigts tenant sa cigarette dans ma direction :
- Pas de quoi, et bonne chance pour demain, prenez la bonne décision !
Et il s’enfonça dans le sombre corridor tel le plus mystérieux des messagers. Il ne m’avait certes distrait que peu, mais contrairement à Orson, lui avait au moins une poignée de main bien réelle.
Mon regard s’assombrit alors, je perdais définitivement l’espoir de revoir un jour mon ange gardien au savoir divin… Mais quitte à ne pas pouvoir lui demander conseil, je pouvais au moins le faire à la nuit naissante… C’est pour cela que je pris la direction de ma chambre.
¤¤¤
- 04 octobre 2049, 4h du matin, manoir Wellington -
L’inconvénient de se coucher trop tôt, c’est bien sûr de se lever à des heures déraisonnables. Je mis un pied à terre après m’être assis sur mon lit, frottai mes yeux, puis allumai ma veilleuse pour enfiler mon pantalon, mes chaussures, et une chemise que je ne pris pas la peine de boutonner… Avant de sortir de ma chambre en trombe.
- Stan ? Interpella mon frère qui montait la garde à ma porte tout en lisant le journal. Où tu vas ?
Je pris les escaliers à la même vitesse.
- Ben quoi ? Je dois te faire un compte-rendu de mes déplacements maintenant ? Je descends faire un tour dans le jardin, tu m’accompagnes ?
- Et comment ! Répliqua-t-il en mettant sa gazette sous le bras.
Mais arrivés au niveau du premier étage, nous fûmes machinalement attirés par la lumière qui venait du bout du couloir… Surtout qu’elle venait de la salle D.
Des verres bus, des cigarettes écrasées, une lumière trop tamisée et le même club des cinq aux regards fatigués. Les contextes de ce manoir commençaient à se répéter… A l’exception prêt qu’on entendait cette fois-ci l’orage gronder dehors… Ils essayaient à nouveau de dénicher Horus par radio.
- Ripple… Salua Naked d’un air amer.
- Encore ? Leur dis-je. Vous êtes sérieux ?… Vous pensez vraiment qu’avec ce qu’il s’est passé hier il va tenter de remettre ça cette nuit ?
- Il est suffisamment culoté pour le faire oui, attesta Locke. C’est même évident. Il suffit qu’il change de lieu de transmission et il est assuré qu’on n’aura pas le temps de le trianguler. On veut savoir ce qu’il prépare ici, il ne faut négliger aucune piste…
- C’est sûr, répliquai-je, mais il ne faut tout de même pas abuser, tout espion normalement…
- Choméa, choméa ? Me coupa la radio.
Kenneth en lâcha presque son Whisky. Tous s’excitèrent alors devant l’engin.
- Encore ce charabia, ragea Saladin.
- Tu peux le localiser Anton ? Demanda Naked.
- S’ils restent connectés plus de dix minutes, oui…
- Ani kane, ma ha matzav shelkha ? Fit l’interlocuteur de notre espion… Ou l’inverse.
- …Il faudrait plutôt essayer de comprendre ce qu’ils se disent, intervint-je, ce langage est…
J’eus une soudaine coupure. Marcus s’inquiéta, ma SR n’étant toujours pas revenue. Je le rassurai en le regardant droit dans les yeux :
- Non ça va, c’est juste ce moment qui me revient en tête… Comme hier.
- Ce « moment »… ? Interrogea Locke.
- Oui, c’est bizarre, je ne comprends pourquoi ce souvenir ne me… Ne me… Oh bon sang mais c’est bien sur ! C’est… Il faut que… Oui !
En pleine euphorie, j’ouvris immédiatement la double porte de la pièce sans la refermer, suivi par Marcus. Naked me cria :
- Mais où tu vas ?!
- Je reviens tout de suite… Je sais quelle langue c’est !
Laissant mes compagnons abasourdis et toujours suivi par mon frère, je grimpai quatre à quatre les escaliers jusqu’aux quartiers du comité au dernier étage, et demandai à Marcus, excité :
- Où est la chambre de Pliskin ?
- Mais enfin Stan tu vas m’expliquer oui ?!…
- Où est sa chambre Marc’ ? On n’a pas de temps !
Il plissa une nouvelle fois les yeux, se remémorant le vaste étage, et répondit à ma question :
- Sur la droite, après le deuxième couloir là-bas.
Sans remerciements, je m’orientai d’un pas vif vers la direction indiquée, et frappa puissamment sur la porte de John :
- Pliskin, ouvre !
Marcus s’impatientait :
- Mais enfin Stan tu vas cracher le morceau oui ?
- Je… Bon ! Répliquai-je tout excité. Hier, en partant, je t’ai vu devant la porte à m‘attendre, et sans savoir pourquoi je me suis rappelé ce moment de notre enfance, au Moyen-Orient… Ce qui m’a mis la puce à l’oreille c’est que ce souvenir m’est revenu en tête tout à l’heure aussi alors que j‘essayais de comprendre les paroles d‘Horus… Et c’est là que j’ai réalisé que ce n’en était pas un, de souvenir : c’était un putain de flash du au savoir des Patriotes en moi !…
- Un flash ?!
- Oui !… Pliskin, tu vas ouvrir oui ?! Frappai-je à nouveau.
- Mais ?… Depuis quand tu reçois tes flashs sans ressentir de douleurs toi ?
- Depuis mon nouveau traitement pour le cœur, je l’avais moi-même totalement oublié ! Et c’est là que j’ai compris autre chose : ce flash a eu pour déclencheur ce que j’ai entendu à la radio, et m’a donc montré ce qui représentait le seul point commun entre les Patriotes, moi … Et ce langage qu’on ne comprend pas : le moment où la PMC de Solidus a attaqué notre centre de l’UNICEF !
Marcus remonta sa frange… Je frappai une nouvelle fois :
- Pliskin !!
- Pfut ! Tu remontes à loin là… Et je ne comprends toujours pas !
- Rappelles-toi Marcus, juste avant l’attaque, tu te scandalisais sur ce que tu voyais aux infos, sur cette télé, accrochée au mur… Tu regardais quelle chaîne ?
Mon frère se mit à hausser le ton.
- Mais j’en sais rien moi Stan enfin, quelle question ! C’était juste une chaîne israë…
Il mit environ trois secondes à comprendre, avant d’essayer d’exprimer oralement sa découverte :
- C’est… C’est…
- …Ce n’est pas du turc, raillai-je, c’est de l’hébreu !… Pliskin !
Marcus tourna alors sa tête vers la porte de mon ami :
- Mais quel rapport avec lui ?
- Pliskin s’est fait dépuceler par une israélienne à la fac, elle lui a tout appris. Il parle hébreu presque couramment… Enfin je crois.
Mon frère eut un soupir nostalgique.
- Je comprends mieux… Quelle histoire !… Et l’attaque du centre… Je n’avais pas repensé à ce moment depuis une dizaine d’années au moins… On peut dire qu’on en a fait du chemin depuis…
- Oui… C’est sûr… Et pour tout te dire, si tu n’étais pas à mes côtés pour ce que je fais maintenant, je ne sais pas si je tiendrais, tu as toujours été un sacré pilier pour moi, Marc’. Merci…
Nos deux sourires fraternels se croisèrent, avant que Marcus ne fasse une remarque pertinente :
- Il met un sacré temps à se bouger du lit, lui…
Je tapai une dernière fois sans crier, commençant à comprendre la lenteur du temps de réponse de John.
- Ce n’est pas normal… Ouvre Marcus, et sois prudent, lui chuchotai-je.
Mon frère tourna délicatement la poignée d’époque, et poussa la porte grinçante pour nous faire découvrir la chambre de John Pliskin.
- Personne, remarqua-t-il, l’arme pointée vers le sol.
- Mais où peut-il bien être ?
Mon frère me regarda d’un air sombre :
- J’espère pour lui qu’il est aux toilettes.
- Pour lui ?…
- Oui. Parce qu’un ancien sympathisant de la Double Entente parlant hébreu qui disparait au moment ou cette transmission est en cours, j’appelle ça une sacré coïncidence… Désolé Ripple, je ne fais qu’envisager toutes les possibilités…
- Tu plaisantes j’espère ? Rétorquai-je indigné. On connait Pliskin depuis toujours, contrairement à ces Lieutenants avec qui on est censés travailler dont on ignore tout.
- …Le fait que tu bâcles une partie de ton travail n’est pas ma faute Stan, il n’empêche que c’est louche. Je vais voir aux toilettes…
Ébahi par cette remarque, je marchai derrière Marcus tout en protestant :
- Moi ? Bâcler mon travail ? C’est la meilleur de l’année celle-là ! Comment peux-tu dire ça ?
Mon frère me répondit tout en patrouillant dans le couloir, sans me regarder.
- Être un Patriote ce n’est pas que prendre les bonnes décisions Stan, c’est aussi comprendre le système qui nous entoure, ainsi que ses acteurs, et… Et les lumières des toilettes sont éteintes.
- Bordel !…
Je repris les marches de l’escalier d’un grognement, par une vitesse qui fit caresser ma chemise ouverte sur mes cotes, tout en refusant de croire l’impossible. Cette fois-ci, c’était Marcus qui me suivait :
- Je vais demander aux patrouilleurs de demander s’ils ne l’ont pas vu, il peut peut-être…
Un bruit de chasse d’eau venu du fond du premier étage l’interrompit. D’abord surpris, puis ahuris, mon frère et moi vîmes John sortir des sanitaires tout en se remontant la braguette. Il adopta le même air que nous en nous remarquant.
- Mais ?… Qu’est-ce que vous foutez-là, vous ?
- Tu pisses ici maintenant toi ? Demanda Marcus.
- Pourquoi pas ? Fronça Pliskin des sourcils. Les toilettes ici sont cent fois meilleures que celles à l’étage du comité…
Sans m’interroger sur l’obsession de tous ces gens sur leur confort urinaire, je lançai un regard ironique à Marcus, qu’il ne me rendit pas.
(SUITE)
Pliskin s’assit aux côtés d’Anton le technicien, il n’y avait pour l’instant que des grésillements augmentant notre nervosité, et le tonnerre extérieur ne nous aidait en rien.
- Pourquoi ne pas m’avoir appelé hier ? S’indigna Pliskin. Ou prévenu les autres membres du comité ?
- Il ne valait mieux pas faire paniquer tout le monde avant de comprendre quelque chose à tout cela John, expliqua Kenneth. Mais maintenant on va enfin pouvoir le coincer ce salaud !
- …Mouais. En tout cas, si vous avez également enregistré une conversation hier, j‘aimerais bien l‘entendre aussi, ça pourrait…
- ***Nou ?
La voix était plus grésillante que la veille.
- Plus un bruit ! Ordonna Pliskin.
- Akol tov, chamati machou, aval zé lo oti shé ème khipsou.
John prit une large inspiration pour construite sa phrase fraîchement traduite dans sa tête :
- Euh… Il dit que tout va bien, qu’il avait entendu un truc, mais que c’était pas lui je-ne-sais-quoi.
- C’était pas lui qu’on cherchait, conclus-je en regardant Marcus. Nom de dieu…Il n’était pas loin de nous.
La même voix ajouta :
- Akol sagour lémakhar ?
- …Il demande si tout est fermé pour demain.
- Fermé ? Questionna Locke.
- Oui, enfin, terminé, conclu quoi ! Vous m’avez compris…
La respiration de Pliskin se fit de plus en plus forte, augmentant la tension présente. Les compétences de notre traducteur devaient être à ce moment les plus rapides et précises possible. L’autre voix répondit :
- Ken. Al tidag. Haptzatza Bamakome ?
- Ken… Ani khaïav lénatek akhshav. Ciao.
- Euh… Il demande si le… Truc est en place. L’autre répond oui et dit qu’il va raccrocher. Fin de transmission.
- Mais quel truc ?! S’agaça Naked.
Pliskin regarda dans le vide ainsi que dans ses souvenirs.
- Je… Ra ! Je ne trouve plus le mot, je connais la racine mais c’est… Comme… Une explosion !
- L’explosion est en place ? Devina Kenneth.
Tous comprirent aussitôt, et se redressèrent.
- Putain, m‘emportai-je. Une bombe. Ce malade à mis une bombe dans le manoir !
- C’est ça qu’il planifiait, c’est pour ça qu’il est là… Conclut Locke, toujours calme.
Marcus prit les devants :
- Je mets le manoir en quarantaine et je préviens la sécurité. On va ratisser l’endroit et trouver cet engin avant qu’il ne saute, ne vous inquiétez pas.
Mon frère sortit tout en allumant son Terminal à l’oreille pour donner ses ordres. Un silence régnait dans la salle D. Jusqu’à ce qu’un nouveau coup de tonnerre surgisse.
Une certaine agitation se mit peu à peu à naître dans le manoir. La plupart des occupants étaient réveillés et vadrouillaient un peu partout quand nous nous mîmes à fouiller les lieux par équipe de deux. J’étais avec Naked, prêt de la salle à manger, regardant accroupi les coins les plus discrets de la bâtisse. La situation n’empêcha pas le colonel de me questionner.
- On peut dire qu’on ne vit plus ça tous les jours hein ?…
- Non… Lui répondis-je toujours irrité parce sa remarque d’hier midi.
- Et sinon… Tu as pris ta décision pour demain ?
- Si tu veux tout savoir, fis-je en me relevant, toujours pas. Ca me fout la trouille cette histoire. Horus me fout la trouille, le fait qu’on puisse tous sauter dans trois secondes me fout la trouille… Et je ne sais plus quoi faire… Je ne sais plus quoi décider.
Le regard du colonel se fit sincère.
- …Il y a autre chose, autre chose que le vote et ce qu’il engendrera. Dis-moi Ripple, pourquoi es-tu si incertain tout à coup, si dénué de confiance en toi ?
- Rien c’est… En fait je m’interroge beaucoup sur notre situation en ce moment, sur mon travail… Notre travail. Une fois que le danger sera écarté, je prendrais peut-être un nouveau tournant dans ma… Carrière. J’y pense sérieusement en ce moment.
Naked eut un air inquiet. Son devoir et son ton de leader reprirent le dessus :
- Nous réglerons ce côté existentiel plus tard Ripple… En attendant, il n’y a rien ici. La bombe n’est pas là… Divisons-nous, on gagnera du temps. Prends le bureau de la seconde intendance, moi je vais vers les cuisines…
- Très bien, acceptai-je alors qu’il avait déjà traversé le couloir, tout aussi déterminé qu’il l’était dans sa jeunesse de combattant.
Le bureau de l’intendance correspondait à ces espèces de cabinets à deux entrées dans lesquelles siégeaient les doyens de faculté. On pouvait y deviner rien qu’en regardant l’ensemble de ce genre de pièces le vaste travaille qu’elles représentaient. Tous ces livres entassés sur ses étagères, ces notes empilées sur la table… J’aurais pu être le doyen de ma faculté de physique, si j’avais renoncé à continuer l’armée autrefois… Je n’aurais pas à avoir peur de ce que je suis, pas à avoir peur qu’un futur despote m’infiltre et me poignarde dans le dos, ou qu’il menace la vie de mes proches… J’avais le pouvoir de prendre les plus grandes décisions du monde, et quand un véritable danger menaçait mon entourage, je ne pouvais que rester là, sans rien faire à attendre… Ma fonction se résumait-elle à cela… ? Je ne tenais plus.
D’un coup sec de mon avant-bras, je fis balayer la lampe et la paperasse qui occupait le bureau… Des sanglots naissaient suite à mes cris désespérés au moment où je renversai une étagère au sol, frappant rageusement de mes pieds des bouquins d’Économie. Mon inhibiteur devait toujours agir, car je ne me contrôlais plus… Mais je n’avais plus envie de me contrôler. Mon insensibilité avait des limites, ma façon de faire aussi. Le Patriote Stan O’hara devait céder sa place à l’ardent Ripple Effect, ne serait-ce que pour une courte minute.
Fatigué d’avoir détruit le décor, je m’assis sur la chaise du bureau, grelottant, le visage sur mes bras accoudés dont les mains arrachaient mes cheveux… J’étais fatigué de ne pas avoir dormi, fatigué d’avoir peur pour ma personne, de ne plus savoir qui j’étais ni pourquoi je me battais… La situation autour de moi m’avait fait craquer. Au point que je pleurais encore quand une voix consolante me prit de court :
- Ca ne va pas on dirait ?…
Laissant apparaître mes yeux humides, je reconnus immédiatement l’allure de la personne, puis la personne elle-même, qui reprit aussitôt, d’un large sourire :
- Laisse donc Orson te consoler…
¤¤¤
Mes derniers grelottements se faisaient de plus en plus silencieux. Je laissai apparaître un léger sourire ironique, comme si on me faisait une vaste blague, avant de lui sortir une remarque :
- Tu as vieilli ?…
- Oui, se regardait-il tout en souriant. Mes nanos ont été conçus à la base pour me faire vieillir en même temps que toi, je n’ai pas fait les choses à moitié, comme tu le sais.
Je me levai de ma chaise, pour me mettre face à lui.
- Bordel Orson, pourquoi as-tu mis autant de temps avant de m’apparaître ?!
Il ricana :
- Qu’est-ce que j’en sais moi, le satellite a du mettre du temps à charger mes nanos ou je ne sais quoi. Faudrait plutôt demander à ton « expert » là ! Hahaha !
Mis à part son apparence, il n’avait pas changé d‘esprit. J’espérais que sa faculté à me donner les réponses que je quêtais étaient également toujours en lui.
- A ce que je vois, ajouta-t-il, ça ne va pas fort depuis notre dernière rencontre… Il y a de cela… Vingt ans, onze mois, v…
- Arrête de jouer aux ordinateurs Orson… Ca me fait plaisir de te revoir, et si tu lis en moi tu devrais également sentir mon soulagement.
- Je le sens Ripple… Mais je ne m’attendais pas à te retrouver dans ces conditions… Ce que tu as vécu pendant tout ce temps est… Étonnant. Toi, en membre du comité c’est vraiment… Unique, je dois dire. Dire qu’autrefois nous nous unissions contre eux. Quelle ironie pour cette ultime rencontre !
- Les temps ont changé, tu le sais. Mais là n’est pas la question… Tu dois m’aider Orson !
- Je sais… Tu dois prendre une grande décision demain. Et ce n’est pas facile de décider entre la liberté des uns et la sécurité des autres… Les Descendants de la Double Entente reste une organisation avec ses idées, comme une autre…
J’haussai le ton :
- Oh, arrête tes beaux discours Orson, tu sais très bien que je n’en ai rien à blairer de la liberté d’expression de cette Double Entente à la con ! Cette putain d’organisation a provoqué ta mort et celle de Samaëlle en vous forçant à vous infiltrer en profondeur sans ménagement, je serais ravi de les détruire pour de bon ! La seule raison pour laquelle j’hésite à voter Pour, c’est uniquement parce qu’une guerre comme celle-ci entre les mains des Patriotes nous forcerait à lancer le nouveau plan de Désignation… Nous avions conclu à cet accord autrefois si jamais un jour nos actions mèneraient à un trop grand nombre de morts : nous nous sommes jurés que si un tel évènement arriverait, ils signifieraient que nous ne sommes plus aptes à être membres du comité et que nos remplaçants doivent être mis en condition pour nous succéder… Cela signifierait le début des souffrances pour Mikhaïl, ton fils, qui comme tu le sais est destiné à être le futur leader du comité… C’est là la seule raison de mon hésitation !
- Je sais, oui… Répondit-il en baissant son regard.
- Je me suis toujours juré à moi-même de ne jamais lui faire connaître les souffrances qu’on a connues toi et moi. Il a une vie normale à Paris, bordel ! Et maintenant, il va vivre sous la guerre… Et notre plan doit consister à le faire vivre DANS cette guerre. Comment pourrais-je contribuer à cela ? Tu es son père Orson, dis-moi que dois-je faire ? Des milliards de personnes vont mourir si je vote Contre, Horus est une brute sans merci, et d’un autre côté, si je vote Pour… Si je fais ça à Mikhaïl… Je ne vaudrais pas mieux que tous ces salauds qui nous ont fait souffrir…
Orson prit un instant avant de répondre.
- Calme-toi Ripple. Tout va bien se passer et je comprends ton dilemme… Je ne te remémorais qu’une chose : tu te rappelles autrefois, quand tu as accepté le sacrifice de Samaëlle pour sauver les habitants de la grande Barcelone ?
- Oui, répliquai-je le regard lointain.
- Aujourd’hui, Barcelone est une ville en régression massive, et Samaëlle est toujours morte. Alors ? Ca valait le coup de sacrifier ta famille pour tes idéaux, notion qui te dépassait déjà à l’époque, car complètement irréalistes ? J’ai probablement du faire usage de ma loyauté par des actions beaucoup moins nobles que les tiennes… Cela ne m’a pas empêché de sauver Mikhaïl autrefois pour qu’il soit LIBRE, Ripple. Et peu importe les circonstances dans lesquelles j’aurais pu le mettre en sécurité, malgré ma lâcheté ou mes convictions… Je n’aurais jamais hésité une seule seconde à le protéger. Car c’est ma chair, mon sang, comme il est le tien… Et c’est tout ce qui compte.
(SUITE)
Je répliquai après quelques secondes de réflexion, tout en l’approuvant :
- Tu as probablement raison Orson… Mais si jamais je vote Contre… Je ne pense pas pouvoir rester un membre du comité.
- Ainsi soit-il, dit-il négligemment tout en s’allumant un des ses fameuses cigarettes imaginaires. La vie continue… Et cela ne t’empêchera pas de protéger ton petit-fils.
- J’espère en être capable Orson, déclarai-je le visage triste. Cette guerre s’annonce sanglante, Horus ne lésine sur rien…
- Ah… Cet Horus. De ce que je lis en toi, c’est un peu l’ainé de vos soucis à tous non ? Quelle ironie ça aussi.
- Je t’ai aussi fait apparaître pour que tu m’aides sur ça Orson, alors maintenant dis-moi, sais-tu qui il est ? L’as-tu déjà vu dans le temps où tu étais en contact avec la Double Entente ?
Orson fit quelques pas vers l’autre côté de la pièce :
- Tu sais Ripple, je n’étais qu’un agent infiltré, je n’avais que peu de liens... Je ne connaissais même pas le nom de Double Entente pendant le temps où j’étais agent double… Cependant…
Une lueur d’espoir apparue à l’entente de ce ton.
- Cependant… ?
- En lisant dans tes souvenirs, et en me rappelant les miens… Je me rends compte d‘une chose…Mon contact à la Double Entente était ce gars, Seth. Il devait me faire passer agent actif avant que tu ne me… Bref. Je ne l’ai vu que quelques fois, mais à chaque fois, une espèce de garde du corps l’accompagnait tout le temps… Un petit à l’air sournois, avec un patronyme monosyllabique… Genre Graham, ou Brown…
- Bloum ?…
- Oui, je crois bien que c’était lui !... Désolé de l’incertitude : nanos ou pas, ça ne m’empêche pas d’avoir des souvenirs flous. Mais je mettrai ma main au feu que ce type est Horus, ou au moins qu’il bosse pour lui !
Il tira sereinement une taffe alors que je posai mon séant sur le rebord du bureau, tentant de prendre du recul concernant cette révélation.
- …Nom de Dieu, dire que je l’ai aperçu plusieurs fois pendant ce séjour à faire des trucs pas clairs… Saladin avait raison ! J’aurais du être plus parano… Merci en tout cas.
Orson me fit un sourire différent de celui de tout à l’heure. C’était ce sourire charmeur signifiant qu’il avait accompli ce pourquoi il était là, et qu’il allait s’en aller.
- Tu sais qui interroger maintenant, j’espère que cela t’aidera à sauver tes proches. Et j’espère que tu sais aussi ce que tu dois faire demain, lorsque le moment sera venu de voter… J’ai beau être là pour t’aider, tu restes maître de tes responsabilités et de ton destin… « Stanley ».
Il n’avait pas utilisé ce prénom depuis longtemps. Ceci lui provoqua un petit rire moqueur, avant d’ajouter :
- Je te dirais bien adieu, mais à chacune de nos séparations, les circonstances ont fait que nous nous sommes revus, donc…
- …Nous dirons que ce n’est qu’un au revoir, Orson. Merci encore de m’avoir guidé malgré tout ce qui nous est arrivés…
- Disons que je ne fais que remplir ma fonction… Et payer une dette. Portes-toi bien, Ripple Effect !
Il prit ironiquement l’entrée Est de la pièce pour disparaître, et s’en alla, laissant derrière lui cette atmosphère de sérénité qu’il avait la faculté de répandre si facilement…
Ce fut à peine quelques secondes plus tard que je vis quelqu’un entrer par l’autre porte, face au bureau sur lequel j‘étais toujours posé. Je ne pouvais espérer mieux que d’y voir Togo, un sourire forcé aux lèvres :
- Ripple, me fit-il, ça fait cinq minutes que je te recherche, j’ai appris pour la bombe.
- Oui, lui rétorquai-je sur de moi. Il faut la trouver, et démasquer Horus !
- Oui ! Et cela tombe vraiment bien, car j’ai toujours ces suspicions en tête… Je voudrais savoir ce que tu penses d’Ericsson.
Un rire s’ajouta à mon mouvement de tête :
- Mais enfin Togo, tu vas lâcher l’affaire avec ce type ? Je ne vois certes pas qui c’est, mais je ne…
- …Comment ça tu ne vois pas qui c’est ? Me coupa mon meilleur ami. Ce n’est pas à lui que tu parlais, il y a de cela trente secondes… ?
Je ne sus sur le moment comment je devais réagir exactement. Je me redressai, la bouche béatement ouverte, le regard dans le vide… J’étais toujours en train de recoller les morceaux, quand Togo me relança :
- Ripple ? Ca va ?
Je fixai ses yeux, puis l’entrée Est.
- Tu l’as vu ?… Lui demandai-je, pétrifié.
- Je l’ai vu partir, oui.
- Et tu as dit que c’était…
- C’était Ericsson, mon Lieutenant, je l’ai reconnu de loin ! C’est quoi ce bordel Ripple, tu manigances quoi avec lui ?
Sans rien lui répondre, je fonçai d’un pas rapide sur les traces de mon précédent interlocuteur, regardant de tous les côtés du couloir, les yeux globuleux. Était-ce seulement possible… ? Venais-je simplement d’assister au plus gonflé des défilés de bobards et non à la consolation que j’attendais… ? Je pris l’escalier tout en appuyant sur mon Terminal à l’oreille qui venait de sonner. C’était Marcus.
- Stan ? On a trouvé la bombe, elle était à l’étage des Lieutenants, je vais tenter de la désamorcer…
- Fais pas le con Marc’, fis-je d’un ton protecteur inébranlable. Fous-la dans un des Bunkers du jardin. Et vite !
- Bon très bien, soupira-t-il, j’y vais avec une équipe… Bordel, ce machin aurait fait sauter tout l’étage… On reste en contact ! Sinon toi ça va ? T’en es où… ?
- Moi ? Répliquai-je avant de raccrocher, d’une voix vengeresse : …J’ai trouvé Horus.
Le tout était de savoir quel chemin il avait pu arpenter pour en arriver là…
¤¤¤
Orson
- Dix-neuf heures plus tôt -
Je vis de mes grands yeux Horus presser sur le bouton du détonateur. L’explosion ne se fit pas pour autant entendre : l’hélicoptère dans lequel nous nous trouvions était déjà loin. Mon supérieur m’inspecta le visage :
- Nous ferons examiner tes contusions une fois arrivés. Il t’a pas mal amoché, un peu de SR ne te ferait pas de mal…
- Oui… Je ne pensais pas que la sienne était si efficace au passage, le tout s’est joué de peu… Merci à Controla.
- …En attendant, me répondit mon leader, cette mission est un échec.
- Un échec ?! Tu plaisantes ? La bombe a explosé, nous savons où le futur leader du comité pourrait se trouver, et aucun des Patriotes n’est mort, comme tu le voulais.
- Ne joue pas sur les mots Orson, on ne sait pas où cette bombe a pu sauter, ils l’avaient déjà trouvé… Ton crétin d’adjoint Osiris à très mal fait son travail en plus de se faire descendre, Ripple a découvert qui tu étais, et résultat de tout cela probablement aucun des Lieutenants du comité n’est mort, comme nous le souhaitions.
Je fus un peu vexé par son compte-rendu trop sec à mon goût :
- Comment étais-je censé savoir que l’un d’entre eux parlait hébreu couramment… ? Ou que Togo avait des soupçons sur moi ? Toute opération d’infiltration en terrain connu aurait été de toute manière extrêmement risquée depuis que nous n’avons plus de formule Spira… Et tu veux que je te dise ? Si tu voulais vraiment être efficace, c’est tout le manoir que tu aurais du faire sauter, un bon missile aurait…
- Un bon missile aurait été stoppé par leurs missiles sol-air et tu le sais ! De plus, vous ne pouviez pas mettre davantage de C5 sans blesser les membres du comité…
J’eus un soupir :
- Je ne te comprends pas… Pourquoi les laisser en vie si on peut leur couper les bras ET la tête ? Ceci aurait été faisable…
Horus répliqua d’un air excité :
- Parce que je veux qu’ils souffrent des bâtons dans les roues que je leur inflige ! Je veux tellement mettre leur système en déroute qu’ils finiront par me supplier de prendre le pouvoir à leur place et de se mettre à mon service… Ces personnes représentaient une telle foi en la liberté, autrefois… Leur hypocrisie d’aujourd’hui leur sera fatale !
Sa terminologie m’intrigua :
- … « Ces » personnes ? Ta colère ne…
- Ne me ressors pas de jugements sur ce que je ressens et sur qui me le fait ressentir ! Je suis ton supérieur et peu importe ce qui me guide, plus rien ne peut désormais m’arrêter ! Ni ces insidieux Patriotes, ni tes belles paroles…
La rage d’Horus consumait son être à chaque seconde qui passait. Je l’admirais en train d’observer le paysage nocturne, le regard brûlant de haine… Je n’osais même plus m’approcher sa personne… Le tout était de savoir comment une telle âme avait pu en arriver là…
- 25 Août 2028, dans un chalet au Sud du Soudan -
On pouvait vraiment me qualifier d’éternel insatisfait… J’avais réussi mon plan à la perfection, j’avais définitivement disparu de la planète pour toutes instances puissantes qui se définissaient comme telle, et Seth s’apprêtait à venir d’un jour à l’autre pour m’assigner… Et pourtant, alors que j’étais là, dans ce trop vieux salon, en train de regarder la TV locale aux côtés de Marla qui feuilletait un dictionnaire en russe, je ne pensais qu’à mes anciens tracas… Aux choses que je devais encore accomplir…
Cette évasion cérébrale fut cependant rompue par des cris venant de l’extérieur. Après un regard rapide vers Marla lui ordonnant de se mettre à l’abri, je sortis le Beretta à mon dos et jetai à coup d’œil à la fenêtre de mon supposé introuvable chalet.
- Nom de Dieu… !
Je sortis immédiatement après avoir vu à qui j‘avais à faire, sans réfléchir à un piège quelconque, je pris dans mes bras l’objet de ma récente inquiétude.
- Bon sang Samaëlle, tu vas bien ?! Où étais-tu passé ? Je t’ai cherché partout, je… Je t’ai cru morte !
- Je risque de l’être d’un moment à l’autre Orson…. J’ai besoin de toi pour m’extraire la puce à ma gorge, j’ai peur qu’Emmet ou Ocelot ne l’active d‘ici peu... Ne t’inquiète pas, personne ne m’a suivi… J’ai fait attention.
J’allais de surprises en surprises :
- Mais que s’est-il passé pendant ces deux derniers mois ? Pourquoi portes-tu une tenue de combat d’U-155... ?
- Plus tard Orson, je t’en prie… J’ai besoin de soins pour le moment.
Marla installa Samaëlle sur la table, et sorti de la trousse une large pince et un scalpel.
- Je vais le faire, intervins-je, toi Marla, injecte-toi le sédatif. Après ce sera à toi, comme prévu. Le moment est enfin venu.
Je me retournai vers Samaëlle :
- Je vais contacter Seth, je vais lui parler de ton cas, vu la situation… J’ai bien fait de préparer le terrain pour toi aussi, avec Marla… Ah le salopard d’Emmet, te donner à cette IA de merde uniquement pour satisfaire les plans du comité… Il me le paiera. Que t’es t’il arrivé ensuite ?
- Rien d’important… U-155 voulait se servir de moi pour empêcher Ripple d’agir contre son serveur à Barcelone, ce fut finalement l’idée d’Ocelot… Peine perdu, j’ai réussi à fuir sans trop de dégâts… Et maintenant que je ne suis plus utile pour les deux camps… J’ai peur Orson, enlève-moi cette putain de puce, vite !
J’appliquai un coton imbibé d’alcool sur sa gorge, et commençai l’intervention… Juste avant de commencer la délicate incision, ma compagne ajouta :
- … Tu aurais pu me dire qu’il était mon père.
Sans rien répondre, je lui injectai un de mes sédatifs.
Ce ne fut qu’après seulement dix minutes que je passai à ma seconde patiente.
- Marla… ? C’est ton tour, où es-tu ? On n’a pas de temps à perdre, cette puce doit régulièrement détecter la chaleur humaine pour pouvoir…
Ma phrase fut scindée par ma vision de Marla en train de me menacer avec ma propre arme.
- Ne me dit pas que tu hésites quand même ?… Lui souris-je. Pas après ce qu’on a vécu toi et moi…
Elle prit la parole, les larmes aux yeux.
- Je veux juste être certaine que tu ne me mènes pas en bateau, Orson… Je veux voir le solde du compte en banque ! Tout de suite !
- Marla, on a déjà…
- Je veux le voir maintenant je te dis ! Où se trouve ton ordinateur portable ?
- …Il est là, répondis-je d’un soupir en prenant l’objet demandé sous un des coussins du fauteuil.
- Entre les coordonnées ! M’ordonna Marla. Aller… ! Et si jamais tu tentes de me rouler, je te jure que toi et ta chère compagne en pâtiront… Je n’ai plus rien à perdre Orson… Je suis même là pour ça…
Je m’exécutai sans rien répliquer, inquiet de voir sa réaction quant au contenu de son solde de compte à la Zurich Bank. Après avoir entré les différents codes accès, je tournai l’écran de mon ordinateur portable vers sa direction :
- Voilà…
Un plissement d’yeux de sa part fut nécessaire pour apercevoir la somme alignée de 2.600.000 dollars. Son regard s’assombri peu après, et son canon se rapprocha de ma tempe :
- C’est quoi ce bordel Orson ? On avait dit trois millions ! Trois !
Je me relevai, face à elle, le ton plus franc qu’il ne l’avait jamais été :
- J’ai mis tout ce que je pouvais Marla. Je suis ruiné, je n’ai plus rien, j’ai tout mis pour toi ! Cette somme sera suffisamment élevée pour que ton ex-mari et tes deux enfants puissent quitter leur pays et rejoindre les États-Unis, et j’y veillerais personnellement. Je suis peut-être un manipulateur Marla, mais je ne suis pas un monstre, ni un escroc. Surtout quand il s’agit d’un marché comme celui-là…
Marla, résignée, baissa enfin mon arme, avant d’ajouter, les larmes aux yeux :
- …Et maintenant… Je dois faire quoi ? Te laisser m’enfiler ta putain de puce de la mort ?
- Non, la corrigeai-je en sortant un cylindre de ma poche, d’abord, injecte-toi ceci.
- Encore une de tes substances Orson ? Comme celle de la dernière fois ?
- Ce n’est pas la même Marla, l’autre fois c’était pour ne pas qu’on identifie ton corps au moment où tu… Bref, ce cylindre-ci contient un échantillon expérimental d’une mixture que j’ai payé une fortune. Ca s’appelle la formule Spira, et elle modifiera l’ADN lié à ton apparence pour quelques temps… Après cela, comme prévu, je t’insérerai la puce, et comme prévu, tu iras…
Marla me coupa, elle connaissait déjà la suite par cœur, je le lui avais tellement répété :
- J’irais dans une base à 110 km au Nord-Est d’Ulundi, pour y trouver un certain Ripple. Je serais Samaëlle, une connaissance du temps où il travaillait pour les Patriotes. J‘ai 20 ans, bientôt 21. J’ai été élevé toute ma vie par le comité, ma mère se nomme Olga Gurlukovich et est d’origine russe, d’où mes connaissances dans la langue… Et je dois mourir, devant lui.
- Oui… A cela tu ajouteras les nouvelles informations que nous venons de recevoir : tu as croisé Ripple à Barcelone, après avoir été mise de force au service d’U-155, et il vient d’avouer qu’il est ton père…
Marla fit un pas en arrière, inquiète. Ses valeurs familials revinrent à la surface :
- Wow… Attend Orson, si ce Ripple est le père de ta Samaëlle là… Tu veux lui faire croire à la mort de sa propre fille à lui aussi ?
- C’est la meilleure personne que je connaisse qui soit en ce moment même sous le collimateur des Patriotes. Grâce à lui, Samaëlle pourra disparaître exactement de la même manière dont j’ai disparu. Nous serons tous les deux libres de tout engagement. Le fait que ça soit son père ou non ni change rien. On ne peut plus reculer ou chercher un autre « témoin » comme ce Ripple, on a plus le temps… Mais je l’observe quotidiennement, je l’aide… Je veillerais à ce qu’il ne souffre pas trop et qu‘il survive à ses combats… Maintenant, il faut faire vite Marla, cette foutue puce peut exploser d’un instant à l’autre, et quand ça arrivera, il faudra qu’elle soit dans ta gorge… Et que tu te prépare à mourir. Désolé d’être aussi cru, mais c’est pour ce tu as…
- Je sais Orson, c’est ce pour quoi j’ai signé, me répondit-elle d’un ton dépressif. Je le sais…
Elle s’injecta le cylindre en pleine jugulaire, il ne me restait plus qu’à patienter qu’elle prenne l’apparence de mon amour de toujours…
- Quelques jours plus tard -
Je venais d’apprendre la mort de Marla via mes observations sur Ripple, qui venait de prendre la route pour Fox-Hound afin de chercher vengeance, comme je le souhaitais. Ma compagne avait failli l’arrêter, Marla, peu avant son départ. Elle voulait retrouver son père à sa place et lui dire tout ce qu’elle ne pourra jamais lui dire en face… Ses regrets, son véritable employeur, l’existence de notre fils… Mais il fallait que cela se fasse autrement, pour notre bien à tous les deux. Et aussi pour notre liberté… Elle avait enfin fini par réaliser la raison de ce sacrifice alors que nous attendions la jeep de Seth sur la plaine désertique.
- Tu penses qu’un jour je le reverrais ? Me demanda-t-elle toutefois.
- Probablement… Quand tout se sera calmé, quand le comité et U-155 auront enfin disparu de la surface de la planète, tu pourras le retrouver et te battre à ses côtés. Je le connais, ses idéaux ne changeront pas, tout comme sa façon de faire… Je garderais de loin un œil sur lui pendant tout le temps qu’il faudra. Comme ça, quand le moment sera venu, tu le reverras. Je t’en fais la promesse ma chérie.
- J’espère Orson… J’espère que quand je pourrais enfin le revoir, trop de choses ne se seront pas… Passées.
- Moi aussi Katarina, je l’aime bien aussi tu sais…
Le Hummer s’approchait rapidement de notre position, et termina sa course par un dérapage net à quelques pas de moi. En sortit un homme avec une allure de professionnel, sûr de lui, bordé d’une paire de lunettes solaire carrées teintées d’écailles d’argent… Rien qu’à sa stature l’ont pouvait sentir qu’il n’avait aucunement besoin d’un garde du corps…
- Seth.
- Orson… Heureux de te revoir en un seul morceau, tu as donc bel et bien réussi… Et vous, vous êtes Katarina c’est ça ?
- Oui… Répliqua Samaëlle. Elle n’aimait pas qu‘un autre que moi utilise ce prénom.
- Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais de la part de mes supérieurs, nous vous félicitons pour votre travail d’infiltration et pour votre loyauté… Et c’est grâce à cela que j’amène une bonne nouvelle de leur part : ils ont accepté de vous donner à tous les deux un assignement d’agents actifs au sein du CSN.
Un sourire de fierté naquit de nos deux lèvres pendant que Seth sortit deux enveloppes de sa poche intérieure, il en tendit une dans ma direction, et l’autre dans celle de Samaëlle.
- Tenez, expliqua-t-il. Nous vous avons à tous les deux également assignés à des noms de codes : toi Orson, ce sera Sekhmet, la puissante lionne… Quant à vous mademoiselle, nous vous avons donné le patronyme d’Horus, le faucon céleste… La description de votre prochaine mission se trouve dans ces enveloppes. Voilà. C’est à peu prêt tout… Je vous préviens toutefois…
Je fronçai les sourcils quant au timbre de mise en garde de mon supérieur :
- … La Double Entente à une politique très strict d’agissements dans l’ombre. Nous ne prônons pas la violence, ni l’attaque de front… Et nous servons en premier lieu l’anti-capitalisme occidental, non l’avènement d’une nouvelle gauche. Si ce n’est pas votre politique, ni votre façon de faire… Autant me l’avouer tout de suite. Et on oublie tout.
J’eus un sourire rassurant :
- Ne t’inquiète pas Seth, nous servirons le Réseau avec la loyauté que tu as toujours connu chez tes hommes.
Samaëlle ne répondit rien, elle restait immobile, ne quittant pas du regard son enveloppe.
- …J’en suis ravi, répliqua Seth, Nous nous reverrons sans doute bientôt.
Il enleva ses lunettes tout en réentrant dans sa Jeep, et reprit la route de plus belle. Je regardai ma compagne, encerclée par la poussière de sable laissée par le Hummer.
- Ce n’est pas vraiment à quoi je m’attendais, m’avoua-t-elle.
- …Tu as d’autres idées en tête pour la suite ?
- Nous verrons bien… En attendant, vu notre situation, vaut mieux s’en contenter et suivre les ordres…
- Comme tu voudras, terminai-je d’un sourire.
Bien sûr, j’étais prêt à la suivre peu importe la direction qu’elle souhaitait prendre. Nous étions enfin réunis, et pour un bout de temps… Plus rien d’autre ne comptait pour moi à présent. Ma loyauté allait désormais, et avant tout, à Horus, dit « Celui qui est au-dessus » … Et à personne d’autre.
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