Ryan Locke
Sueurs Froides
Pas un remerciement. Je n´en avais pas le temps, et d´un certain côté je trouvais ça ingrat. Cet homme, Frost, m´avait sauvé la vie, l´Enchaîné devait s´être enfui, et la seule chose qui importait pour moi, c´était de fouler le sol délabré du couloir à toute vitesse, sachant que nous étions en-dessous du point critique.
-Locke, dépêche-toi! cria Cornellius, près de la bombe, alors que j´ouvrais en claquant les portes de la cafétéria.
Je courus rapidement à ses côtés, et jetai un coup d´oeil attentif à son dispositif.
-Comment est-ce que tu as pu...?
-Ce serait long à expliquer! En bref j´ai retenu la détonation... mais pas pour longtemps!
Je tournai la tête en direction de la porte pour vérifier que le taré avec les chaînes n´était pas là, puis sortis le capteur de ma poche.
-J´ai tenté de prendre le temps d´observer le mécanisme, fit Cornellius tout en tenant le plateau. Il y a en tout huit capteurs, dont un principal qui semble relié au reste de la bombe...
Je voyais bien le capteur principal, une petite plaquette dont un gros fil, presque un câble, se perdait dans les profondeurs de la bombe. Je soulevai rapidement la jambe de mon pantalon et en sortit mon couteau à cran d´arrêt, sous l´oeil horrifié de Cornellius.
-NON! Surtout pas! Ce serait notre arrêt de mort!
-Merci, je m´en doutais un peu, fis-je sans un sourire, une goutte de sueur me coulant dans le dos. Il y a un moyen de l´éliminer?
-Mieux ne vaut pas... mais on peut stopper le mécanisme en éliminant tour à tour les autres capteurs, en espérant que leur intensité électrique soit différente. Si ils ont exactement la même puissance, le courant qui alimente le détonateur ne pourra pas être détourné et... aaahhhhh! Travis! Des gants!
Travis, qui faisait le guet près d´une fenêtre, tourna rapidement la tête.
-Quoi?
-DES GANTS! Le plateau devient brûlant! Il faut faire vite, dit-il en se tournant vers moi. Il faut trouver de l´azote liquide, mieux vaut geler au maximum l´intérieur de la bombe pour tenter d´"enfermer" le courant dans les capteurs. Il faut geler les connections! Les prendre au piège. Ce sera ainsi plus facile de détourner le courant, pour que le capteur principal ne reçoive sa source que d´un câble qui envoie une très faible intensité... Ainsi il deviendra quasi-obsolète, du moins suffisament pour ne pas tout faire sauter, et on n´aura pas besoin de prendre le risque de sectionner le câble principal... Si on arrive à faire tout ça avant que l´aimant qui compose ce plateau lâche, ça devrait aller.
Je ne répondis pas, me levai avec un regard froid et réfléchi, et partis en courant vers les cuisines. Je croisai Travis, le souffle court et haletant, avec des gants de cuisines représentant une vache entre les doigts. Et j´eus un petit rire. Nerveux, calmant, qui me fit arrêter de suer durant une éphémère et glaciale seconde. Dans la cuisine, mes yeux s´arrêtèrent là où ils le pouvaient. Il y avait des ustensiles et des aliments partout au sol. Des casseroles, de la farine, des fouets, un chargeur de fusil d´assaut et, si c´en était bien, du ketchup. Je parcourus des yeux le mur, observant les tuyaux qui le traversaient de long en large, et les tâtai du bout de la main... Chaud, froid, brûlant, tiède, chaud, glacé. Glacé. Je longeai le tuyau en question, savant quasi pertinament au fond de moi et avec désespoir qu´il ne menait probablemnt pas à de l´azote liquide. Il menait dans une pièce, fermée par cadenas. Je sortis rapidement le Glock 18 de mon holster, et lui collai un balle puis défonçai ce qui restait de la porte.
-Locke, ça va? hurla Cornellius au loin.
-Oui, rien de grave. Et toi?
-C´est bon, j´ai moins de cloques que ce que je pensais.
Le sourire qui aurait dû passer sur mon visage à ce moment-là se perdit dans la nature. Ou alors s´était très mal appliqué. La salle était remplie de bombonnes et autres réservoirs. Gaz, eau, chauffage... azote liquide. Il y en avait. Il y en avait ici!
-J´en ai trouvé! Il y a de l´azote liquide! De l´azote putain!!!
Je me mis à rire comme un gamin. Comme un gosse qui a trouvé son oeuf de Pâques dans le jardin, qui découvre son cadeau au pied du sapin le 25 décembre. De l´azote liquide!
-Vite, apporte-la!
Je tâtai la bouteille des mains. Elle était gelée, bien sûr, mais semblait contenir encore suffisament de liquide. J´arrachai violemment le tuyau qui y était raccroché, et pris la petite bouteille à deux mains dans mes habits alors qu´un jet de matière commençait à faire geler le plafond et les alentours. Je sortis rapidement de la pièce et... trou noir.
Ou alors un sifflement.
Ou alors ce mal horrible dans les jambes.
Ou alors simplement le fait de ne plus les sentir.
Et le cri de Cornellius, les détonations.
Il dut s´écouler trois secondes. Trois secondes durant lesquelles mon corps n´était plus qu´une masse ardente gelée par la bouteille d´azote. Trois secondes durant lesquelles le bout de mur qui avait sauté, la roquette était passée à moins de trente centimètres de ma tête et que les débris me recouvraient. Trois secondes durant lesquelles mon esprit n´était plus qu´un écran de fumée devant les déflagrations et le son des douilles tombant au sol. Et ma tête, noire et cabossée, qui se tourne. Quatre ennemis. Trois MP5; un RPG qui se recharge. Et les pas d´un hommequi court, ses tirs ricochant contre le mur de la cuisine, les trois hommes qui se baissent. Frost...
-Ryan! cria à nouveau Cornellius.
Le Glock était toujours dans ma main, sous les débris. Alors que l´ennemi au lance-roquettes l´avait mis à l´épaule, nos doigts pressèrent les deux gâchettes simultanément. Ou du moins, je pressai la mienne avec une avance infiniment mais extrêmement considérable, puisque lorsque la balle l´atteint à la cuisse et qu´il plia, le RPG pointé vers le sol fit éjecter en une nuée d´étincelles et de fumée âcre ce qui restait de son corps contre les murs, c´est-à-dire quelques bouts de chair en suspension dans l´air pesant. Et mon coeur qui battait encore, toujours. Et ma jambe, gelée. Poussant les débris du mur au loin, je repris la bombonne d´azote toujours en train de fuir et la fis glisser sur le sol jusqu´à Frost, qui continuait à faire feu, caché derrière une table renversée.
-Vite, la bombe! On n´a pas le... arhhh... pas le temps de faire attendre Cornellius. Donne-lui la bombonne! HURRY UP!!!
Quasi appeuré, Frost empoigna la bouteille et fit deux derniers tirs de couverture, avant de fuir à toute vitesse par la porte. Serrant les dents, je mis ma main à ma jambe. Gelée, quasiment, par la fuite de la bombonne. Et il restait encore deux soldats, qui, voyant que leur première cible c´était enfuie, reportèrent leur regard vers ma peite personne. Mais trop tard. La première de mes balles atteint la lampe au-dessus d´eux, et alors qu´ils serraient les épaules comme pour éviter la nuée d´innoffensives étincelles qui leur tombaient comme des flocons de neige sur les épaules, la nuée d´offensives étincelles provenant du canon de mon arme transformèrent leurs crânes en débris. En deux coups. Deux coups qui me vidèrent de mon énergie, sans raison. Mon arme tomba sur le sol, et mes yeux se fermèrent. J´avais eu la force de tuer trois hommes, quatre peut-être, pourtant mes forces s´amenuisaient. Couché dans ce coin de la pièce, les débris de béton sur le dos et les jambes, l´une d´elles dure comme de la pierre, quatre douilles devant mes yeux. Et mon arme par terre, comme un signe de fatalité. Drapeau blanc. Laissez-moi mourir en paix. Et mes yeux se fermèrent.
La suite au prochain! 