Speedy
On s´en fout
Bon, moi je poste mon texte. Son titre a fait l´objet d´un débat enflammé.
Gardez quand même à l´esprit que ce texte est un entre-deux, il y a donc peu de descriptions des lieux (déjà faites dans bon nombre de textes).
Bonne lecture !
Recrue Cornellius
Running Time !
Locke n´était plus qu´un vulgaire grain de sable posé sur l´horizon. Livré à moi même et situé au milieu d´un amas d´innombrables cadavres, j´oscultais la bombe avec soin et réflexion. Si une solution ne me venait à l´esprit dans les quinze minutes, j´allais probablement être soufflé avec les carcasses de soldats et les murs souillés de leur sang. Homme providentiel, un soldat commença à se mouvoir au milieu des pantins désormais désarticulés des Patriotes. Voyant qu´il était vêtu de l´uniforme de Fox Hound, j´osais une imprudente vocifération : « Travis ?
- Corn´ ? Mais putain qu´est-ce qui se passe ici ?! Fit Travis, scrutant la cantine, paniqué
- J´aimerais bien pouvoir t´expliquer mais... Disons que nous avons des préoccupations plus pressantes...
- Et merde... Injuria-t-il voyant l´objet meurtrier situé à mes pieds
- C´est le mot effectivement.
- Et qu´est-ce qu´on fait de ce truc ?
- Capitaine Lockheed est allé chercher le nécessaire pour qu´on la désamorce.
- On a qu´à l´attendre pour s´en occuper alors.
- Oui, mais dans ce cas, j´espère qu´une éventuelle désintégration totale de nos deux corps ne te traumatise pas trop, lançai-je en tapotant du dos de la main sur le cadran du compte à rebours
- C´est le pompon !
- On peut dire ça comme ça, souris-je »
Le compteur indiquait à présent quatorze minutes, c´était peu. Travis ne tarda pas à examiner la bombe à son tour. Je n´eus aucun besoin de le bassiner d´explications inutiles, il était capable de comprendre la situation. Au milieu d´un long silence mutuel, du moins, assez long pour faire passer le compteur à treize minutes, les yeux de Travis s´illuminèrent soudainement. Il commença alors une phrase d´une voix hésitante : « C´est une bombe H n´est-ce pas ?
- Il me semble bien, oui.
- Il y a un déclencheur non ?
- Ben, en fait, l´explosion d´une bombe H se divise en trois parties principales. D´abord, à l´arrière de la bombe, un tampon débloque un compartiment contenant des neutrons. Les neutrons vont ensuite à l´avant de la bombe et réagissent avec les atomes d´Uranium. Cette réaction produit une forte énergie ainsi que d´autres atomes d´Uranium et d´autres neutrons et...
- Ainsi de suite, c´est la fission, fit-il en hochant anxieusement de la tête
- Oui, mais ce n´est pas une simple bombe à fission. La chaleur produite par la fission va déclencher une autre réaction...
- La fusion ?
- Exact, l´énergie de la fission va annuler la barrière cinétique naturelle qui sépare les atomes de Tiritium et ceux de Deuterium...
- Ma main à couper que ça produit de l´énergie
- Oui, fis-je en souriant, mais pas seulement. L´énergie produite dégage une forte dose de rayons X qui vont réagir avec le noyau de plutonium. Il va dégager des neutrons et des atomes d´Uranium...
- Et rebelotte pour une nouvelle fission... C´est redoutable...
- Oui et je suppose que tu pèses tes mots.
- Donc, si on fait le point, il suffit d´empêcher le mouvement du tampon.
- Plus facile à dire qu´à faire. »
Je grattais mon début de bouc silencieusement devant le compteur qui annonçait neuf minutes. Le bruit strident qu´émettait le cadran à chaque seconde me rappelait l´effrayante échéance que représentait cette bombe, ainsi que le générique d´une vieille série des années deux-mille.
Un instant de lucidité extrême me transcenda alors, une idée venait d´éclore dans les circonvolutions de ma boîte crânienne. « Travis ! Cherche de l´adhésif et tous les câbles électriques que tu peux trouver, je reviens dans dix minutes ! Enfin non, je reviens vite !
- Okay, je vais te trouver ça. Mais fais vite putain ! »
Mon idée était la suivante, le réfectoire disposait d´un système de rangement de plateau par aimant. Tous les plateaux étaient amenés en plonge par un système de plaque aimantée, celle-ci poussée à son maximum pourrait empêcher le tampon de libérer les neutrons en le stoppant l´arrière de la bombe.
Rempli d´une insupportable sensation de fin du monde, j´entrais en fracas dans la plonge, trébuchant sur un cadavre sans tête lors de ma course. Les murs étaient humides et ternes, les seules couleurs qui venaient s´y poser étaient celles du sang. Les ustensiles de cuisines étaient éparpillés au sol et flirtaient avec l´hémoglobine des défunts soldats. Je saisis une hache de secours accrochée au mur et commençai à détruire les câbles qui retenaient l´aimant au plafond. Il se détacha violemment et atterrit sur mon pied. Je retins un cri de douleur et descendis de l´évier sur lequel j´étais monté pour récupérer le précieux objet avant de me précipiter dans le réfectoire.
Travis s´y trouvait, un adhésif épais et gris dans la main droite et plusieurs longues rallonges électriques dans la main gauche. Tel le divin Atlas, je portais l´énorme aimant sur mon dos. Mon compagnon se précipita à mes côtés pour accompagner ma longue et éprouvante marche. Nous arrivâmes près la bombe et nous y déposâmes l´aimant. Travis se lança alors dans une série de questions : « C´est quoi ?
- C´est l´aimant rangeant les plateaux repas.
- Bonne idée.
- Je sais.
- Ça suffira pour retenir le tampon ?
- Non, mais le générateur autonome additionné au courant électrique fournit par les câbles suffira peut-être.
- ´Peut-être´ ?! Fit-il en laissant son visage passer au blanc.
- C´est ça ou rien...
- Okay... »
Je commençais à relier les câbles aux bornes électriques du générateur de l´aimant pendant qu´il les y fixait grâce le solide adhésif. « On a fini ?
- Je crois, mais il faut se grouiller maintenant ! » Fit-il en montrant le compte à rebours qui affichait trois minutes.
En sursaut, je saisis l´aimant avant de le pointer sur l´arrière de la bombe. Nous croisâmes, peut-être pour la dernière fois, nos regards remplis d´incertitude. Je posais mon doigt sur la touche d´activation manuelle de l´aimant. Travis cria soudain : « Corn´ non !
- Que... Quoi ?!
- Le champ magnétique, il va dérégler les capteurs de la bombe !
- Mais le tampon sera retenu, on a rien à craindre !
- Tu parles ! Soyons réalistes, l´aimant est sur-alimenté, ce n´est qu´une question de minutes avant que le générateur ne grille !
- Mais... Je... C´est fini... Murmurai-je en voyant le compte à rebours afficher sa dernière minute. »
Travis posa sa main sur sa bouche, les yeux remplis de larmes : nous allions mourir. Il commença à détacher sa main de ses lèvres. Il cria alors à nouveau en me sortant de l´océan de remords dans lequel j´étais plongé : « Les capteurs, on peut les désactiver !
- Quoi ?!
- Oui, regarde, il y a des touches sur chacun d´eux.
- Appuie sur toutes ces touches, en même temps ! Vite ! »
Je jetai une oeillade sur le cadran, celui-ci affichait quatre secondes, dans le même instant Travis désactiva les capteurs. J´activai l´aimant dans une des bribes temporelles qui suivait, toutes les lampes de la cantine se mirent à osciller entre obscurité et lumière intense.
Entre deux éclats électriques, Travis croisa mon regard et lâcha un souffle de soulagement. Le cadran stagnait maintenant à zéro secondes, mais cela n´avait pas d´importance, le tampon était bloqué. Nous avions évité une déflagration meurtrière sur la totalité de Fox Hound.
Nous étions heureux et soulagés, mais le générateur de l´aimant était déjà brulant.
Locke ! Fais vite !