Bon, puisque que le nombre de balles reçues par Cornellius dans le ventre ne semblait être pas au goût de tout le monde; j´ai decidé de réduire le nombre de balles à une seule dans le bras.
Sur ce, bonne lecture les amis.
Recrue Cornellius
The Traitor in the night Flames
Une heure que nous errions sans but clair, guidés par l´enthousiasme de la réussite de notre première opération. Le moral chutait graduellement à chaque mètre parcouru, je subissais les regards de réprimande de chaque recrue. Mon statut de chef temporel s´émiettait doucement mais sûrement. Notre longue marche avait abouti dans un petit bosquet près d´une cour. Le vent froid faisait trembler les feuilles d´érable, une odeur de bois et d´été pouvait être sentie au travers du bosquet entier. Le sol était jonché de feuilles mortes qui virevoltaient au rythme du mistral estival, des rochers froids et humides étaient posés sur l´herbe encore mouillée par la rosée du matin. Un calme saisissant avait fasciné l´ensemble des recrues pendant une dizaine de minutes, l´endroit semblait idéal pour une pause qui devenait plus que nécessaire. Je pris place sur un rocher, Anna se plaça à ma gauche sur un parterre de fleurs et les autres recrues s´assirent sur l´herbe un peu partout dans le bosquet. Je discernais Travis, s´essuyant le front dans un souffle, assis sur l´herbe. Je le fixai, il semblait très bien prendre la situation, du moins, je le pensais « Cornellius dis moi, fit-il dans un souffle, où on est censés aller maintenant ? C´est pas que je m´inquiète mais...
-Pour l´instant repose-toi, quand tout le monde aura épongé ses larmes et comblé ses blessures on pourra repartir.
-Et où ça ?
-Probablement à la mort, fis-je en riant
-Ton humour est plus sombre qu´un puits sans fond tu sais.
-On est au Cercle des Poètes Disparus ou quoi ?
-Oui, c´est ça, dit-il la voix rieuse, mais plus sérieusement Corn´, où est-ce que l´on va ?
-T´as vraiment besoin de moi pour décider ?
-Non, mais je voulais connaître ton avis.
-Et ton avis à toi c´est quoi ?
-Qu´on devrait se débrouiller pour retrouver le Capitaine Lockheed avant de se faire découper en morceaux.
-C´est d´accord chef, lui lançai-je dans un rire »
Entre cris plaintifs et douleurs aux jambes Anna me saisit le bras avec douceur en remontant la manche pour prendre compte de l´état de ma blessure. Je la regardais, ses cheveux formaient une cascade capillaire étincelante, ses yeux étaient d´un bleu océanique dans lequel n´importe quel homme rêverait de tomber, elle était vraiment parfaite, physiquement parlant. « Elle est infectée...
-Ah, d´accord, répondis-je avec détachement
-Ça n´est pas une simple écorchure, tu pourrais facilement en mourir dans l´heure si jamais je ne la soigne pas...
-Et si je meurs ?
-Ça n´est pas le moment.
-Comment ça ?
-Ça n´est pas le moment c´est tout, disait-elle tout bas en achevant un bandage autour de mon bras
-Tu as les mains douces tu sais...
-Merci...
-Et tes yeux ils sont d´un azur surprenant.
-Oui merci je sais...
-Et ta bouche est aussi pulpeuse qu´un fruit sauvage. »
Anna ne répondit pas et me fixa haineusement, exactement comme si je venais de bafouer sa dignité, ou quelque chose dans le même goût.
« Tu n´es vraiment qu´un déchet Cornellius, trois personnes sont mortes il y a un peu moins de deux heures et toi tu me dragues, là, entre deux arbres, dans une base remplie de soldats qui rêveraient de nous tirer une balle entre les deux yeux.
-Je ne te draguais pas je...
-Tu ? »
J´arrachai mon bras de son emprise en lâchant une injure, je rabaissai ma manche et lançai un regard au reste de l´équipe. Le silence avait écrasé les plaintes et les cris et maintenant le vent était seul maître sonore. Seule perturbatrice au silence total était une jeune femme rousse aux dents saillantes et au comportement pédant, elle se nommait Elen, la mastication continuelle de son chewing-gum empêchait quiconque d´user de son réseau neuronal. Anna semblait particulièrement agacée par la jeune fille et le manifestait en se mordant la lèvre supérieure tout en faisant tourner à une vitesse étonnante un coutelas autour de ses doigts. Impressionné par la colère qui l´avait gagné, j´allais entamer une phrase pour tenter d´éviter une éventuelle altercation, mais la concernée me fit signe de me taire. Elle rompit la mastication de Elen en s´y adressant, poliment pour commencer : « Crache ce chewing-gum s´il-te-plaît...
-Ça me ferait mal.
-T´as intérêt à le cracher.
-Va te faire foutre !
-Hé bien quelle délicatesse, fit Travis ironiquement couché sur l´herbe, regardant le ciel
-Ta gueule Travis ! Rétorqua Anna » L´assistance éclata d´un rire déployé, ce n´était pas le cas de Anna qui regardait, le poing fermé sur son arme, la jeune fille mâcher son chewing-gum. Un bruit violent venant d´on ne sait d´où rétablit un silence anxieux « Le RAY... Prononça tout bas Anna
-Le quoi ?
-Quand est-ce que tu vas arrêter de te mêler de ce qui ne te regarde pas Cornellius !
-C´est quoi ton problème à la fin ?! criai-je en me levant » Je recevais des gestes réprobateurs qui m´ordonnaient de faire silence. Malgré tout Anna continua à me parler « Je n´en ai pas, une idiote parasite ma tranquillité voilà tout !
-Bordel mais je ne fais que mâcher un chewing-gum, c´est toi qui ne tourne pas rond !
-Que dirais-tu de finir en rondelles ? Chuchota Anna à elle même». Anna se leva, plaça son coutelas entre ses dents et se mit à rire nerveusement en craquant ses mains devant son torse comme pour annoncer une attaque. Je lui saisis l´épaule en essayant de la contrôler mais elle m´envoya percuter un arbre cinq mètres plus loin d´un coup de pied surpuissant. Ce coup, il ne venait pas d´une recrue de vingt-trois ans, mais d´un soldat enragé, prêt à en découdre jusqu´à ce que la faucheuse prenne le relais. Les yeux entrouverts et ensanglantés j´apercevais l´impossible en train de se produire. Dans l´obscurité nocturne, le vent secouant ses cheveux, Anna retira le coutelas d´entre ses dents, le saisit fermement et l´envoya avec une précision surhumaine transpercer l´oesophage de la jeune fille rousse. Celle-ci se tint la gorge en suffoquant avant de s´écrouler avec un bruit sourd sur le sol humide du bosquet. Quelques-uns de ses amis, en larmes, se précipitaient vers son corps. « Elle est finie, la zone d´impact est stratégique, n´essayez même pas de l´aider ! » avertissait Anna en riant.
Le vent emportait les feuilles mortes qui s´envolaient devant nos yeux, tels des oiseaux vers le firmament étoilé. L´odeur était celle de la haine et de la mort. Au milieu de ce spectacle macabre, le monstre, la tueuse se tenait debout, souriante, regardant avec satisfaction le cadavre d´Elen. Elle, la morte, tremblait encore au sol et ponctuait le silence consternant qu´avait installé l´évènement par les chocs nerveux de ses jambes tapant l´herbe humide du bosquet et la mousse d´un arbre. Travis, après une bonne trentaine de secondes d´immobilité silencieuse s´adressa à la meurtrière « Je... Tu... Mais, tu l´as... Tu l´as tuée bordel de merde ! Tu t´en rends compte ?!
-Oh oui, je m´en rends bien compte, c´est tout ce qu´elle méritait, cette garce.
-T´es qu´une tarée Anna ! Criai-je en me levant les poings serrés
-Non, je ne suis pas folle, vous me connaissez mal voilà tout.
-´Te connaître mal ?´ réveille toi bon sang ! C´est pas comme si tu venais de nous avouer que tu n´aimais pas le pop-corn ! Tu as tué quelqu´un, quelqu´un d´innocent !
-Personne ne peut se targuer de mériter de continuer à vivre, c´est seulement en tuant qu´on peut le prouver.
-C´est incroyable, dire que je me suis entraîné à tes côtés pendant plusieurs semaines, aux côtés d´un monstre !» . Au moment même où Travis achevait sa phrase une recrue l´agrippait pour la plaquer au sol en la menaçant d´un canif. « Tu crois que ta lame ridicule me fait peur ?
-Qui es-tu vraiment bordel ?! S´offusqua Melt, la recrue
-Ça tu ne dois pas t´en soucier pour l´instant, la question est plutôt ´Comment vas-tu te sortir de la situation dans laquelle tu t´es fourré ?´ .
-Laisse moi rire, tu inverses les rôles Anna !
-Alors ? Tu réponds ?
-En un seul morceau !
-Faux »
Le sol trembla soudain de manière impressionnante, plusieurs bruits de détonations retentirent. La cour, située à une trentaine de mètres était maintenant en flammes. Melt lâcha alors son emprise, Anna fit alors preuve d´une agilité effrayante. Elle prit appui sur ses mains, leva ses jambes du sol et assena un violent coup de pied à la tête de Melt. Il vola un instant dans les airs et chuta lourdement sur le dos. Anna sauta alors, de la seule force de ses bras, à deux mètres de haut puis lança un couteau dans la tête de Melt, pour finalement atterrir sur un rocher du bosquet.
Un déchaînement général ayant pour cible la tueuse s´amorça alors. Sans aucune stratégie cinq recrues se lancèrent avec rage sur Anna. D´un seul geste elle en égorgea trois dans leur course, qui tombèrent en criant de douleur et de haine. Un quatrième tenta de lui assener un coup de poing de sa main droite, elle saisit celle-ci en la déboîtant avant de l´amputer en une fraction de seconde grâce à une lame sortie de sa manche. Elle plaça ensuite un couteau entre chacune de ses phalanges griffa le visage de sa pauvre victime qui criait encore en se tenant le poignet. Pour finalement, grâce aux lames, transpercer son corps d´un coup de poing mortel et fatidique. Elle utilisa sa lourde victime en projectile sur la dernière recrue qui, rendue impuissante, fut décapitée par une lame lancée par Anna.
Un véritable massacre prenait place devant Travis et moi, les corps, du moins ce qu´il en restait, jonchaient le sol en baignant dans le sang qui arrivait maintenant à nos pieds. Anna maîtrisait les lames d´une perfection presque fascinante. Néanmoins beaucoup de choses me laissaient maintenant entendre que Anna n´était pas vraiment Anna. Elle contempla les corps avec un sourire maternel dérangeant en se félicitant elle même. On pouvait l´entendre dire que « l´angle est parfait », ou bien que « la trajectoire est excellente ».
Après quelques secondes d´inattention, elle nous fixa à nouveau d´un regard glacial cette fois-ci. Entre deux clignements de paupière je la vis sortir une dague en entamant une course vers Travis. Celui-ci eut à peine le temps de rouler au sol pour éviter la charge de Anna qui fit un saut perilleux arrière pour plaquer Travis au sol. Anna amorça un mouvement pour le tuer mais il eut le réflexe de saisir une bûche de bois dans laquelle la dague, la bûche le protégeant, vint transpercer. La pression que Anna exerçait sur la bûche était grandissante, Travis n´allait pas tarder à lâcher sa garde et du même coup sa chance de survie. J´ôtais le coutelas de la gorge de Elen et je courais le planter dans le dos de Anna, l´assaillante se stoppa soudainement en lâchant la dague et une gerbe de sang. « Vous avez de la chance... Je pourrais facilement te tuer Cornellius
-Je t´en prie, fis-je agressivement en pointant mon arme en sa direction »
Doucement, elle commença à se tourner, les yeux entrouverts et remplis de rancune. Face aux flammes qui dévoraient la cour, elle se mit à avancer d´un marche titubante et tremblante. « Il faut la tuer maintenant, cria Travis
-A mon avis l´approcher serait une des dernières choses que tu ferais.
-Par ´découper en morceaux´ je n´imaginais pas ça, fit-il dans un rire de désespoir» Il se tut et regarda Anna s´éloigner dans les flammes sous le vent et la lumière bleutée de la lune. J´étais empli de la certitude que j´allais la revoir, je regardais ma main droite, elle tenait son arme. Cette arme, je te la réserve Anna, c´est toi qu´elle transpercera.
PS : Merci à Ripple et à sa relecture utile qui m´ont évité un saut de sept mètres et vingt couteaux dans la tête. 