Maria
Naked ne se doutait de rien quant à moi. Il me fallait le trouver néanmoins, avec Ocelot si possible. Je m’étais glissée dans la salle de contrôle prise par les Patriotes, l’uniforme complet en ma possession. Les écrans affichaient soit des morts, des combats ou des couloirs vides. Je les cherchais tous deux du regard, l’on ne pouvait pas voir mon visage dissimulé derrière un de leurs masques futuristes. Un masque par-dessus l’autre masque, comme si je ne me cachais pas encore assez bien. Un appel sonna, le seul soldat présent dans la salle m’ordonna de décrocher, ce que je fis après l’avoir abattu. Il ne devait pas entendre ma voix.
- Ici Ocelot, le troisième escalier dans l’aile Est. Je cherche le Colonel Naked Snake, il ne doit pas être bien loin. Indique-moi ses déplacements le plus précisément possible. C’est un ordre.
- Je vous vois tous deux. répondis-je en plissant les yeux devant Naked, plaqué contre un mur délabré.
- Une femme ? Questionna-t-il de sa voix rauque. Décline ton identité !
- C’est Maria. Lui dis-je sans broncher.
- Hmpf, toujours en cavale…Je suppose que je ne peux pas compter sur toi.
- Avance et prends à droite. Ensuite tu continues tout droit et prends la deuxième à gauche.
Il se mit à courir en suivant mes indications.
- Naked s’est injecté le vaccin, tu ferais bien de le capturer pour savoir où est Naomi et d’autres infos qui te feront avoir la reconnaissance de tes supérieurs, l‘infirmerie regorge d‘instruments spéciaux dont tu rêverais et la zone est sécurisée.
- Alors il se l’est injecté, je ne savais pas s’il la cherchait toujours… Tu ne mens pas j’espère ?
- Je t’aide. En échange tu n’auras qu’à dire que je suis morte aux Patriotes et ne révèle en rien ma vraie identité.
Il arriva à destination.
- T’es sûr qu’il est ici ?
- Assurément, je l’ai vu sur les écrans de contrôle.
- Appelle l’unité, j’aurai moins de mal avec eux.
- Bien reçu.
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Colonel Naked Snake
- Reviens chien de Fox-Hound !
Le vieux descendait comme un fauve, moi, j’étais déjà en bas. Mes pupilles se dilataient plus ou moins, cela dépendait de la direction dans laquelle je regardais. A gauche ? A droite ? Aucune importance, lui se trouvait en territoire inconnu. Le son régulier de ses pas me fit prendre rapidement ma décision, je partis vers le nord avec, pour objectif, la salle informatique. Arrivé au bout du couloir, je me plaquai contre celui-ci et jetai un regard prompt pour voir ce qu’il en était du vieux. Durant les quelques secondes où ma seule moitié du visage fut à découvert, je pus le voir, les jambes écartées, l’index sur la gâchette et la paume de son autre main de façon à éviter le gaz d’échappement du barillet, attendre ce signe que je venais de commettre maladroitement. Il tira et je réagis aussitôt, décalant ma tête à l’abri, mais il en fut de peu pour que le ricochet qui suivit ne m’atteigne. Je soufflai et poursuivis mon chemin.
- M’y voilà…
La fourmilière cybernétique de Fox-Hound s’offrait à moi. En désordre et partiellement endommagée. Les innombrables feuilles fraîchements sorties des imprimantes il y avait quelques heures à peine tapissaient maintenant le sol. Le café de chacun membres se déversait dans les moniteurs, mêlé au sang sec et craquelé qui se distinguait par une odeur nauséabonde. Certaines vitres, donnant l’air d’une salle plus bleutée qu’à l’accoutumée, séparaient encore les différents bureaux malgré leur état : fissurées ou brisées, parfois. Les néons clignotaient et les lampes grinçaient en tanguant d’un perpétuel mouvement. Les écrans marchaient toujours, affichant un niveau d’alerte maximal, amplifié par un son pénible et continuel.
Je courus immédiatement me cacher le plus loin possible. Ocelot arriva en hâte dans la pièce avec une radio à l’oreille.
- T’es sûr qu’il est ici ? Murmura-t-il, scrutant la pièce de part et d’autre.
- Assurément, je l’ai vu sur les écrans de contrôle.
- Appelle l’unité, j’aurai moins de mal avec eux.
- Bien reçu.
Il lâcha apparemment son seul moyen de communication, histoire de ne pas s’encombrer. Il avança tout en dégainant un de ses SAA et plongea sa main dans sa veste au dos de sa ceinture, prêt à s’armer du deuxième. Assis dans mon coin, je pouvais le voir grâce au reflet d’un carreau, lui donnant un aspect déformé, des vagues sur tout le long du corps.
- Quand le Serpent va-t-il enfin se décider à sortir de son trou ?
- Donne-moi une arme, et alors peut-être qu’il ira se farcir un ocelot.
Aussitôt, avec un temps de réaction minuscule, il se tourna dans ma direction et laissa s’échapper une de ses six balles restantes, elle entra en collision avec le mur devant moi et atterrit entre mes côtes et mon bras.
- Loupé de peu, pas loin du cœur en plus. T’aurais pu me tuer et perdre toute ta crédibilité au sein des Patriotes…
- Ne t’inquiète pas, j’ai bientôt 70 ans de métier mouhaha !
Je me déplaçai accroupi sans qu’il ne puisse me voir derrière un des supers-ordinateurs qui me dissimulait parfaitement.
- Je ne sais pas où est Naomi. Fis-je, tout en étant sérieux.
- Oh rassure-toi après quelques décharges électriques dans le corps tu sauras…
- Tu es bien trop sûr de toi. Répondis-je en portant mon regard sur un corps inerte muni d’un M4, à quelques pas.
- Au moment même où je parle ton ami doit bien s’emmerder, recroquevillé dans sa cage pour clébar au fin fond d’une de tes cellules. On verra si tu joueras le malin quand il sera en face de toi !
Sans m’attarder une seule seconde de plus, je sautai sur l’arme tant convoitée, fis une roulade et me présentai entre l’encadrement d’une vitre totalement éclatée. Pendant ma course, il avait dégainé son dernier pistolet et pratiquement vidé un des chargeurs. Je tirai à mon tour une rafale et il voulut se réfugier à l‘abri. Chanceux, il vit mes messages de mort perforer le mur devant lui. Mine de rien, toujours en me tournant le dos, il fit feu, sans succès. Il lui restait deux balles dans chaque arme. Nous nous rabaissâmes pour un ultime moment de concentration. Soudain, il se leva et pointa ses canons dans deux directions opposées.
- Sinus, Cosinus…J’adore ça !
Le reste de ses munitions partit distinctement sur deux des quatre murs, rebondit, puis se croisa avant de toucher la cible, ou presque…
- Argh !
Une balle m’avait atteint à la jambe, me faisant grincer des dents pour limiter ma fâcheuse tendance à gémir. Le vieux fit tournoyer ses Colt, les lança en l’air et les rattrapa avec une maîtrise propre à lui-même, impossible à reproduire. Il alla chercher douze autres balles et les rentrait à une vitesse ahurissante. Sans lui laisser le temps de recharger, et en ignorant ma blessure handicapante mais largement surmontable , je le braquai habilement à la tête.
- Toujours autant de tension, ce plat est un délice que je savoure à chaque instant. Dit-il, le sourire de l’ange s’agrandissant toujours un peu plus.
Alors il se désarma de ses armes pour sortir un troisième colt que je n’avais pas pu deviner puis n’hésita pas à me désarmer moi en m’octroyant le droit d’avoir une arme, un combat à la loyale, tout ça à l‘aide d‘une seule balle. Il sentit cependant un souffle lui passer juste à côté de ses cheveux blancs formant une longue queue de cheval lui retombant sur le torse. Heureusement pour lui que j’avais, involontairement, dévié la trajectoire de mon tir. Ma mitraillette encore dans les airs, je la regardais, impuissant. Elle s’écrasa quelques mètres plus loin dans un bruit qui me fit serrer les paupières en signe de défaite. De défaite, pas tout à fait :
- Hmpf, plutôt maladroit. Commenta-t-il en reniflant la fumée de son revolver qui s’éclipsait dans l’ombre de la salle.
- Tu devrais faire attention où tu vises.
Il visait la tête. Or il ne devait absolument pas me tuer, même dans le pire des cas. C’était mon arme, même désarmé. Il se lamenta un très court moment et voulut trouer la peau de ma jambe intact en usant d’un ricochet. Seulement j’étais bien trop véloce et un combat au corps à corps s’engageait. Il ne pouvait en aucun cas rivaliser. Il tenta courageusement de me mettre au tapis avec un coup de poing mais j’esquivai tellement facilement que ça le déconcerta. J’en profitai alors pour saisir son bras, éjecter son arme et lui faire connaître les joies du saut périlleux. Il s’écrasa à terre dans une quinte de toux tandis que j’allais porter le coup de grâce, sans même penser à négocier quelques informations. Seulement je m’endormis… mais que diable avait-il préparé ? De quel stratagème venait-il de faire usage ? Quand je tournai la tête, je vis une escouade d’hommes, la fameuse unité dont il avait prémédité la venue. La fléchette dans mon cou finit son travail et je m’effondrai. Une chose était sûre, ce pantin avait plus d’un homme dans son sac.