Le dernier texte de cette grande épopée que fut Barcelone Wave... que d´émotions!
Caporal Lockheed
La mer était grande, belle, le soleil également. Bien que mes yeux effleuraient la surface illuminée de l´eau avec douleur, je ne pouvais m´empêcher de rester ainsi dans le sable fin, assis dans un décor qui était exempt de toute brutalité. Juste moi et l´air marin... J´aimais la mer, j´aimais sentir ce vent puissant, ce sable qui m´écorchait la peau, j´étais sûrement pêcheur dans une autre vie. Mais celle-ci était-elle à la hauteur de mes espérances? L´arrivée de Warren avait chamboulé tous mes idéaux. C´était la première fois qu´on se servait d´un enfant pour me manipuler, et je me sentais soudain tout petit. Être un soldat n´est pas chose facile, un espion encore moins... pourtant j´étais les deux, et toujours en vie. Beaucoup y avaient laissé leur vie, je pensais souvent à Owl et Flint, mais également toutes mes victimes qui étaient elles aussis des personnes douées d´humanité. Je commençais à comprendre, à changer, à tenter de me persuader que ce que je faisais était bien. L´IEM avait été extrêmement réduit grâce aux efforts de Pliskin, Ripple et mon unité. L´un des médecins m´avait rapporté que les instruments électroniques avait soudain perdu de puissance, mais que tout était reparti normalement après une dizaine de secondes. Pas de morts, pas d´immeubles détruits à cause de l´onde de choc, et surtout Barcelone, nouvelle capitale économique mondiale, avait encore tous ses appareils électroniques en parfait état.
Le matin même, les représentants des pays en guerre avaient signé un accord de paix, l´ONU était déjà en train de se reformer de manière encore plus unie. La guerre était officiellement finie, les poches de résistances devaient être en ce moment-même étouffées par les polices du monde entier. Saladin avait créé cette guerre pour tuer les Patriots, il l´avait fait, pourtant leur reconstruction était imminente. Tant de morts... tant de souffrances, tout cela pour rien. Je n´avais plus vraiment de haine pour lui en cet éphémère instant de bonheur maritime. Non, pas de haine, juste une incompréhension énorme, l´impression que cet homme n´était pas fou mais seulement incompris. Je me surpris à penser ainsi. Était-ce de la pitié, de l´admiration voire du fanatisme? Rien de tout ça, juste l´incompréhension qui persévérait en moi. Le soleil était encore un peu plus couché sur la mer, et celle-ci le était en train de l´avaler, créant aisni une large trace orange sur la mer bleutée. Quelques oiseaux voletaient au ras des vagues sans un bruit, comme dans un jeu d´ombres chinoises. Seul d´étranges bruits vinrent me sortir de ma mélancolie.
-Bonjour Bullet.
-Et moi qui pensais être discret, me répliqua Bullet en s´asseillant à côté de moi.
Je tournai légèrement la tête vers lui.
-Tu ne marches pas comme tout le monde, lui fis-je. Tu as cette manière solennelle de rester toujours comme sur la pointe des pieds.
-Je ne veux pas réveiller les morts, me dit-il avec un sourire.
-Comment m´as-tu retrouvé?
Bullet s´arrêta quelques instants, et se mit également à observer le soleil se couchant sur la cité économique.
-Je ne sais pas... en fait je suis venu ici de mon plein gré.
-Notre rencontre est donc un hasard?
-Oui...
-Le hasard a donc sa place quelque part. Je crois que je ne parle pas au Bullet habituel, lui lançai-je gentiment.
-Dans le monde de la manipulation, du meurtre et des conspirations le hasard est obsolète... Mais dans celui du soleil couchant, des fleurs qui éclosent au printemps et du sable encore tiède entre nos doigts... le hasard est alors une chose merveilleuse.
Il se tut, moi également. Cette mission avait été éprouvante pour chacun, il était peut-être temps de faire le point.
-Donc l´ex-Patriot avait tout prévu depuis le début, fis-je à l´adresse de Bullet.
-On dirait bien... depuis sa fuite, en passant par l´incident de Nuremberg, le colis envoyé à Zurich et l´étrange code, tout était prévu... Sa seule erreur était sa famille.
-On ne sait pas non plus pourquoi il a quitté le Comité du jour au lendemain, répliquai-je.
-Crise de conscience. C´est possible, même quand on est l´une des plus puissantes personnes sur terre.
Il rit. Bullet riait.
-A propos, dit-il en fouillant dans sa poche, j´ai découvert quelque chose d´intéressant.
Je tournai mon regard du soleil désormais presque totalement enfui dans l´onde pour observer le bout de papier que tenait Bullet.
-Un billet de cinq dollars, et alors?
-Je l´ai trouvé quand on cherchait celui de cent... au beau milieu de la masse de billets de mille.
-Je ne comprends pas...
Il me tendit le billet, je le pris délicatement entre mes doigts et commençai à l´observer. Je ne vis d´abord rien, mais finis par remarquer quelque chose d´anormal. Il y avait comme de petites cases brillantes dans un coin.
-Qu´est-ce que c´est?
-Je ne sais pas. Vraiment pas. On dirait du micro-film.
Je levai le billet vers les derniers rayons de soleil. On y voyait comme quelques mots que la lumière filtrait: "R.S. 20.155".
-Une autre énigme? demanda Bullet en observant le message.
-Je ne sais pas, dis-je en le fourrant dans la poche de ma veste. On verra plus tard... pour l´instant j´ai envie de profiter des derniers rayons de soleil. Warren est sauf, tout le monde est encore en vie...
-...et Ocelot et Sean courent toujours, finit Bullet. On connait encore peu sur leurs réelles intentions. Pliskin semble en savoir un peu plus.
-Je ne sais pas que croire... Pliskin vient de la CIA, qui elle-même est sous le contrôle des Patriots.
-Un agent double?
-Possible... mais ça m´étonnerais. Je crois que lui aussi ne sait pas vraiment ce qu´il veut.
-C´est également mon avis, murmura Bullet.
Encore une fois, aucun des deux ne fit mot, profitant quelques instants de l´air marin avant de continuer sur un autre sujet.
-Qu´est-ce que ça te fais de penser que cette guerre est finie? finit par me demander mon coéquipier.
-Ca me fait peur. Le monde avance trop vite. J´ai l´impression d´être déjà dépassé.
-Et le fait d´avoir aidé le monde a avancer plus vite économiquement en empêchant le serveur de lancer son IEM?
-Tu me ferais presque regretter de l´avoir fait!
-Les amis sont là pour ça...
-Pour le réconfort?
-Non, pour profiter de cet espèce d´humour à demi cynique dont toi seul a le secret!
J´éclaitai d´un rire que je ne pus retenir, Bullet se contenta de sourire aimablement. Le soleil était désormais couché, et demain se lèverait un jour nouveau. La marée était en route, et, assis dans le nous.
Mission Accomplie.
Pour le billet, la suite se situe dans mes Chroniques ne vous en faites pas! 