Je sens qu´il va être lui aussi annulé...
Agent Pliskin,
- Tu n´as pas l´air choqué à ce que je vois... pas le moins du monde.
En vérité si, je l´étais. Apprendre la vérité de manière si brutale me faisait si mal que je ne pouvais pas l´exprimer. Je me contentai de faire semblant de ne pas être touché.
- Tu parles coréen, Hornet ? fit Ripple tout doucement, à peine ce dernier avait-il raccroché.
- Hein ? Qu... quoi ?
- On ne t´a jamais appris à tenir ta langue ?
- Qu´est ce qu´il y a, Stan ? demandai-je, ne comprenant pas.
- Rien, rien...
Je voyais dans le rétroviseur Hornet, la mine assez nerveuse. Il essayait de reprendre son calme, mais les propos de Ripple l´avaient énormément surpris.
- Qu´est ce qu´on fait maintenant ?
Je disais cela ne sachant pas où aller... rejoindre l´hôpital ou suivre Stan là où le patriot l´avait conduit.
Mais avant qu´il ait pu répondre, mon téléphone personnel sonna...
- Hein ? Tu n´éteins pas ton portable en mission ?
- Euh ben... hum, j´ai pas de codec...
J´ouvris le clapet et mis le portable à l´oreille en le maintenant avec l´épaule.
- Allô, oui ?
- Alors mon vieux ? Tu t´en sors bien ?
- Walter ! T´es malade ! Je suis en mission...
- Ah oui je sais. Je suis justement moi aussi à Barcelone et...
- What ? Qu´est ce tu fous là ?
- Vacances, mon ami... vacances.
- Mais tu es fou ! Pourquoi tu m´appelles maintenant ?
- Rien... euh c´est juste que je me suis fait... hum kidnappé.
- Quoi ??
- Oui kidnappé, et mes ravisseurs voudraient te dire deux mots...
- ...
- Fais ce que tu dois faire, et nous relâcherons ton ami et la fille, fit une voix rauque que je ne reconnaissais pas.
- La fille ? Quelle fille ?
Deux secondes plus tard, le temps qu´il a fallu au ravisseur pour passer le combiné à la fille en question, une voix que je reconnaissais très bien s´éleva, en colère, apeurée et très nerveuse, et faillit me faire dévier de la route :
- La fille que tu viens tout juste de plaquer, crétin ! Coureur de jupons !
Je l´entendais gémir, la peur dans sa voix. Elle avait du rassembler beaucoup de courage pour dire ce qu´elle avait à dire, sachant que son kidnappeur la menaçait avec une arme.
Sarah était une analyste, elle n´avait aucune expérience du terrain. Ce qu´elle devait vivre en cet instant devait être traumatisant pour elle, voir pire. Walter, lui par contre, était habitué aux armes et aux méchants cagoulés. On avait même du une fois résoudre l´énigme du braquage parfait, pas si parfait que ça finalement. Ces gens là, dès qu´ils réussissent un braquage de banque célèbre se mettent dans la tête qu´ils sont des héros et que personne n´arrivera jamais à les coincer. Ce qui est parfaitement débile ; quand on a l´avantage de la surprise, l´étonnant serait d´échouer, pas le contraire. Leur trop grande confiance en eux, favorisée par le boom médiatique qui s´en suit, fait qu´ils réussissent deux trois aux autre coups semblables... Tout cela suffit pour propulser ces cagoulés sans aucune autre ambition que l´argent dans les rangs tant convoités deux ceux qui ont accomplis un braquage parfait... pour une courte durée bien sûr. Suffit que les services secrets (pas tant que ça finalement) s´en mêlent pour que ces petits prétentieux finissent leur jour derrière les barreaux.
Ripple, à ce moment là, lisait la une du «New York Times» consacrée entièrement à un dénommé «F». Il avait été secoué par le coup de frein et me regardait les yeux grands ouverts.
- Sarah ? Qu´est ce qu´ils t´ont fait ?
- On ne lui a rien fait, s´éleva cette même voix rauque. Tant que vous nous obéissez, toi et ton ami, il ne lui arrivera rien.
- Mais qui êtes vous bon sang ?
- Tu sais très bien qui nous sommes, agent Pliskin.
- Ne...
Je ne pus continuer ce qui devait être une menace... il avait brusquement raccroché.
- Rhhhaaaa, criai-je sur les nerfs en tapant des mains le volant.
- Calme toi ! Qu´est ce qui se passe ?
Stan me fixait avec des yeux rassurants, cherchant à comprendre ce qui m´arrive.
- Du chantage ! Voilà ce qui m´arrive !
- ...
Il avait soudain compris et s´était redressé sur son siège comme si ce que je venais de lui annoncer ne l´étonnait pas du tout. Je le regardai, surpris par sa réaction.
- Ils ont fait la même chose avec moi et tu le sais.
- ...
Je venais de réaliser que Ripple, lui aussi, était comme moi tenu par des mains de fer. Il n´avait pas le choix : obéir et réaliser le plan des patriots.
- Ils ont kidnappé deux de mes amis...
- Qui ça ? demanda soudain Hornet.
- Peu importe...
Hornet n´insista pas et je lui en étais reconnaissant. Informer l´équipe de Lockheed de la situation n´était pas une très bonne idée. Ils ne comprendraient sûrement pas...
- Caporal !
- Pliskin, content que tu sois en un seul morceau ! fit Lockheed dès que j´entrai dans la pièce.
- Oui,... malheureusement, ce n´est pas le cas du pauvre Hornet...
- Où est-il en ce moment ?
- Chambre 105...
- J´y vais. Reste avec Falcon, tu es toujours responsable du petit.
- Bien sur, entendu.
Lockheed était sérieusement amoché, des traces de blessure et l´état de ses vêtements le prouvaient.
- Qu´est ce qui t´arrive, Pliskin ? Tu laisses tomber tes lunettes au profit d´une arme blanche toute moche ?
C´était Falcon, apparemment la bataille ne l´avait pas épargnée non plus, par contre son sens de l´ironie et de la moquerie avait survécu lui.
- Tu remontes le temps ? Je vois pas en quoi un poignard t´aiderait à surmonter nos problèmes..., fit-elle en sachant très bien que je saisirai ce qu´elle sous-entendait par «problèmes».
- Détrompe toi. Cette dague m´a sauvé la vie....
- On m´a raconté que t´avais accompli des miracles tout à l´heure... je n´aurai jamais pensé qu´un poignard tout moche t´y aurait aidé...
- Ouais, non en fait c´était un bazooka...
- Ah tout s´explique alors... pauvres ninjas...
Il n´y a que l´ironie qui puisse venir à bout d´elle même... ça, on me l´a toujours appris : «combattre le feu par le feu».
- Je t´ai toujours pas demandé... pourquoi tu nous as laissé ...
- Je ne vous ai pas laissé tomber, figure toi.
- Ah ouais ? Parce que prendre l´arme de quelqu´un qui se fait attaquer dix minutes plus tard par un régiment et donc le laisser sans défense ne s´appelle pas «laisser tomber» ?
Elle s´approcha de moi, laissant Warren tout seul sur le lit, de sa démarche particulière.
- Tu ne me crois pas ?
Elle disait cela d´une voix imposante, où le deuxième degré était totalement absent. Elle ne rigolait plus...
- Hum... attends que je réfléchisse... NON !
Elle me regardait dans les yeux, comme pour voir celui qui les baisserait en premier et s´inclinerait devant l´autre.
- Et d´ailleurs, je voudrai bien savoir comment tu as réussi à berner le pauvre Hornet...
- Hum... je sais être des fois... convaincante.
Son regard laissait place au sourire forcé.
- Eh ben, ça ne marche pas avec moi, dis je pas du tout convaincu que ce soit vraiment le cas.
Un moment, je crus qu´elle allait avancer et s´approcher encore plus. Mais je me trompais... Elle regarda derrière elle, comme pour vérifier que le petit était bien là, puis renonça à son projet. Elle sortit sans rien dire.
Je rejoignis Warren assis sur son lit et m´allongeai en oubliant que je n´étais pas chez moi. Le choc le fit sursauter...
- Excuse moi.
- Pas grave... vous étiez où tout à l´heure ?
- Euh, pardonne moi mais je préfère ne pas te le dire.
- Pourquoi ? Encore un truc top secret ?
- Si on veut...
- Vous avez vu mon père ? Il va bien ?
- ...
Je n´avais pas le courage de le lui dire. Ce garçon venait de perdre sa mère hier, et voilà que c´était le tour de son père maintenant... Lui imposer un tel supplice était au dessus de mes forces...
Il me regardait toujours, avec son visage implorant.
- Alors ? Il va bien ?
- Oui... très bien, dis-je avec un sourire hypocrite.
Je le voyais respirer, la nouvelle l´avait apparemment soulager. «La prochaine que tu te mets à mentir, Pliskin, je te coupe la langue !» pensai-je dégoutté par mon mensonge.
- Pourquoi vous vous allongez ? Je croyais que vous étiez en mission...
- ...
J´avais complètement oublié que le temps nous était compté... Je me levai précipitamment en direction de la porte...
- Attends ! fit Warren.
- Oui ?
- Vos lunettes !
- Hein ? Je croyais les avoir perdu... Comment ça se fait que tu les as sur toi ?
- Euh...
- Bon... pas grave, on oublie. 