Victor HUGO (1802-1885)
(Recueil : Les contemplations)
A la mère de l´enfant mort
Oh! vous aurez trop dit au pauvre petit ange
Qu´il est d´autres anges là-haut,
Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n´y change,
Qu´il est doux d´y rentrer bientôt;
Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,
Une tente aux riches couleurs,
Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres,
Et d´étoiles qui sont des fleurs;
Que c´est un lieu joyeux plus qu´on ne saurait dire,
Où toujours, se laissant charmer,
On a les chérubins pour jouer et pour rire,
Et le bon Dieu pour nous aimer;
Qu´il est doux d´être un coeur qui brûle comme un cierge,
Et de vivre, en toute saison,
Près de l´enfant Jésus et de la sainte Vierge
Dans une si belle maison!
Et puis vous n´aurez pas assez dit, pauvre mère,
A ce fils si frêle et si doux,
Que vous étiez à lui dans cette vie amère,
Mais aussi qu´il était à vous;
Que, tant qu´on est petit, la mère sur nous veille,
Mais que plus tard on la défend;
Et qu´elle aura besoin, quand elle sera vieille,
D´un homme qui soit son enfant;
Vous n´aurez point assez dit à cette jeune âme
Que Dieu veut qu´on reste ici-bas,
La femme guidant l´homme et l´homme aidant la femme,
Pour les douleurs et les combats ;
Si bien qu´un jour, ô deuil ! irréparable perte !
Le doux être s´en est allé !. .. -
Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte,
Que votre oiseau s´est envolé !