Quand je suis triste, j´écris, pour me soulager.
Il y a quelques mois, quand j´ai déménagé, j´ai écris ça. Je ne suis pas souvent triste, ou mélancolique, mais quand ça m´arrive, j´évacue mes peines par l´écriture.
Ton regard me manque.
Tes sourires me manquent.
Ton corps me manque.
Ta façon d’aimer me manque.
Toi tout entier me manque.
Je dépéris sans toi.
Pourquoi m’as tu abandonnée ?
Je n’étais pas assez bien pour toi ?
L’amour que je te vouais n’était pas suffisant ?
Je ne suis plus qu’un corps désarticulé.
Mon âme est elle aussi disloquée.
Je fume, je bois, je m’isole.
Je ne sais plus comment rire.
Ma bouche est figée à jamais dans un rictus misérable.
Je me noie dans le travail, pour tenter de t’oublier.
Je cherche à revivre.
Je cherche la recette du bonheur.
En vain.
J’ai tellement rêvé d’une idylle immortelle entre toi et moi.
Je veux concevoir à nouveau des rêves.
J’ai oublié comment faire.
L’étincelle qui a toujours animé mon regard s’est évanouie.
Pourquoi m’as tu abandonnée ?
Je n’étais pas assez bien pour toi ?
Qu’est ce que Sophie a de plus que moi ?
Es tu tombé amoureux de ses mimiques séductrices ?
Es tu assez futile pour l’aimer ?
Ce jour où tu m’as annoncée que tu me quittais à jamais.
Ce jour où mon cœur s’est brisé en mille morceaux.
Ce jour là, c’était mon anniversaire.
Ce jour là, je voulais me fiancer à toi.
Ce jour là, j’avais acheté nos bagues de fiançailles.
Ce jour là, j’avais prévenu toute ma famille.
Ce jour là, je suis morte.
Pourquoi m’as tu abandonnée ?
Cette question me hante.
Je n’ai pas de réponse.
Je n’en aurai jamais.
Je n’en peux plus.
Le feu ardent de la vie s’est éteint en moi.
A quoi bon vivre pour respirer ?
A quoi bon vivre pour attendre ton retour ?
Je désespère d’aimer à nouveau un jour.
Je me suis mise à la drogue.
Mes bras en portent les marques.
Ces bras qui ont connu tes baisers.
Ces bras qui t’ont enlacé.
J’ai subi ta perte.
Je suis malheureuse.
Je suis désespérée.
Tu te souviens, j’adorais les hiboux.
Tu te moquais de ma collection.
Et je n’ai pas hésité à la jeter, pour te faire plaisir.
Cette collection qui m’accompagnait depuis mon enfance.
Ma vie se résumait en une collection de hiboux.
Ce sacrifice pour toi, preuve de mon amour.
Déchu.
Tu m’as brisée.
Cela ne t’as pas suffi.
Tu es venu chez moi.
En un coup de sonnette, je me suis sentie revivre.
Tu arborais un immense sourire.
Sophie était accrochée à ton bras.
Tu as remarqué :
« Tu as mauvaise mine, Annabelle. »
Je haussai les épaules.
Votre couple m’aviez achevée.
Définitivement.
Tu avais délaissé tes mèches rebelles sur le front, dont je raffolais, pour une coiffure élégante et chic.
Sans doute au goût de Sophie.
Tu portais un pull en cachemire bleu ciel, assorti à tes yeux.
Un petit cœur rouge était cousu sur une de tes manches.
Ton jean était délavé.
Une veste en cuir recouvrait tes épaules.
Tu étais plus beau que jamais.
Sophie était radieuse.
Son teint bronzé respirait la santé.
Ses sourcils étaient épilés à la perfection.
Quelques mèches folles blondes s’échappaient de son chignon.
Ses dents éclatantes m’éblouirent.
Tu me faisais toujours remarquer que mes jambes n’étaient pas lisses.
Celles de Sophie l’étaient.
Deux grands bâtons sensuels et basanés.
Tu me dis :
« Je suis venu chercher mes affaires et te rendre les clefs. »
Nonchalamment, ignorant la portée de ton geste, tu les déposas dans ma main.
Puis tu rentras dans mon appartement en plissant le nez.
« Tu devrais aérer. »
J’ai hoché la tête.
Qu’est ce que je pouvais répondre ?
Puis, en pensant plaisanter, tu discerna :
« Quel désordre ! Où sont passées tes maniaqueries ? »
Sophie éclata de rire.
Je tentai de sourire, mais une boule s’était formée dans ma gorge.
Je retenais un flot de larmes.
Tu agrippas un sac en plastique dans la cuisine.
Et tu entrepris d’y fourrer tes affaires.
Je restai avec Sophie.
Elle souriait toujours.
« J’adore ton appart ! »
Je haussai à nouveau les épaules.
Elle soupira brièvement et reprit d‘un ton enjoué.
« Mardi soir, on organise une soirée avec Marc et les autres, tu veux venir ? »
Marc et les autres.
Mes amis.
Je te les ai présenté.
Tu les as présenté à Sophie.
Et Marc et les autres m’ont remplacée pour elle.
J’ai secoué la tête horizontalement.
La réponse était claire, pourtant :
« Tu es sûre ? Ca te changerait les idées. »
Je n’eus pas besoin de me répéter, tu revins.
Les bras chargés.
Tu avais tout emporté.
Tu n’avais rien laissé de toi.
Seulement des souvenirs.
Tu me fis la bise, et, avant de repartir, tu me dis :
« Tu devrais prendre soin de toi. »
Je refermai la porte.
Mon cœur avec.
Pourquoi m’as tu abandonnée ?
Pourquoi m’as tu laissée mourir ?
J’ai préféré la corde aux médicaments.
Une corde au cou pour guérir un chagrin d’amour.
Je t’aime pour toujours.