COMPTE-RENDU DE L’INTERVIEW DE KNUT MÜLLER
Le 22 février 2003, de 21h00 à 23h00, s’est tenu une interview de Knut
Müller, le créateur du jeu vidéo Rhem, dans une salle de dialogue en direct
de jeuxvideo.com. Tous les commanditaires français du jeu ont été invités,
même si c’est surtout les membres de la communauté du jeu de réflexion de
jeuxvideo.com qui se sont présentés à cette rencontre. En tout cas, Knut
était plus que ravi du succès de son jeu auprès de cette communauté, et il a
agréablement répondu à toutes nos questions, qui portaient principalement
sur Rhem, mais aussi sur son auteur. Il nous a aussi révélé quelques projets
pour sa suite…
Un artiste de génie
Knut Müller a environ 40 ans et vit en Allemagne. Lorsqu’il a fait ses
études, il s’est très vite spécialisé dans l’art, et notamment dans l’art
visuel. C’est un grand amateur de peinture, et il expose ses toiles dans
quelques galeries en Europe. Knut n’a jamais fait d’exposition en France, et
la seule francophone est actuellement à Lausanne, en Suisse ( seulement
quelques peintures de lui y sont exposées). Mais il nous a bien prévenu que
ses peintures n’avait rien à voir avec les images de son jeu.
Knut Müller aime aussi beaucoup la musique, et 2 de ses compositions ont une
« première mondiale » à Paris ( autrement dit plus que Richard Wagner qui,
lui, n’en a qu’une seule ! ) . Mais lorsqu’on lui a demandé où on pourrait
trouver des échantillons de ses œuvres sur Internet, il nous a tout
simplement répondu qu’on aimerait pas son style ( qui ressemblerait à celui
d’un certain Lannis Xenakis, un compositeur franco-grec), et que ça pourrait
nuire à son estime si l’on écoutait quelques unes de ses musiques.
C’est en 1998 que Knut décide de faire un jeu, beaucoup inspiré de Myst et
de Riven. Myst est le premier jeu de réflexion auquel il a joué, et c’est
toujours son favori ( surtout pour ses énigmes et son atmosphère), même
s’il apprécie un grand nombre de jeux de puzzle. Seulement, il lui reproche
ne pas offrir de lieux assez vastes, et sur ce point-là il lui préfère la
structure de Riven. C’est avec toutes ces inspirations et plein d’idées que
Knut Müller se lance dans le développement de Rhem.
Un voile levé sur quelques mystères de Rhem
Le nom RHEM, comme nous l’explique Knut, est totalement imaginaire,
fantastique. Il s’est inspiré d’un auteur suédois, Lars Gustaffson, qui a
écrit des romans sur une ancienne civilisation établie sur une île étrange.
Deux villes seraient construites sur cette île, et l’une d’entre elles
aurait un nom de la même consonance que RHEM. De surcroît, si on lit le mot
à l’envers, ce qui donne MEHR, cela nous donne un mot allemand qui signifie
« plus ».
Pour la conception du monde de Rhem, Knut n’a pas construit de maquette en
3D, mais seulement dessiné des croquis et fait des plans sur ordinateur. De
ce fait, il n’y a pas de représentation globale de Rhem, chaque partie ayant
été conçue séparément. Knut les a juste assemblées visuellement dans sa
tête, puis a fait un montage grâce à un programme nommé Director.
Pour la bande sonore, Knut a décidé d’inclure des bruits de fond spécifiques
à chaque partie de l’île, mais aussi d’utiliser des sons qu’on pourrait
entendre partout dans le jeu. Il a décidé de ne pas ajouter de musique car,
pour lui, elle rapprocherait trop le jeu du cinéma. Knut voulait que Rhem
soit très réaliste et ne ressemble pas à un mauvais film interactif où les
sentiments du joueur sont guidés par la musique et empêche ce dernier d’être
livré à lui-même. Ceci dit, il connaît très bien le pouvoir d’une bonne
musique dans un jeu, mais il a préféré rester sur sa décision.
Un autre point que les joueurs avaient remarqué et qui les préoccupait
depuis un certain temps : l’existence de trois planches de bois posées
contre un mur, alors que le reste de l’île est très propre et ordonné. Mais
Knut nous a répondu avec humour que quelqu’un les avait sans doute oubliées,
et qu’elles n’avaient aucune signification particulière.
Les deux enfants de la photographie sont en réalité ceux d’un de ses amis
peintres, et le plus âgé est son filleul.
Concernant la lettre que les joueurs devaient envoyer à la fin de Rhem dans
le monde réel, c’était un ‘plus’ pour rendre le jeu encore plus réaliste, et
connecter notre univers à celui de Rhem. La Poste avait mal compris le
fonctionnement de la boîte postale, et c’est pour cela que beaucoup de
joueurs ont eu leur lettre retournée. Heureusement, Knut a modifié l’adresse
dans la deuxième version du jeu, mais il n’a reçu au total que 5 lettres
seulement. Il était confus et gêné pour ceux qui avaient retrouvé la lettre.
Pour les artworks, Knut en a 3 boîtes pleines chez lui, remplies de schémas,
de croquis et d’esquisses ( une pour chaque position de caméra ! ) . Il
compte en scanner quelques unes et les mettre sur son site, qu’on pourra
normalement admirer à partir du 1er mars.
Il aurait bien aimé faire un « making of », mais il a du mal à faire des
vidéo lui-même : il faudrait à la fois qu’il soit près de l’ordinateur et
qu’il tienne la caméra derrière lui pour se filmer. De toute façon il n’en
avais pas le temps, mais il fera peut-être plus tard un petit film pour la
chaîne de télévision Arte ( à notre avantage franco-allemande).
A ce jour, Rhem a été vendu à environ 600 exemplaires dans le monde, dans
beaucoup de pays différents ( Allemagne, France, Canada, Belgique, Suisse,
Etats-Unis, Pays-Bas, Chine, Indonésie, Espagne, Italie, Suède, Australie…).
Mais Knut espère augmenter ses ventes grâce à ses accords avec des éditeurs
: il est allé auprès de Got Game Entertainment pour distribuer son jeu aux
USA et au Canada, et il négocie actuellement avec Micro Application pour la
zone Europe. Ces éditeurs seraient aussi d’accord pour distribuer une suite…
Quand une suite se profile à l’horizon
Depuis le 21 février, Knut Müller travaille sur une suite pour Rhem. Il
collecte déjà des idées et fait des tests techniques depuis quelques mois.
Comme pour le premier opus, il compte travailler seul.
Globalement, il n’y aura pas de grosse révolution, le gameplay sera
évidemment le même. Tout de même, le jeu sera plus long, et il y aura
beaucoup moins de marche à pied. Souvent, le joueur sera sous le sol, et
parfois même dans les airs. Knut compte même inclure une alternance
jour/nuit. Tout comme pour le premier épisode, l’aire de jeu sera
extrêmement vaste, et à la fin du jeu le joueur pourra aller où bon lui
semble ( Knut n’aime pas les jeux à niveaux cloisonnés). Par contre,
contrairement à Rhem I, le jeu sera moins homogène, il y aura différents
thèmes graphiques, et peut-être même une faune ; Knut compte même inclure
une boussole dans le jeu, mais elle ne sera pas tellement nécessaire car les
lieux seront très différents et il sera difficile de se perdre.
Esthétiquement, ce sera le même moteur graphique, mais avec une résolution
de 800x600, ce qui donnera une meilleure netteté de l’image. Il y aura
beaucoup plus d’animations, comme pour les mécanismes, mais aussi des
animaux, et peut-être même une petite scène avec de vrais acteurs
incorporés.
Le titre du jeu sera tout simplement… Rhem 2 ( ou bien Rhem II selon les
préférences de Knut) ; en tout cas pas d’autre nom ( comme Riven), ni
même de sous-titre.
Knut compte finir le développement du jeu dans 1 ou 2 ans seulement ( alors
qu’on ne l’attendais pas avant au moins 4 ans). Ce fut une très bonne
nouvelle pour les fans.
Lorsque le jeu sortira, Knut Müller informera par e-mail tous ceux qui ont
commandé Rhem I. En parallèle à ce mail, nous recevrons la lettre de Zetais
nous informons qu’il a enfin retrouvé le fragment de clef. L’attente sera
longue…