Ca vaut ce que ça vaut:
Nul n’échappera à la « Matrix » !
La Matrix nous fait son grand jeu ( video) !
Enter the Matrix est un jeu vidéo qui ne rigole pas : la redoutable pieuvre des frères Wachowski étend ses tentacules sur tous les écrans : PS2, Wbox, NGC et PC… Ce qui tombe bien, car – seuls les aliens l’ignorent – le deuxième épisode du film célébrissime colonise ce mois-ci les salles de cinéma de toute la planète.
La grande nouveauté de cet événement culturel, par rapport à la sublime saga Stars War ou à l’intéressant Seigneur des Anneaux, c’est l’interdépendance fictionnelle développée ( habilement ! ) par les auteurs entre le cinéma, le jeu vidéo et même le DVD : tout ça constitue un tout ! Autrement dit, pour embrasser entièrement cette sombre et flamboyante histoire de Matrice, il va falloir naviguer d’un produit à un autre. On peut quand même déplorer l’appétit commercial abyssal à l’origine de cette démarche...
Cependant, force est de constater que cette histoire se tient - et nous tient ! Pour ceux qui auraient passés les trois dernières années sur Mars ou Naboo, rappelons brièvement l’intrigue : des rebelles à l’ordre établi ( d’accord, c’est pas très original) luttent contre une machine informatisée gigantesque, sorte d’entité puissante contrôlant naissance et mort des hommes et faisant vivre l’humanité dans un monde virtuel où, par définition, tout n’est qu’illusion...
De cette situation assez basique, rappelant des chefs d’œuvres de la SF des années 70 ( comme ceux d’Ira Levin pour les puristes), les auteurs tirent le meilleur parti : la sauce début du XXI° siècle prend bien avec ses références au clonage, à l’état policier, au libre-arbitre, à la violence aveugle, à l’espoir d’une humanité libérée de ses vieux démons et enfin res-pon-sa-ble. La quête des héros de ce soap branché est un peu la nôtre : comment s’unir, s’accepter dans nos différences pour bâtir un monde non pas illusoirement égalitaire mais où chacun aurait légitimement sa place. Et pourrait s’épanouir dans ses différences.
Côté jeu vidéo, on retrouve l’ambiance crépusculaire du film et on est tout de suite dans le bain ( de sérum physiologique) avec des graphismes élégants aux belles tonalités vertes, ocres, rougeâtres. Pas de doute, l’ambiance Matrix nous scotche devant l’écran. Ensuite, on joue. Et là, ça se gâte un brin : les combos sont rois, les MP5 sont légions, bref ça doome à tous les étages ! Heureusement, cette trajectoire à la John Woo ( véritable délice pour les amateurs du genre) est scénarisée : des vidéos exclusives embarquent le joueur dans un plan hallucinant où de sous- sols grisâtres en entrepôts obscurs, il s’agira de comprendre simplement ce que la Matrix mijote, d’éviter ses multiples pièges et, au service de la communauté humaine, de libérer généreusement tout un chacun de la virtualité...
Mais que l’on ne s’y trompe pas, tout comme le film, le jeu vidéo a de la ressource et déploie une certaine complexité. Avec de super cut scènes + un recours constant à l’incontournable phone, l’intelligence artificielle vaut le coup tandis que le gameplay en surprendra plus d’un avec sa navigation futée ! Moralité : si l’on déplore le recours trop fréquent à du doom ( au détriment peut- être de la furtivité pure), le scénario et l’esthétique, le suspense et la multiplicité des situations l’emportent. Sans être révolutionnaire ( c’est le comble ! ) Enter the Matrix est un jeu vidéo haut de gamme, décapant, bourré de bonus ( grâce à une rafale de sites web branchés hacking) et, pour tout dire… virtuellement incontournable !
Philippe Aubert
[17/05/2003]
Philippe Aubert est permanent laïc à la Pastorale des Jeunes du diocèse de Saint Claude ( Jura). Comme scénariste de Jeux vidéo, il a effectué de nombreuses missions de script doctoring et scénarisé des jeux PC et Playstation 2 comme The Partners ( chez Monte Cristo Games) et L’Ombre de Zorro ( chez Cryo Interactive). Il a également écrit le web-rédactionnel du site de présentation du jeu vidéo PC Pharaon ( pour Sierra Interactive).