Choco :
« Sortir du placard » est un processus de développement par lequel les gais et les lesbiennes reconnaissent leur propre orientation sexuelle et intègrent cette connaissance à leur vie personnelle et sociale. Les termes « se montrer au grand jour » ou « sortir du placard » ont plusieurs nuances de signification :
reconnaître son identité gaie ou lesbienne et agir en conséquence par une activité sexuelle entre personnes du même sexe (« Je suis sorti(e) du placard quand j'avais 18 ans. »)
révéler son identité lesbienne ou gaie à d'autres homosexuels (« Je me suis montré(e) au grand jour à un Groupe de jeunes gais hier soir »)
révéler son identité à des membres non gais de sa famille ou à des amis hétéros (« J'ai révélé mon homosexualité à ma mère et sa réaction a été très positive »)
se présenter publiquement comme une lesbienne ou un homme gai (« Je me suis révélé(e) à la télévision nationale »)
Ces exemples illustrent le fait que le processus est continu et peut se vivre de nombreuses façons différentes selon l'âge, le sexe, la race, le groupe ethnique, la classe sociale, la profession, le lieu de résidence, l'engagement politique. Étant donné le risque de discrimination et de stigmatisation, beaucoup de lesbiennes et de gais choisissent de rester « dans le placard » et cachent leur identité sexuelle à tous sauf à quelques amis ou membres de la famille proche et à qui ils font confiance.
C'est une décision individuelle fondée sur des circonstances personnelles de chaque personne et chaque personne a le droit de décider quand, où, à qui et à quel point elle veut sortir du placard. La peur du VIH et du sida a rendu l'acceptation par les parents plus compliquée que jamais. Ces attitudes sont façonnées par le milieu culturel plus large où on trouve encore la croyance très répandue que tous les jeunes sont hétérosexuels et ne peuvent qu'être « corrompus » à l'homosexualité et au lesbianisme par contact avec des homosexuels. La stigmatisation de l'adolescent gai et de l'adolescente lesbienne découle de siècles de désinformation et de peur.
Prendre conscience de son homosexualité représente une dimension clé de la vie gaie. L'expression «sortir du garde-robe» implique un événement unique. Cependant, le processus de cristallisation de l'identité gaie se fera de nombreuses façons dans le temps, dans l'environnement et dans la société. Le processus commence d'abord par une prise de conscience personnelle, suivie du dévoilement à un cercle de personnes de plus en plus étendu. Ce processus peut compter plusieurs étapes bien définies comportant toujours des incertitudes. Les adolescents décrivent parfois cette cristallisation de l'homosexualité tout simplement comme une prise de conscience. D'autres ne se disent «sortis du garde-robe» qu'au moment où ils ont abordé la question avec des intimes ou encore s'ils ont actualisé leur orientation dans un mode de vie gaie. Les plus ouverts agrandissent progressivement le cercle des gens qui «savent», ils développent même une identité gaie qu'ils expriment ouvertement avec la famille, les amis, les collègues et même les étrangers. Chaque personne trouve un équilibre personnel pour déterminer dans quelles circonstances elle dissimulera son orientation et celles où elle la dévoilera (devenant ainsi vulnérable à la discrimination et au harcèlement). Le point d'équilibre arrêté à l'adolescence, par exemple, pourra bien sûr varier au cours de la vie de la personne, le dévoilement de l'orientation sexuelle n'étant que le point de départ d'un processus continu sans cesse renégocié tout au long de la vie.
Selon nos sources, la peur de l'abandon ou du rejet culmine au début du processus d'émergence. Il est possible de neutraliser temporairement les réactions négatives en travaillant sa capacité d'y faire face et de continuer à vivre normalement une fois le choc passé. Cependant, les adolescents dépendent encore financièrement et émotivement de leurs parents. Les jeunes ont peur de l'intolérance de la part des membres de la famille, d'être chassés du toit familial, d'être référés en psychothérapie voire même d'être molestés. Audelà de ces craintes toutefois, de nombreux jeunes, ne craignant pas les représailles de leur famille, se sentent coupables de décevoir les espoirs de leurs parents ou les plans que ceux-ci nourrissaient à leur égard. Certains se taisent ainsi face à leur famille, pourtant reconnue comme la principale source d'aide et de soutien des jeunes.