" Peut-être le lui dirait-il..."
Il faisait nuit. Le sable était doux au toucher, tandis que les crépitements du feu accompagnaient les doux remous de la mer, berçant les jeunes orphelins. Une jolie femme, habillée en noir, les regardait du bâtiment un peu plus en hauteur, séparé de la plage par les escaliers. La sérénité débordait de son être. Les sept jeunes enfants dormaient paisiblement, à la belle étoile. Elle soupira, et rentra. Elle pensait sans cesse à leur avenir. Ils ne pourraient rester toute leur vie dans cet orphelinat. Ils leur faudraient quelque chose qui puisse les accueillir. Bien qu´elle les considérait comme des graines, des graines qu´elle avait elle-même faite pousser, ils étaient obligés de pousser convenablement... Les graines poussent dans un jardin après tout. Des Seeds ont besoin d´un Garden pour grandir et évoluer...
L´aurore commençait déjà à blanchir les étoiles, que la plus âgée des sept enfants était déjà levée. Elle considéra ses six autres amis.
Celui qui dormait les bras croisés derrière la tête et qui avait les jambes l´une par-dessus l´autre, s´agissait d´Irvine, Irvine Kinnéas. Il était souvent en train de faire le fier, mais elle savait qu´il cachait ses sentiments, ses faiblesses.
Il y avait celui qui fronçait les sourcils et esquissait une grimace. Seifer, Seifer Almasy. Il avait toujours rêvé d´être un chevalier : fort, loyal. Il aurait fait " n´importe quoi".
Puis, toujours dans l´équipe des garçons, celui qui gigotait tout le temps dans son sommeil et qui ronflait bruyamment. Lui, demeurait quelqu´un de véritablement sincère et franc dans ses propos, son seul défaut : une véritable pile ; il n´arrêtait jamais de gesticuler. Zell, Zell Dincht.
Enfin, dans le clan des filles, Selphie. Selphie Tilmitt. Presque aussi stressée que Zell... Toujours optimiste, positive et sans cesse en train de bavarder ou de faire des bêtises : une boute-en-train professionnelle.
Puis, toujours en suivant, Quistis, Quistis Trèpe. Peut-être la plus mature après elle-même. Elle restait froide, distante, silencieuse, tout l´inverse de sa consoeur Selphie.
Et puis, il restait lui... Squall. Squall Leonhart. Elle le considérait comme son petit frère, bien qu´ils étaient tous orphelins. Et il avait toujours du mal à prononcer son prénom... Il l´appelait Lellone, mais elle trouvait cela amusant.
Enfin, elle savait que tous leurs noms étaient inventés. Personne n´était sûr que Zell s´appelait Dincht ou Quistis Trèpe. Mais elle était sûre d´une chose, son oncle le lui avait dit : le véritable nom de Squall était Loire.
-Eh, Lellone, tu veux jouer avec nous ? demanda Squall.
-A quoi vous jouez ?
-On veut faire une sorte de jeu et on a besoin d´une princesse !
-D´accord, je veux bien, affirma-t-elle en souriant.
-Je vais t´expliquer ! La gouvernante veut bien jouer avec nous, elle a dit qu´elle faisait la sorcière ! Seifer, lui, fait son chevalier. Toi, tu serais la gentille princesse qui a été enlevée par la sorcière, et Selphie, Irvine, Zell, Quistis et moi devons venir te délivrer. Selphie fait la ninja, Quistis joue la magicienne qui guérit, Irvine est dans le rôle du magicien qui fait mal et Zell dans le rôle du guerrier.
-La magicienne qui guérit et le magicien qui fait mal on les appelle mage blanc et mage noir, Squall, lui fit-elle, toujours en souriant.
-Merci Lellone, ça me fait plus de vocabulaire, maintenant !
-Et toi, tu fais quel rôle ?
-Le rôle du chevalier qui viendra te délivrer !
-D´accord !
Tous les préparatifs achevés, ils commencèrent à jouer. Chacun choisit une arme. Selphie voulut des nunchakus, arme de ninja, Zell des gants de combat, obligatoire pour son statut, Irvine un fusil, bien que ce ne soit pas une arme de mage noir, Quistis un fouet, signe de la soumission, et enfin Squall opta pour une gunblade. Seifer aussi. Evidemment, les armes étaient toutes inventées, ils ne les avaient pas matériellement mais les imaginaient.
-Allez, faut qu´on retrouve la princesse Ellone ! hurla Selphie de joie.
-Ouais, on va aller casser du méchant ! suivit Zell.
-Il est temps de tester mes capacités, s´amusa Irvine.
-Allons-y, dit simplement Quistis.
-Ouais, fit Squall.
Ils se tournèrent tous vers lui.
-Tu n´es décidément pas bavard, Squall, se désola Selphie.
-C´est le rôle du chevalier : être peu bavard et énigmatique.
-Il ne faut pas que ça vire à la réalité, sinon ce serait horrible, ironisa Zell.
-Ouais... Bon, nous devons retrouver la princesse Lellone, prisonnière de la méchante princesse Edea et de son abject chevalier Seifer. Ils se trouvent en haut de cette colline !
Il montra du doigt les escaliers qui menaient à l´orphelinat.
Ils gravirent les marches avec gaieté et bonne humeur. A le dernière marche de l´escalier, Seifer les fixait méchamment.
-Tu as vraiment l´air méchant, remarqua Zell.
-Ben oui, c´est le rôle du méchant chevalier, dit-il en esquissant un sourire. Bon, allez, je reprends le rôle du méchant.
Il effaça son sourire et fronça les sourcils.
-Vous ne passerez pas. Votre tête ne me revient pas, surtout celle du hérisson blond.
-Eh, c´est nouveau ça ? demanda Zell.
-Silence, faible humain.
-Ne nous parle pas comme ça, Seifer !
Tout le monde regarda Squall. Bien que ce ne fut qu´un jeu, ils se regardèrent avec haine dans le regard. Du moins, pas tout à fait de la haine, mais une flamme qui symbolise la rivalité. Pourtant c´est étrange... Car ils ne se sont jamais regardé comme ça.
-Irvine, Selphie, Quistis, allez chercher la princesse. Zell, reste avec moi.
-Chef, oui chef !
Ils obéirent aux ordres de Squall. Seifer resta devant les deux garçons, laissant passer les deux mages et la ninja.
Le " combat" allait débuter.
-J´utilise mon arme Hyperion Blade, et je t´enlève vingt-six HP, Zell !
-D´accord, donc je tombe à quatre-vingt huit HP.
-C´est à mon tour d´attaquer, j´utilise ma gunblade, et je t´inflige treize de dégâts.
-Je suis ainsi à cent-un !
Ils continuèrent le combat sur ce principe, et Seifer finit par arriver à zéro.
-Arg, je ne puis résister plus ! Ma maîtresse, pardonnez-moi !
Zell et Squall poursuivirent leur chemin, laissant Seifer qui simulait un arrêt cardiaque.
Ils arrivèrent dans la salle à droite de celle d´entrée, où ils virent Quistis, Irvine et Selphie courir.
-Dépêchez-vous, on sait où est la sorcière, hurla Selphie, enthousiaste.
Elle disparut derrière ses deux congénères vers la pièce d´entrée. Zell et Squall les suivirent. Lorsqu´ils entrèrent, ils entendirent une autre porte se refermer. Il l´empruntèrent pour voir Edéa qui était face aux trois acolytes. Malheureusement pour eux, elle utilisait trop de techniques puissantes, et elle gagna, après un " C´est injusteuh ! " de Selphie.
Squall et Zell s´approchèrent lorsqu´ils eurent l´impression que le temps autour d´eux s´arrêta...
Au loin, par la fenêtre, ils voyaient une vague qui ne s´était pas échouée sur la plage et qui semblait immobile. Le vent qui soufflait aussi s´était arrêté brusquement.
Puis, d´un coup, tout devint noir.
Noir.
Squall tomba, et essaya de se relever. Il entendit un grand cri au loin. Il décida de s´en approcher. En fait, le cri venait de dehors. Il sentit une porte, qu´il ouvrit. Et soudain, le jour.
Il vit Edea, avec un homme, grand, qui ressemblait à celui qu´elle avait appelé parfois Laguna.
Il s´approcha et dit :
-Où est Lellone ?
Sa gouvernante baissa les yeux, et le regarda fixement.
-Je ne crois pas que tu la reverras.
-Pourquoi ça ? répliqua-t-il du tac o tac.
Elle semblait amusée.
-Car il fallait qu´elle parte. Peut-être la reverras-tu un jour.
-Alors, elle m´a abandonné, dit-il en faisant mine de ne pas écouter. Je suis encore tout seul.
Puis, il courut vers la sortie de l´orphelinat pour essayer de la rattraper.
-Ce garçon, fit l´homme à ses côtés.
-Oui, Squall... Ce garçon, c´est un petit garçon qui grandira et deviendra un bel homme.
Soudain, un nuage de magie s´éleva derrière eux.
-Ultimécia, elle n´est donc pas encore morte !
-Squall, laisse. Ultimécia est une sorcière. Elle doit donner ses pouvoirs à quelqu´un avant de mourir. Et je vais les récupérer au lieu d´un des orphelins.
Quelques heures après, Squall était dans son lit. Il se sentait seul. Il regarda autour de lui. Seifer lâchait des " Hérissons blonds" à Zell. Il avait probablement dû garder cette attitude du jeu.
Il se leva et alla voir Almasy.
-Seifer, laisse Zell.
Ledit garçon arrêta net de parler, et se figea. Il tourna la tête vers Squall et ouvrit la bouche.
-Tu crois que tu peux me donner des ordres ?
-Tu laisses mes amis tranquilles.
-Quels amis ? Le hérisson blond, la nerveuse, la coincée ou le trouillard ?
-Ne parle pas d´eux comme ça.
-Je fais ce que je veux.
-Très bien, ce soir sur la plage.
Le soir arriva vite et Zell restait admiratif devant le courage de Squall. Au grand étonnement de tous, Quistis aussi...
Almasy et Leonhart étaient sur la plage. Ils avaient chacun un grand bout de bois.
-Prêt à rendre l´âme, imbécile ?
-Approche, je te dirai ce que tu vaux.
Quistis remarqua soudainement quelque chose. Jamais Seifer et Squall n´avaient été comme ça. Seifer n´avait jamais parlé aussi méchamment aux autres orphelins, qu´il considérait comme ses frères et soeurs. Tandis que Squall, lui, semblait plus froid dans sa façon de parler. Ce qui était sûr, c´est que l´un devenait plus sûr de lui, tandis que l´autre se renfermait sur lui-même.
Et si l´un des deux avait réalisé quelque chose qui lui tenait à coeur et qu´à l´autre était arrivé quelque chose de terrible ?
Seifer était devenu chevalier pendant quelques heures le temps de ce jeu.
Squall venait de perdre celle qu´il considérait comme sa grande soeur, Ellone.
Et si ce jeu n´était qu´un coup du mauvais sort ? Pourquoi les choses se sont-elles passées comme ça ? Elle pensait que quoi qu´il en soit, il fallait tout remettre à leur place... Rabaisser la sûreté de Seifer et casser la carapace que Squall était en train de former psychologiquement.
Comment ? Et bien, " peut-être que le futur le lui dirait..."
Puis, une lumière très forte.
Quistis se réveilla, alertée par un bruit.
-Allô, Quistis ?
-Oui, répondit-elle encore endormie.
-Ici Kadowaki, j´ai ton élève à l´infirmerie.
-J´arrive.
Son élève ? Il s´agissait de Squall. Elle s´étira et se frotta les yeux. Puis, elle réalisa.
Son rêve était bizarre. Il mélangeait son passé avec celui d´un autre.
Mais, il lui avait fait rappeler sa promesse : rabaisser la sûreté de Seifer et briser la carapace de Squall...
" Peut-être le futur lui dirait comment faire..."