Offre supérieure à la demande, masse salariale des clubs plombée, passage devant la DNCG retardé, compétitions internationales constituent autant de freins. Explications
La belle époque des gras salaires a du plomb dans l’aile. L’électrocardiogramme actuel du marché des transferts, exsangue, est un signe flagrant; il reflète la volonté de l’ensemble des clubs français, mais aussi européens, d’amorcer une politique de désinflation salariale nécessaire pour leur permettre de survivre. Dans ce contexte périlleux, le plus délicat consiste à préserver une compétitivité tout en évitant de spéculer sur des résultats trop aléatoires pour l’équilibre budgétaire.
Le Calcio est en crise et la victoire du Milan AC en finale de la Ligue des champions n’a pas amélioré l’ordinaire du club rossonero. Barcelone est surendetté donc privé d’un coussin financier pour se renforcer. Liverpool se balade, paraît-il, avec un chéquier pour acheter à tour de bras, mais aucune signature n’a été enregistrée. Patrik Berger est parti à Portsmouth parce qu’il était libre et l’engagement du défenseur irlandais Steve Finnan tarde à se concrétiser.
Le marché européen tourne au ralenti. Plus près de nous, Lyon, dont le bénéfice net avoisinerait 8-millions d’euros, malgré une élimination dès le premier tour de la dernière Ligue des champions, n’en est qu’au stade des démarches. Dans le privé, Jean-Michel Aulas annonce même qu’aucune nouvelle arrivée ne sera effective tant qu’un départ n’aura pas été concrétisé.
La crise est patente. Elle est liée à plusieurs paramètres. Trois semaines après la fin de notre championnat, aucune signature d’envergure n’a été finalisée dans les principaux clubs de Ligue 1.
Les budgets des clubs français sont plombés par une masse salariale dont le système d’évolution progressive les handicape un peu plus chaque saison. Ils ne joignent plus les deux bouts et en sont réduits, dans la quasi-totalité, à la même préoccupation: vendre.
De fait, il existe un décalage conséquent entre l’offre et la demande, les vendeurs sont nombreux mais les acheteurs inexistants, exceptés l’OM et Lyon.
Ces deux-là ont les mêmes priorités, offensives, lesquelles ne courent pas les rues sur notre territoire: " Comme les clubs savent qu’ils ne vendront pas plusieurs de leurs éléments, ils cherchent à tirer le maximum de la seule vente qu’ils pourront réaliser, analyse Christophe Bouchet, plongé au cœur du problème sur les dossiers Drogba et Boumsong. Forcément, cela nous bloque. Nous ne dépenserons pas l’intégralité de l’enveloppe disponible pour concentrer notre recrutement sur un ou deux dossiers."
L’OM ne se lancera pas dans une surenchère démesurée.
Dans le même temps, les compétitions internationales, comme les éliminatoires de l’Euro 2004, de la CAN, voire la très proche Coupe des Confédérations éloignent, un temps, les priorités et perturbent les phases terminales des négociations. Certains clubs sont également bloqués tant qu’ils n’auront pas été auditionnés par la DNCG, laquelle interdit tout transfert avant cette étape obligatoire. Or, les auditions ont commencé tardivement. Lyon et le PSG sont convoqués cette semaine. Si le champion de France semble à l’abri d’une surprise, rien ne dit que les Parisiens ne seront passoumis à certaines restrictions.
D’autre part, l’appel de Monaco, examiné le 18-juin, n’a pas seulement pour conséquence de repousser la publication du calendrier, dévoilé généralement à l’occasion de l’assemblée générale de la LFP.
Ils laissent dans l’expectative un effectif prêt à partir si le premier jugement était confirmé.
Dans cette optique, Lyon et l’OM n’ont aucun intérêt à se précipiter car des joueurs comme Rothen, Giuly ou Prso constituent des hypothèses de travail très sérieuses.
" En France, renchérit Bouchet, les clubs qui nous vendront ne rachèteront pas derrière. On a beaucoup stigmatisé la gestion de l’OM ces dernières années, mais tout le monde procédait de la même façon. On remarque également que l’Angleterre est en surpopulation: il est aujourd’hui impossible d’y placer des joueurs moyens avec des salaires de superstars."
A l’OM, l’attente ne sera pas éternelle. " Le marché ne nous sera pas encore très favorable cette année mais il le deviendra la saison prochaine grâce à l’augmentation des droits télé, l’expiration de certains gros contrats, le renouvellement du contrat d’Adidas, assure le président olympien. Pour cette année, si nous ne parvenons pas à traiter en France, on se renforcera à l’étranger, continue-t-il. C’est assez simple d’autant plus qu’à valeur égale les prix sont moitié moindres."
On touche ici aux premières répercussions des arrêts Malaja et Kolpak. Rien de réjouissant pour les 306 footballeurs français arrivant en fin de contrat. A titre indicatif, 276 évoluaient dans nos divers championnats. Un chiffre édifiant. Devant le nombre croissant, l’UNFP a même été contrainte d’instaurer un système préférentiel pour ses stages adressés aux joueurs en rupture de contrat.