A trois semaines du championnat, l’OM est à mi-parcours dans son recrutement. Ce marché estival des transferts aura rarement été autant suivi par les supporters. En effet, ils sentent que cette saison ressemble à celle de la reconquête. Un réveil de la capitale française du football en quelque sorte. Et après tant d’années de sommeil ( plus ou moins profond), il était temps d’arracher le club des bras de Morphée.
Après une place de troisième acquise au prix d’efforts physiques et tactiques incommensurables, les dirigeants souhaitent mettre sur pied une équipe qui n’aura pas besoin de forcer son talent pour arracher un résultat. Les matchs s’annoncent nombreux, la Ligue des Champions nous tend une perche qu’il faut être capable d’attraper, et le Vélodrome attend des joueurs de classe pour s’enflammer.
Voyons quels ont été jusqu’à présent les moyens que se sont donnés les dirigeants pour satisfaire à ces attentes, et ceux qu’ils comptent employer.
1. Construction d’un milieu de terrain.
Une grande équipe est une équipe dotée d’un milieu de terrain technique et performant. On a souvent tendance à mettre en avant le rôle d’une attaque, alors que le football se joue au milieu de terrain. Voilà pourquoi Lyon ( Carrière, Juninho, Dhorasoo) et Monaco ( Rothen, Giuly, Gallardo) se sont taillés la part du lion, laissant les miettes à l’OM. Voilà aussi pourquoi l’OM a été dévoré sur son propre territoire par la panthère Ronaldinho.
Le milieu, c’est aussi ce qui fait le fond de jeu, la qualité visuelle des matchs. Les milieux ont en charge la création du jeu ; point de créateurs, point de jeu. Le Vélodrome attend des joueurs capables de délivrer régulièrement des passes décisives, d’orienter le jeu, de tirer les coups de pied arrêtés, bref, des hommes à la manoeuvre.
La réponse des dirigeants :
• Le recrutement de Vachousek constitue une première réponse à cette attente. Nous connaissions peu ce joueur, mais gageons que ses qualités sauront emporter notre adhésion. Il brille par sa technique, sa vision du jeu et ses capacités d’artilleur. En tout état de cause, nous jugerons quand la compétition commencera.
Toutefois, il existe une énorme interrogation : Vachousek est-il le seul milieu de terrain que souhaite réellement engager Bouchet ? Cela serait bien insuffisant pour offrir à l’équipe une constance dans son jeu. Et pourtant, il semble que oui. Or, deux joueurs en particulier nous tendent les bras : Benoît Pédretti ( Sochaux) et Marcelo Gallardo ( Monaco).
Il semble que nos dirigeants ont usé à ce sujet d’un poil d’imprudence, d’un brin de démagogie, et peut-être d’un soupçon de mauvaise foi. Je m’explique :
- Imprudence : on peut regretter que le milieu ne soit pas considéré comme une priorité, pour les raisons évoquées plus haut. L’achat de deux attaquants ( Mido et Drogba) et d’un seul milieu était-il judicieux, sachant que Sytchev gagnera à terme ses galons de titulaire ?
- Démagogie : pourquoi dire que Pédretti intéresse le club alors que Bouchet n’a aucune intention de l’acheter ? Il est tellement facile de dire à ses supporters que l’on s’intéresse à Zidane, et de demander dans la foulée au Real Madrid un prêt de son meneur de jeu ! D’ailleurs Jean-Claude Plessis a logiquement répondu par le mépris à ce procédé outrancier.
- Mauvaise foi : pourquoi dire tantôt que Gallardo ne plaît pas à Perrin, tantôt envisager l’idée de son recrutement ? Perrin n’aime pas jouer avec un meneur de jeu classique et il n’a pas l’intention de changer sa conception. Certains lui reprocheront, car le Vélodrome attend un tel rayon de lumière dans son OM.
2. Réparation des avaries en défense.
• Leboeuf parti en pré-retraite, l’OM perd à la fois un meneur d’hommes et un grand défenseur. Il s’agira donc de retrouver ces deux éléments. Pour l’instant, ni taulier ni défenseur de classe n’est venu grossir les rangs de l’équipe. Bouchet a annoncé l’arrivée d’un défenseur central international que personne ne pourrait sérieusement contester : Vidic, Boumsong, Mexès ? On l’espère tous. Pourtant, ces derniers jours, Perrin a déclaré être intéressé par Christanval ( Barcelone) et Rodriguez ( Monaco). Sauf mon respect, il sera possible au quidam de contester ne serait-ce que le talent de ces deux joueurs... L’un ou l’autre déstabiliserait à coup sûr la défense centrale ( en référence à un Leboeuf ou à un Boumsong). Gageons que ces deux pistes évoquées sont des leurres, sinon gare aux fessées en Ligue des Champions notamment. Sachons quand même qu’il y a un « gros » obstacle : Guy Roux fait de l’obstruction de tout son poids au sujet de Boumsong. Il préfèrerait le livrer dans un joli papier cadeau à son ami de toujours Gérard Houiller ( Liverpool).
• Ecker et Dos Santos blessés, Perrin se retrouve avec une défense-type pour le début du championnat qui ne donne pas toutes les assurances. Il veut y remédier par l’engagement d’un défenseur supplémentaire sous forme de prêt ou de transfert si le joueur est libre ou peu cher ( Monsoreau, Planus). On peut, à ce sujet, s’étonner de la situation ubuesque de Tuzzio. Perrin n’a jamais voulu l’aligner alors que les qualités de ce joueur sont indéniables. Pourquoi alors une telle obstination ? Y a-t-il un doute sur la validité du transfert de l’Argentin, faisant craindre aux dirigeants des défaites sur tapis vert ? Force est de constater que Perrin ne s’est jamais clairement exprimé sur le cas d’un joueur qui a toujours fait bonne impression en match.
• Les absences de Perez : absent pour cause de blessures à répétition, ou absent sur le terrain où il a le plus grand mal à contenir sa fougue pour éviter un carton jaune ou réussir un centre. Et lui non plus n’offre pas toutes les garanties sur le plan défensif. Perrin vient de le saisir ( mieux vaut tard que jamais) et souhaite engager un défenseur droit. Aucun nom n’a été avancé, même si David Hamed ( Troyes) aurait peut-être le profil recherché, plus dans un but quantitatif, il est vrai, que qualitatif. Mais le staff aurait un oeil sur Pichot, Radoi ou Radet.
3. Construction d’une attaque.
Si le milieu était improductif, il ne fallait pas lui faire porter le chapeau à lui seul des carences offensives de l’équipe. Bakayoko, Chapuis, Sakho se sont tous trois montrés trop peu performants. Les dirigeants l’ont parfaitement compris en plaçant ces trois joueurs sur la liste des transferts et en engageant Mido ( Ajax) et Drogba ( Guinguamp). Il s’agit de deux attaquants performants. Si le Guinguampais a effectué une excellente saison, l’Egyptien est une promesse de performance tant il est puissant, technique, opportuniste et buteur tout simplement. Enfin, Sytchev, le chouchou du Vélodrome, a effectué une vraie préparation. Eu égard à ses qualités, seule une véritable explosion de ce joueur est imaginable. Tant mieux pour le bien de l’OM.
Selon toute vraisemblance, Bakayoko, qui a toujours clamé l’amour du maillot marseillais ( €), préfère jouer avec la réserve qu’être transféré en baissant ses émoluments. S’il « honore » sa dernière année de contrat, l’Ivoirien aura en tout et pour tout coûté la bagatelle de 150 millions de francs ( salaire, charges et indemnité de transfert). S’il a un salaire équivalent à celui de Trezeguet à la Juve, il n’en a pas l’efficacité. Les dirigeants se tirent les cheveux pour trouver une solution sur ce dossier, tant l’inertie du joueur et du marché est handicapante pour les finances olympiennes.
Après avoir envisagé tous ces points, voyons la politique de recrutement de façon plus globale.
Évitons les erreurs du passé : engager des joueurs moyens, faire des paris sur des joueurs faussement prometteurs. En effet, cela hypothèquerait les performances du club sur trois ou quatre ans, c’est-à-dire la durée des contrats de tels joueurs qui ne trouvent plus preneurs au même salaire ailleurs, et qui s’accrochent. Entraînant par là-même un alourdissement irréversible de la masse salariale hypothéquant tout recrutement ( sauf pour le PSG, club soutenu par Canal + et la DNCG).
Bref, il faut recruter peu, mais du lourd, du confirmé, pour pouvoir investir tranquillement sur l’avenir. C’est-à-dire plusieurs années de performance et revente avec plus-values.
Si nous espérons tous que le technicien hors pair qu’est Perrin ne s’est pas trompé en recrutant Drogba, Vachousek et Mido, constatons que ces joueurs ne présentent pas les caractéristiques de joueurs confirmés ( Vachousek était connu de sa mère, même s’il était capitaine de la sélection espoirs tchèque ; Mido et Drogba ont chacun réussi une seule saison éblouissante, et donc si confirmation il y a, elle se fera chez nous). Bref, du point de vue de la confirmation, Mido ou Drogba ne sont pas Pauleta, et Vachousek n’est pas Rothen. Mais je dois dire que j’ai un bon a priori sur ces trois joueurs, et beaucoup de Marseillais partagent mon optimisme.
Un Mido à 20 buts ne m’étonnerait pas.
En début de ce marché estival des transferts, Perrin et Bouchet avaient déclaré vouloir recruter six à sept joueurs, dont quatre de classe internationale. Ne se doutaient-ils pas que le marché était si faible, que notre enveloppe n’était que de 20M€ ? ou fallait-il appâter le chaland ? Attendons la fin du recrutement. Accordons leur le bénéfice du doute, même si le championnat commence dans peu de temps ( 20 jours) et qu’il y a quelques années, Courbis affirmait que tous ses joueurs étaient intrinsèquement bons, mais mauvais sur le terrain car ils n’avaient pas tous effectués la même préparation physique. Que l’on ne nous ressorte pas cette excuse.
Pour finir, je souhaite comme tous les Marseillais voir des talents au Vélodrome, de la technique, des buts, des victoires. Mais plus que tout des titres !