Elu meilleur joueur du club des mois d’août et septembre, Didier Drogba, est sans contestation la révélation du début de saison olympien. Mais l’international ivoirien garde les pieds sur terre et n’hésite pas à mettre la notion de groupe en avant. Répondant aux questions de nos forumistes, le meilleur buteur du club s’est dévoilé à nous. Sa rapide intégration, sa complicité avec les supporters, l’arrivée de Fabien Barthez, son avis sur Bakayoko, et son avenir olympien… Interview exclusive !
Son intégration à l’OM
Lyon-Marseille, Marseille-Lyon, peux-tu revenir sur ce petit « feuilleton » de l’été ?
Je pense que c’est surtout la presse qui en a rajouté. Contrairement à ce qu’on a pu lire, les deux clubs ne se sont jamais fait la guerre pour me faire signer. On oublie souvent que c’est le joueur qui décide là où il veut aller…
L’OM, c’est un rêve de gosse et en plus de cela, le discours des dirigeants marseillais m’a réellement séduit. Lorsque j’étais avec ma sélection, j’ai contacté mon agent, et nous n’avons pas mis longtemps pour nous décider.
Lorsque tu t’es engagé en faveur de l’OM, avais-tu pensé pouvoir t´intégrer aussi rapidement dans l´effectif et être aussi efficace devant le but ?
Débarquer dans un nouvel environnement opposé à celui d’où on vient n’est pas toujours facile. J’ai eu la chance de rejoindre un groupe en forme, sûr de ses capacités, et surtout heureux de jouer ensemble. Mais il faut aussi dire que l’on a été tout de suite très bien encadré. Je pense d’ailleurs que toutes les recrues se sont parfaitement intégrées à cette équipe qui est mentalement très forte.
Comment gères-tu cette pression marseillaise, et en particulier au niveau européen, où tu brilles véritablement ?
La pression ? On fait tout pour l’éviter et à partir du moment où notre groupe est véritablement soudé, il n y a pas de crainte à avoir.
J’aime l’ambiance des grands matchs, affronter le Real Madrid à Santiago Bernabeu, je pense que beaucoup auraient aimé le faire à notre place. Alors on en profite sur le terrain, en se faisant plaisir au maximum.
Son efficacité remarquable
Il y a deux ans, tu jouais au Mans. Quelle a été ta réaction lorsqu´en Une du quotidien La Provence, le titre était " Drogba nouvelle idole de l´OM" ? As-tu découpé le journal pour le montrer à tes parents ?
( rires) C’est clair que ça fait plaisir de lire ce genre de compliments.
Mais je ne marque pas des buts tout seul en partant de ma défense. Et donc lorsque je marque, c’est toute l’équipe qui est à féliciter.
10 buts* ( ndlr : toutes compétitions confondues) en l’espace de moins de 3 mois, c’est tout de même une sacrée performance !
Que Drogba marque un, deux ou trois buts n’est pas le plus important. Que l’OM gagne par deux ou trois buts d’écart me tient déjà beaucoup plus à cœur.
Maintenant, si je contribue à ces victoires, il est clair que je serai encore plus heureux. Je me sens bien dans cette équipe, la confiance est là, et c’est là tout l’essentiel.
As-tu un « objectif-buts » pour cette saison ?
Non pas vraiment, mais si je peux faire mieux que la saison dernière ( ndlr : il avait inscrit 17 buts avec Guingamp), je ne m’en priverai pas !
Penses-tu pouvoir terminer meilleur buteur de L1, et ce avec la concurrence de joueurs tels que Elber, Morientes ou meme Mido ?
Ce n’est pas mon objectif prioritaire. Le titre de Champion de France avec l’OM m’intéresse déjà plus ( rires).
Lui et l’équipe
Dans quel domaine penses-tu avoir encore beaucoup à apprendre ?
Je pense que dans tous les secteurs de jeu, il y a toujours des progrès à faire. Améliorer ma précision dans les passes ou encore mon travail défensif sont deux de mes priorités. Le coach me l’a d’ailleurs fait savoir.
Parles-nous d´Alain Perrin...
C’est un entraîneur intelligent qui n’a pas de mal à faire passer son message que ce soit à l’entraînement ou en match. Il est très sérieux et s’attache toujours à nous faire progresser tout en gardant un œil critique sur le jeu de l’équipe.
Avec qui te sens tu le plus complémentaire en attaque ?
Cela dépend des configurations offensives que l’on adopte. Dans le 4-4-2 habituel, j’ai été le plus souvent aligné aux côtés de Mido et Marlet et j’ai donc le plus de repères avec eux. D’autant plus que ce sont des joueurs très physiques, malins et qui peuvent souvent nous servir de point d’appui.
Je m’entends aussi très bien avec Vachousek qui arrive facilement à faire varier le jeu en profondeur et celui en passe longue.
Un petit mot sur ton compatriote et ancien partenaire, Ibrahima Bakayoko, que tu as semble-t-il remplacé en sélection.
On a eu la chance d’évoluer ensemble en tout début de saison et cela s’est bien passé.
Il a vécu de grands et de difficiles moments à Marseille, mais il a le mérite de n’avoir jamais abdiqué.
Je pense que c’est un type bien qui m’a d’ailleurs souhaité bonne chance avant de partir en Espagne. J’espère qu’il y réussira.
Quant à la sélection, si le coach nous réunit en attaque, ce sera tout bénef’ pour les éléphants ! ( rires)
Que penses-tu de l’arrivée de Fabien Barthez, toi qui est un grand ami de Vedran Runje ?
Elle sera bénéfique au groupe. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi il y a autant de bruit autour de ce transfert. Vedran n’aura aucun mal à accepter cette arrivée, au contraire, il va en profiter pour progresser. C’est un gardien très intelligent et lorsque je lis la presse, j’ai l’impression que les journalistes font comme s’il n’avait que cinq ans…
Dans tous les cas, l’OM disposera de deux gardiens de classe mondiale.
Je souhaite par ailleurs un prompt rétablissement à Cédric ( Carasso) dont on parle peu depuis sa blessure.
Sa complicité avec les supporters
Comment trouves-tu le Vélodrome ?
Magnifique ! L’ambiance y est tout simplement exceptionnelle. Lors de mon premier match dans l’enceinte phocéenne, j’avais la chair de poule tellement j’attendais ce moment depuis longtemps. J’ai eu l’opportunité avec Guingamp de me rendre au Vélodrome la saison passé, et je peux vous dire que ce n’est pas du tout la même chose d’être dans le camp qui reçoit.
Toi qui viens d´un " petit" club familial, quel effet cela te fait-il d´entendre 60 000 personnes scander ton nom a chacune de tes apparitions ?
Ca fait chaud au cœur surtout qu’ils m’ont adopté très rapidement. La joie de leur faire plaisir est d’autant plus grande lorsque l’on gagne. A Guingamp, il y avait la même communion avec le public, mais à l’OM elle est véritablement plus forte. Et ça, ce sont des moments qui ne s’oublient pas !
Quand on voit comment ta saison est partie, avec la Champion´s League, le championnat, tu es devenu la coqueluche du Vélodrome, meilleur olympien des deux premiers mois... Qu´est-ce que tu te dis quand tu penses qu´a l´heure actuelle, tu pourrais être à Lyon ?
Je serai passé à côté de nombreuses sensations que l’on peut ressentir, du moins je le pense, qu’à Marseille. Le football a tellement une place importante dans cette ville qu’on est obligé de s’y attacher rapidement. La passion des supporters est tellement grande…
Et puis évoluer dans une superbe région provençale ensoleillée, n’est pas un aspect négatif ( rires)…
Lors du match à Bernabeu, tu as été visé par les " Ultras Sur", notamment par des cris à connotations racistes. Comment as-tu réussi à rester concentré, et surtout seras-tu surmotivé lors du match retour pour faire taire ces pseudos-supporter ?
Ce n’est pas la première fois que je dois faire face à de tels évènements. Maintenant, la meilleur façon de rester concentrer est d’y faire abstraction. Cette attitude stupide ne m’a guère touché car je sais qu’elle ne concerne qu’une faible minorité.
La motivation vient d’elle même. Jouer le Real au Vélodrome va être un vrai défi que nous aurons tous à cœur de relever.
Le championnat et son avenir olympien
Quelle équipe crains-tu le plus dans ce championnat ?
Monaco, Lyon et le PSG sont sans doute les équipes qui vont nous créer le plus de problèmes. Mais il ne faut pas oublier des clubs comme Sochaux, Nice ou Auxerre qui ont eux aussi un énorme potentiel. La lutte sera serrée jusqu’au bout…
Lors du match amical France98/OM on t´a vu discuter avec JPP. Certains ont qualifié cette situation comme une sorte de passage de " témoin". Mais qu’a-t-il dit véritablement ?
Il m’a félicité pour notre bon début de saison et m’a souhaité bonne chance pour la suite tout en m’indiquant qu’il souhaitait vraiment que je réussisse ici.
J’ai vraiment apprécié, d’autant plus qu’on s’est tapé de bonnes barres de rires…
Tu es en train de devenir le goleador que tout le peuple marseillais attendait depuis des années. Or, nous savons que les bons joueurs restent que très rarement dans le championnat de France.
A ton avis, sauras-tu, tout comme Van buyten, résister aux sirènes des plus grands clubs européens en restant longtemps à l´OM, avec l´espoir d´y laisser une empreinte énorme ?
A partir du moment où tu te sens bien dans une équipe et que tu prends plaisir à y jouer, tu n’as aucune raison de partir. Alors si je peux laisser une empreinte énorme à Marseille, je ne m’en priverai pas. Mais pour cela, la route est encore longue, alors gardons les pieds sur terre…