Polyvalents du spectacle
L’OM tire l’une de ses richesses d’individualités aux compétences élargies. Leurs profils ouvrent un éventail de possibilités et favorisent le turn-over
Le but de Sytchev au match aller a ouvert la voie pour des Olympiens appelés mercredi à concrétiser par une qualification en Ligue des champions, tous les espoirs placés en eux en début de saison - Photo Florian LAUNETTE
Dans son vocabulaire, Alain Perrin courtise le terme polyvalence. Depuis plus d’un an, le manager général construit son environnement sportif olympien autour de cette idée.
Dans les prospections, les observations, le recrutement, tout est pensé autour de cette thématique. La polyvalence est un service multicartes, une aptitude de compétences élargies pour enrichir le contenu du collectif. En s’appuyant sur un groupe de joueurs ciblés, l’idée est d’ouvrir un champ non restrictif d’organisations, de ne pas affaiblir un plan de jeu au gré des absences. Au-delà de la qualité individuelle renforcée, la polyvalence se révèle la première richesse collective olympienne. On n’évoque pas ici la polyvalence dite occasionnelle, instantanée, celle commandant de sortir de son rôle l’espace de quelques secondes pour apporter un plus, à l’image d’un Van Buyten buteur, ou d’un Ecker passeur.
Non, il est plutôt question d’une polyvalence structurelle, celle vouée à consolider une organisation, à éviter tout démembrement au moindre imprévu. Demander ainsi à un joueur de tenir un rôle qui n’est pas naturel. L’aisance et la souplesse financière permettent de multiplier les solutions. Elles favorisent le turn-over, élément indispensable pour une équipe soumise à un nombre important de rendez-vous. Lorsqu’un entraîneur a la largesse de mettre sur le banc des remplaçants, Celestini ou Sytchev, deux internationaux, Fernandao, Meriem, on touche ici à une forme de luxe.
" Dans les grands clubs, observe Daniel Van Buyten, on voit la qualité de l’effectif à son banc. Quand on regarde les visages de ceux assis à côté l’entraîneur, on se dit: " Ouf! Sur le terrain, ce doit être terrible." Plus le banc est fort, plus le noyau aligné au coup d’envoi est fort. C’est ainsi qu’on ira loin. Alain Perrin a été clair avec nous; pour être performant le plus longtemps possible, l’effectif tournera."
Un raisonnement pour optimiser le rendement: " Etre remplaçant est une frustration, martèle Didier Drogba. Ressentir ce sentiment doit nous pousser à nous sublimer car cet état d’esprit offre une autre force à la polyvalence." Elle n’a rien de restrictive à la condition d’accepter tous les statuts: " Les dirigeants ont misé sur la concurrence, une saine concurrence, insiste Sylvain N’Diaye.
" L’idée est de tirer le groupe vers le haut. Au vrai, il n’y pas de titulaires et de remplaçants, seulement une somme de titulaires potentiels." Cela dénote d’une ouverture d’esprit, d’une faculté à accepter d’autres fonctions pour lesquelles on n’est pas ou on ne sent pas prédisposé. Fernandao a joué aux côtés de Celestini et Sytchev sur le côté droit à Guingamp, N’Diaye à droite contre Lens alors qu’il est plus à l’aise dans l’axe: " Je reste à la disposition de l’équipe et des choix de l’entraîneur", poursuit l’ancien Lillois.
" C’est une émulation, enrichit Habib Beye, défenseur latéral puis central, l’espace de vingt minutes samedi après la sortie de Van Buyten. Disposer de joueurs capables d’évoluer dans plusieurs registres pallie plein d’incertitudes, comme les blessures, les suspensions. C’est important pour l’entraîneur mais aussi pour la confiance collective." " C’est bon pour tout le monde, conforte Johnny Ecker, mais ça ne peut pas marcher à tous les coups." Il en est pourtant un ou le résultat est garanti: Brahim Hemdani. " Il est étonnant, il joue partout, il est bon partout, conclut Ecker. On n’ose pas encore lui proposer mais on se demande sérieusement, s’il ne serait pas capable de jouer dans les buts."