LA SUITE :
-Dimanche 10 juin
-Quelle journée ! On est partis aprés le déjeuner. Pendant tout le trajet, Papa et Maman n´ont pas cessé de faire des projets d´aménagement : évidemment, il faudre débroussailler le jardin, mais < < il y pousse de si beaux arbres > > !
La cuisine a besoin d´un coup de peinture, bien sûr, mais < < elle est si grande qu´on pourra y prendre nos repas > > ! Et les deux chambres de l´étage, pour Noémi et moi, on les arrangera comme on voudra, < < promis > > ! Là, j´ai vraiment tenté de me laisser convaincre. J´ai si souvent vêvé d´une chambre à moi !
Et puis nous sommes arrivés.
La maison est la dernière du village, un peu à l´écart. La grille rouillée a protesté en grinçant quand Papa l´a poussée. On s´est engagés dans l´allée de gravier, et la façade est apparue.
Pourquoi m´a-t-il semblé que la maison me regardair ? Est-ce à cause des fenêtre jumelles, à l´étage ? Leurs vitres reflétaient les formes mouvantes de deux grands pins ombrageant la cour.
Un murmure a couru dans les branches, tandis que je passais. J´ai cru y discerner une sorte de menace, un mystérieux avertissement.
Je me suis arrêtée devant les marches du perron, tandis que Papa fourgonnait dans la serrure avec la clé. Je n´avais pas envie d´entrer. Mais déjàla porte s´ouvrait, Papa et Maman s´avançaient dans un couloir sombre qui sentait le renfermé.
Ma soeur les a bousculés, a grimpé qutre à quatre les marches d´un escalier que je devinais, au fond, dans la pénombre. Une minute plus tard, une des fenêtres s´ouvrait bruyamment à l´étage, et la tête de Noémi est apparue. Elle s´est penchée, vers moi, rayonnante :
-Monte vite, Léa ! Elles sont géniales, ces chambres ! Moi, je prends celle-là !
J´ai fait de mon mieux pour ignorer mon malaise. Au fond, j´en connaissais la cause : je n´avais pas envie de déménager, voilà tout.
J´ai gravi les trois marches du perron, j´ai pénétré dans le corridor.
J´ai ressenti aussitôt un curieux malaise, comme si la maison était une chose vivante et que, à mon entrée, elle avait cessé de respirer...
J´ai visité les lieux au pas de course. Je suis ressorti en vitesse, et me suis réfugiée près de la voiture, devant la grille.
Au retour, et toute la soirée, j´ai essayéde faire bonne figure. Mes parents et ma soeur ont l´air tellement heureux, je ne voudrais pas gâcher leur plaisir.
Tout de même, je m´interroge : est ce seulement l´idée de rompre avec mes habitudes, de quitter mon collège et mes amies, qui me tourmente à ce point ? Non, il y a autre chose. C´est cette maison. Elle est... bizarre.