50.Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques;
De tes bijoux l´Horreur n´est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
L´éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L´amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l´air d´un moribond caressant son tombeau.
Que tu viennes du ciel ou de l´enfer, qu´importe,
O Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m´ouvrent la porte
D´un Infini que j´aime et n´ai jamais connu ?
De Satan ou de Dieu, qu´importe ? Ange ou Sirène,
Qu´importe, si tu rends, -fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine !
L´univers moins hideux et les instants moins lourds ? [i]
( Les Fleurs du Mal, tiré du poème XXI : Hymne à la beauté, 13-28, Charles Baudelaire).
trop beau 