Episode 1:
Déjà, quand j´étais petit, ma mère me disait de ne pas jouer avec des pistolets. Me vint très vite cette attirance de pouvoir decider d´un seul geste de la vie d´un être. La crauté, la bestialité, ce sont des notions qui vous transcendent sur le champ de bataille. Mais revenons un peu en amont.
8H00. J´ai eu 24 ans hier. Je sors sur la terrasse palper les tous premiers rayons du soleil. A demi-reveillé, la brise fouette mon visage groggi. Je fixe l´horizon, puis soudain un son vient dechirer cette idylle: " Viens voir ici, fils". La convocation affichait un sort inéluctable. J´étais appelé pour cette guerre sanguinaire, sans pitié, qui avait déjà fait tomber mon grand frère, il y a 8 mois.
1 jour plus tard.12H56. Un long couloir blanc. Amorphe, je marche mécaniquement. Je commence la guerre demain. Je pars, loin, très loin.
Le lendemain.23H22. Je suis entouré de plusieurs autres neo-soldats, nous avons tous entre 20 et 25 ans environ, les ressources humaines se font rares. La végétation hostile est sans pitié, elle boit la vie, la modèle à sa guise. Mes poumons me brulent horriblement, et cette maudite crampe me tord de douleur, c´est trop je m´arrête...
Cela fait 3 minutes que je gîs sur le sol, lechant le rebord de ma gourde pour m´hydrater.Un son.Un cri.Un spectre violet vient balaffrer mon visage. En un éclair de survie, je plonge derrière une cavité à ma gauche et saisis ma mitraillette. " L´autre" est seul, il se drappe dans l´horizon. Il m´a repéré. Soudain, à mille lieux de toute reflexion, je pivote et cours en sa direction. PAF, GLOUF, BIIIIIRP, l´étoile du bleu veille sur moi. Je cours de toutes mes forces, des gouttes prennent forme et glissent sur mes joues. En larme, je saisis mon arme et titubant, tremblant, les muscles bandés, crispés, je presse la gachette.
Cela fait deux minutes que cet être est au sol.Le sang de mon visage coule sur le sien. Je pleure. C´est la première fois de toute mon existence que j´abas une forme de vie. Un frisson inexplicable traverse mon échine. Je suis un meurtrier, seul dans cet univers, dans cette nature qui souhaite dorénavant me voir crever. Il me reste un chargeur. Je reprend mon souffle, et je cours, à nouveau, et pour toujours, pour fuir cette vérité à laquelle je dois faire face maintenant... Ma vie à pris un nouveau sens, mais je n´en suis pas totalement encore conscient.
Et d´un coup je me rappelle que déjà, quand j´étais petit, ma mère me disait de ne pas jouer avec des pistolets...
Episode 2:
Trois jours après cet incident, mon existence monotone reprit son cours. Mais chaque nuit, mon esprit torturé venait me rappeler cet acte inhumain.
La lugubre nuit drappe l´environnement, il est impossible de voir quoique ce soit à plus de 2 mètres, en partie à cause de ces torches rechargeables, centre d´attention permanent. Officier 14 est à mes cotés, il psalmodie des jurons depuis déjà trois heures, et depuis 30 minutes, son regard virevolte à gauche, à droite, je sens son souffle heurter le sommet de mon coup, un souffle chaud, tiède, humide...malsain. Après une longue journée de marche, nous décidâmes de passer la nuit dans une vaste clarière.
Notre lieutenant, visiblement harrassé, à l´instar de nous tous, par ces 15 kilos de chargement, va désigner les guetteurs. Son index se pointe sur l´officier 14. Puis, je crois entendre mon nom.
Le feu vient de s´éteindre, je n´ai pas échangé le moindre mot avec l´Officier 14. Son visage est pâle, sa bouche se tord, des spasmes réguliers tordent machinalement sa jambe droite. Il se lève, et, d´une rotation, me fait face, et soudain, il me souffle à l´oreille: " Je vais me suicider, ami. C´est moi, ou c´est toi."
Le bas de mon dos s´électrise, il sort un curieux 6 coups, et cale 1 douille à l´intérieur. Il tend son poignet, puis le ramène et plaque d´une violence inouïe l´arme sur sa tempe." Ouvre grand tes yeux, vermine"...Clic. Rien.
Je suis pétrifié, ma bouche béante, trahit aisemment ma peur intégrale. Ses yeux globuleux me terrorisent.Mais à ma grande satisfaction, une torche s´allume dans la tente du lieutenant. L´officier 14, d´une lucidité démoniaque cours à toutes jambes vers la tente en hurlant, pointe l´arme en direction de son coeur, tire une fois, deux fois, trois fois. Toujours rien ! Il se retrouve maintenant juste à 3 mètres du lieutenant.
Je suis victime d´un vertige éblouissant, et je vois defiler un tas d´images, sanglantes, cruelles. Je crois m´évanouir lorsque un son strident me sort de cette torpeur. Le lieutenant est au sol, la balle à éclaté sa machoire irrémédiablement. Cauchemar. Toute la brigade se rue sur l´officier 14, à genoux, qui referme l´engin diabolique, et d´une pression, s´envoie en enfer. Ma vie, équilibré jusqu´alors, perdit tout son sens, en l´espace de trois jours. Vivant, je suis déjà mort.