J´ai toujours pensé que c´était un garçon d´une grande pureté mais à ce point-là...
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En ce jour du mercredi 19 novembre 2003, il se rendait au lycée, prêt à affronter une nouvelle journée de cours, ce qui n’était pas si négatif car cela avait le mérite de lui occuper l’esprit… Et puis il y avait toujours la possibilité de faire des ‘rencontres’ sur le chemin…
Et cette possibilité ne se fit pas attendre…
En effet, une bande de jeunes garçons que les adultes se considérant comme faisant partie de l’élite de la société Japonaise qualifieraient de déchets suivaient le chemin du lycée, et semblaient ralentir leur pas, se sentant suivis par une victime potentielle. Allez donc savoir ce qu’ils recherchaient… Un racket pour couvrir leur fin de mois, ou le plaisir d’infliger des brimades qu’ils jugent insignifiantes sur un être qui ne l’est peut-être pas moins à leurs yeux…
Quelle sensation pouvait bien leur apporter un comportement aussi infantile ?
Il était probable qu’eux-mêmes ne connaissaient pas la réponse…
Y avaient-ils seulement déjà réfléchi ?
Quand Setsuna arriva à leur hauteur, ceux-ci se séparèrent en deux groupes et l’encerclèrent…
Ils n’avaient pas l’air plus stupides que certains adultes, mais ils semblaient rechercher un plaisir qu’ils ne ressentaient que par la mise en œuvre de leur force physique, ou simplement pour le plaisir de prononcer certaines paroles auxquelles leur victime n’oserait pas répliquer…
Le plus massif d’entre eux commença le match : « Yo Setsuna c’est vrai que ta sœur est en première année dans notre bahut ?
- Elle fait rien ce soir ? demanda son coéquipier
- Non parce qu’on se disait qu’elle devait en avoir marre de passer son temps à bosser faut décompresser de temps en temps, ajouta un autre que la nature n’avait vraiment pas gâté
- Je ne suis pas sûr qu’elle ait du temps à perdre avec des abrutis de votre calibre. répliqua Setsuna sur un ton neutre »
Cette réponse avait manifestement heurté la corde sensible de ces jeunes gens, si on en jugeait par le sentiment de colère qui semblait avoir désormais élu domicile sur leurs visages. L’un d’entre eux saisit le lycéen par le col et commença à déblatérer toute sa rancune : « Non mais dis donc toi ! Tu sais à qui tu causes ? !
- Ne me touche pas…
- Et qu’est-ce que tu comptes me faire ?
- Je te dis de retirer tes mains de ma chemise ! !! »
A peine eut-il prononcé ses paroles que Setsuna saisit le poignet de son agresseur et le retourna, jusqu’à ce qu’un craquement se fit entendre. Le propriétaire du membre abîmé se recroquevilla sur lui même, ne faisant qu’accentuer sa douleur en ayant le réflexe de serrer son poignet cassé avec la main valide qu’il lui restait.
Celui qui se trouvait à sa gauche avait à peine réalisé la situation au moment où un coup de pied ascendant lui cassa le menton…
Les deux restants avaient finalement compris qu’ils n’étaient pas forcément avantagés par leur supériorité numérique, et levèrent leurs poings, formant ainsi la pâle copie d’une garde d’arts martiaux, qui devait être plus probablement sortie d’un film vu au cinéma que d’une école officielle…
De toute façon, ces types cherchaient la bagarre depuis le début, alors Setsuna pouvait bien en profiter pour se défouler un peu…
Mais il était plus question d’exutoire que de défouloir… Quand Setsuna se laissait aller à la violence, aussi gratuite soit-elle, il oubliait ce qu’il éprouvait pour sa sœur… Tout son être était concentré sur la souffrance qu’il infligeait à ses adversaires, ou peut-être devrait-on dire, ses victimes…
Alors qu’il était sur le point de casser le nez d’un des voyous qui lui promettait 10.000 Yens s’il arrêtait de frapper, une voix qu’il connaissait bien troubla sa concentration : « Grand Frère ! »
Cette voix seule suffisait à lui faire perdre tous ses moyens… Il relâcha sa prise, et sa victime, bientôt suivie de ses comparses, partit sans demander son reste.
Sara se tenait maintenant devant lui. Après avoir jeté un œil sur l’uniforme scolaire tâché çà et là de petites gouttes de sang, elle s’approcha de son frère et lui mit une gifle dont seules les femmes semblent connaître le secret : « Abruti ! Tu n’as vraiment que ça à faire ! Juste avant le début des cours en plus !
- Tu as raison…
- Pardon ?
- Je ne peux pas aller en cours alors que mon uniforme est dans un état dégueulasse… Il vaut mieux que je sèche aujourd’hui… »
Laissant sa petite sœur sur place, Setsuna fit demi-tour et se dirigea vers le parc le plus proche. Il s’affala sur un banc dans l’intention de ne plus en bouger de la matinée, tout en supposant que Sara avait rejoint le lycée et qu’elle passerait l’intégralité de cette même matinée à ressasser dans son esprit toutes sortes de qualificatifs qui pourraient définir son grand frère.
Il était encore tôt, mais les mères de famille, accompagnées de leurs plus jeunes rejetons, se rassemblaient déjà dans l’espace public… Les enfants, encore inconscients des galères qu’ils allaient traverser dans les années à venir, coururent joyeusement jusqu’au bac à sable et y entamèrent divers travaux d’architecture sans cesse renouvelables, grâce à la friabilité du matériau utilisé.
De l’autre côté du bac à sable en question se trouvait une attraction à sensations fortes interdite aux enfants de plus de huit ans : un hideux toboggan aux couleurs criardes trônait au beau milieu du parc, et des enfants non moins bruyants ne cessaient d’y laisser s’exprimer leur adrénaline…
Le regard de Setsuna se tourna vers le ciel ensoleillé et, tandis qu’il sentait une boule se former au niveau de sa gorge, il murmura : « Mon Dieu… Si tu existes, alors je t’en supplie, protège cet ange du démon que je suis… »
Depuis des années, cette prière que Setsuna ne cessait d’adresser à un être dont l’existence reste à prouver était sans doute l’une des rares choses qui le retenait de se jeter sur sa sœur. Il était tout à fait conscient du caractère monstrueux de ses sentiments. Qui d’autre qu’un monstre pourrait ressentir un désir aussi fort envers un membre de sa propre famille ?