Voici le chapitre 32!
-Je m’étonne, seigneur Balïn que vous ayez osé proférer de telles paroles, si je puis me permettre. Vous pourrez à votre guise me fouetter ensuite, mais je devais vous le dire, je ne vous approuve pas du tout, quoi que mon opinion puisse vous faire…
Nwalïn disait maintenant ses remontrances à Balïn, et celui-ci en fut grandement attristé mais également il vit qu’il avait eu tort et raison à la fois. Il maintenait sa décision, mais il s’en voulait d’avoir offensé Ori. Ori son ami de toujours…il l’avait toujours aidé, toujours, même quand le peuple était mécontent et que menaçait le danger. Et à présent, lui, Balïn, il avait réussi à être on ne peut plus ingrat et insolent envers son ami, il s’en voulait, culpabilisait…
Nwalïn vit cette émotion dans le regard de son chef mais ne s’excusa pas ni n’essaya de le consoler. Il attendait, c’est tout, en silence tandis qu’il marchait aux côtés du fils de Fundïn.
-Je m’en étonne aussi, dit finalement Balïn d’une voix étrangement rauque, j’ai eu tort et désormais j’ai perdu un ami…
-L’amitié du seigneur Ori n’est peut-être pas irrécupérable, seigneur, suggéra habilement Nwalïn.
Balïn s’arrêta net, réfléchissant.
-C’est possible, Nwalïn, c’est possible… Toutefois, tu as vu ce qu’il m’a rétorqué quand j’ai essayé de m’expliquer ?
-J’ai vu, mais le seigneur Ori aura réfléchi, lui aussi et peut-être vous pardonnera-t-il. Il ne vous donnera pas raison, c’est sur, mais votre faute pourra peut-être être estompée dans son esprit.
-Merci pour tes conseils, Nwalïn… Je vais aller parler à Ori, mène la marche à un bon rythme, veux-tu ?
-Je ferai comme vous me commandez, seigneur.
Balïn acquiesça et se rendit auprès d’Ori, à l’arrière des rangs. Son ami bavardait avec deux autres Nains, mais il semblait ailleurs et son regard était lointain.
-Ori ? demanda doucement le fils de Fundïn, ta colère est-elle quelque peu apaisée ?
-Tu oses me demander cela ?
-Ecoute, je sais que j’ai mal agi, mais comment à présent pourrais-je revenir sur ma décision ? Tu sais que le peuple n’est pas content déjà de mes décisions passées, et là il semble être d’accord avec moi. Non, je t’arrête tout de suite, je ne veux pas dire que je ne ferai rien juste pour cela, mais tu sais qu’ils jaseront si je fais quelque chose à présent. Je suis désolé, Ori, pour ce que j’ai fait et ce que je t’ai dit…
Ses paroles finirent en un râlement rauque, et il fut incapable d’en dire plus. Ori réfléchit un instant avant de dire :
-Tu as rabattu ta fierté, ami, bien, je te pardonne pour tes paroles outrageantes et je t’invite à faire de même pour moi… Quant à ta décision, je pense qu’elle n’est pas irréversible. Nains ! cria-t-il, arrêtez-vous ! Par la décision du seigneur Balïn, chef du clan de Fundïn, Lorni sera libéré, pour peu qu’il ne discute plus sur un ordre du seigneur Balïn donné en connaissance de cause. Jures-tu, Lorni, que tu seras désormais sans cette faille ?
Lorni regarda Ori d’un air hagard, hébété avant de dire d’une voix où perçait l’adoration :
-Je le jure, seigneur, je quémande au seigneur Balïn qu’il me pardonne, j’ai agi sous le coup de l’impulsivité. Permettez-moi de me racheter. J’étais éclaireur à Erebor, je peux partir explorer le chemin devant nous !
Balïn lança un regard gratifiant à Ori avant de se tourner d’un air étonné et concentré vers Lorni.
-Bon, va alors, pars en éclaireur, tu as mon pardon. Que cela vous serve de leçon à tous, Nains de mon clan !
Les murmures des Nains volèrent en tous sens, tandis qu’Ori et Balïn se réconciliaient.
Quelques étages plus bas, Haldïn, Odal et Aldaia ne perdaient pas de temps. L’Arfëa guidait les Nains à travers divers salles et couloirs, et cela les mettait un peu mal à l’aise qu’elle connaisse le Khazad-Dûm mieux qu’eux-mêmes, mais ils ne s’en plaignaient pas. Ils prirent ainsi nombre d’étroits et tortueux escaliers, Odal en avant et Aldaia en arrière, Haldïn entre les deux.
-Attendez, siffla Odal alors qu’ils s’apprêtaient à entrer dans une salle à la fin d’une volée d’escaliers aux marches défectueuses, il y a quelque chose là !
-Quoi donc ? interrogea Haldïn, des ennemis ?
-Oui, mais bizarres, ils ne sont pas d’ici, fit Odal.
-Aucun ennemi n’est d’ici, Odal, le Khazad-Dûm est à nous.
-Ils ne vivent pas ici, corrigea Odal, pas comme les gobelins, ils ne sont pas habitués à l’obscurité et aux tunnels, nous avons un avantage.
Haldïn jeta un regard à Aldaia, puis poussa Odal en avant.
-Allons-y, ils n’ont rien à faire ici et notre but est de reconquérir cet endroit, si des ennemis viennent ici du dehors, ça ne va plus.
Après avoir murmuré ces paroles, Haldïn eut un regard appuyé pour Aldaia ; cette dernière s’abstint de tout commentaire, mais sortit de l’ombre de sa cape deux longues dagues étranges. Elles n’étaient pas elfiques, mais cela y ressemblait et étaient couvertes d’arabesques vert clair luminescentes qui projetaient un mystérieux halo de la même couleur autour de ces armes.
-Vos armes sont bien étranges, Dame Aldaia, elles ne ressemblent à aucune autre que j’aie vue, et pourtant si les Nains connaissent quelque chose, ce sont bien le métal et les armes ! s’exclama Haldïn.
-Ce sont les miennes, c’est tout. Vous n’avez pas besoin d’en savoir plus, allons-y.
Odal brandit sa lourde double hache à deux mains, tandis qu’Haldïn sortait deux haches de taille moyenne, simples, ses armes de prédilection.
Odal s’élança alors en un cri féroce dans la salle, suivi de près par un Haldïn rugissant et une Aldaia calme et posée.
-Holà, vile engeance de Sauron ! héla Odal, qui êtes-vous et que venez-vous faire ici, au Khazad-Dûm ?!
Un cri aigu se fit entendre, un cri de surprise. En face des Nains et de l’Arfëa se tenait une étrange compagnie. Un orque à l’air important, sans doute le chef, était au milieu d’orques et de gobelins. Il tenait à la main un sombre cimeterre, et son armure noire était marquée du signe de l’œil.
-Salut, rats ! fit le chef dans la langue commune, avancez, ne vous terrez pas dans l’ombre… ! Gash ! ordonna-t-il ensuite en orque à un de ses hommes et celui-ci alluma des torches qu’il accrocha aux murs.
-Ah, poursuivit le chef orque, des petits rats du nord-est… mais qu’est-ce que cela, interrogea-t-il en montrant Aldaia du doigt.
-Héa, orque, je suis une disciple d’Oromë, mais cela ne te dira rien je pense.
-Disciple d’Oromë ? fit l’orque incrédule.
-Ne souille pas son nom de tes lèvres infâmes ! lança Aldaia en articulant exagérément.
-Une hybride ? suggéra l’orque, oui c’est cela, une immonde hybride !
-Que faites-vous ici, vils serviteurs de l’impuissant Sauron ? reprit Haldïn.
-Impuisant ?! Tu veux vérifier ? ricana le chef orque, nous sommes là pour inspecter les travaux de ces idiots de gobelins, annonça l’orque, et pour nettoyer cet endroit de ses rats.
-Quoi ?! rugit Odal, quelle insulte ! A l’attaque !! !
Les ennemis étaient une quinzaine et Odal se jeta dans le tas, nul doute que s’il n’avait pas eu d’aide il serait mort… Haldïn le suivit immédiatement, fonçant dans les ennemis sans plus de distinction que son comparse.
-A Oromë Aldaron! cria Aldaia avant de se jeter dans la bataille elle aussi.
Haldïn était aux prises avec cinq orques et un gobelin, il faisait tournoyer ses haches dans tous les sens, espérant ainsi parvenir à résister à ses ennemis. Il esquiva une flèche de gobelin et tua un orque d’un coup dans la poitrine, avant de se baisser pour éviter le cimeterre d’un autre. C’est alors qu’il prit puissant coup de pommeau dans le dos, entre les omoplates, le clouant à terre. Heureusement que son armure de mailles était là pour le protéger. Mais il ne serait plus protégé très longtemps si la situation se maintenait… Il essaya de se relever malgré la douleur qui le lançait horriblement. Il le fit assez pour parer un coup, puis et autre, et finit par se remettre complètement debout. Il avait encore mal, mais il savait se battre. Il empoigna fermement ses haches et se déchaîna, gagné par l’ardeur de la bataille, la fureur décuplant ses forces, si bien qu’il vainquit tous ses ennemis en un temps record. Odal en avait abattu cinq autres et Aldaia était toujours aux prises avec un, qu’elle finit par décapiter. Le chef orque, voyant que ses hommes étaient tous morts, lança un regard haineux à ses assaillants.
-Vous êtes forts, rats, mais je ne vous laisserai pas le plaisir de me vaincre moi ! Sachez que je suis l’envoyé de l’Oeil, de Sauron le Grand, et que je reviendrai ! J’ai pris votre pitoyable ancien royaume en main, et je ne le lâcherai pas !
Ayant dit cela il partit en courant dans un couloir, fuyant lamentablement le champ de bataille.
- Baruk Kazhad ! Kazahd Ai-menoû ! cria Haldïn en lançant une hachette vers le lâche chef orque, qui retomba malheureusement à terre en un grand bruit de ferraille.
-Oh, non ! Ashhh ! je l’ai raté ! s’exclama rageusement Haldïn.
-Comme vous l’avez dit les haches des Nains sont à ses trousses, le rassura Aldaia, et n’ayez nul doute qu’elles le retrouveront et lui ôteront la vie un de ces jours.
-Comment… ?! Vous connaissez le khuzdûl ? interrogea Odal d’un air surpris.
-Certainement, Odal, je connais toutes les langues de la Terre du Milieu. Cela m’a bien occupée durant des centaines d’années.
Haldïn et Odal se tinrent cois, surpris par la nouvelle. A leurs yeux, nul autre qu’un nain ne pouvait connaître le khuzdûl.
-Et où l’avez-vous donc appris ? demanda suspicieusement Haldïn.
-Un Nain fort âgé et intelligent m’a appris, il y a longtemps. Il avait compris qui j’étais et était persuadé de mes bonnes intentions.
Les Nains se turent, à court de mots.
-Bien, continuons, vos haches devront attendre avant d’atteindre cet orque, il vous faut rejoindre votre clan et je sens que nous n’en sommes plus très loin, seulement si nous ne nous hâtons pas, nous allons manquer vos compagnons.