Chapitre 30
-Les cinq salles suivantes sont vides et sécurisées, j’avais craint que de sombres choses rôdassent par ici, c’est une partie ténébreuse des mines de la Moria.
Aldaia était revenue rendre compte de l’état de leur itinéraire prochain, à elle, Haldïn et Odal.
Odal frémit.
-Noble dame Aldaia, commença-t-il, j’accepte le fait que vous n’aimiez pas le Khazad-Dûm, libre à vous, mais s’il vous plaît, n’appelez pas la demeure illustre de nos ancêtres « mines », je vous en prie…
Aldaia tourna la tête vers le visage triste et las d’Odal.
-Ainsi soit-il, je n’appellerai donc pas un endroit que vous aimez et révérez par un nom que vous estimez péjoratif, toutes mes excuses, fils d’Oldamar.
Odal hocha la tête, satisfait. Tout compte fait, pensa-t-il, Aldaia n’était pas si antipathique qu’il se l’imaginait.
-Dame Aldaia, je ne veux pas vous importuner mais, s’il m’est permis de vous poser une question euh… ? dit Odal d’une voix mal assurée.
-Allez-y.
-De quelle race êtes-vous ? demanda alors Odal, oh, je ne veux surtout pas vous importuner ni vous offenser, Dame Aldaia ! mais, je me le demande, c’est tout.
Il risqua un faible sourire.
-Certainement, vous savez d’où je viens, puisque je vous l’ai dit, là-bas vivent les Valar, cela aussi je vous l’ai dit. Oromë nous a créés, nous sommes de moindre rang que les Maiar, mais de plus important que les Elfes. Nous avons reçu le nom d’Arfëa, les nobles esprits, s’il ne s’agit que de mettre un nom sur ce que vous voyez. Ce que je suis en vérité est trop complexe pour vous, puisque que vous ignorez tout des Valar et des Maiar… Mais ce nom seul pourra vous satisfaire j’imagine.
-Assurément, noble parmi les nobles, Dame des Arfëa, grand merci.
Cette fois se fut un sourire sincère qui illumina le visage d’Odal, paraissant le rajeunir de quelques années.
-Et merci pour vos louanges, j’apprécie mais détrompez-vous, répondit Aldaia d’une voix plus rude, les miens ne sont pas nombreux, nous n’avons pas de seigneur ni de rangs plus élevés que d’autres.
Puis, voyant l’expression de culpabilité sur le visage d’Odal, elle se reprit :
-Excusez-moi si je vous ai parue désagréable, ce n’était pas mon intention, vous ne pouviez pas savoir et vous avez cru bien faire.
Odal acquiesça, plus heureux.
« Voyez ! dit Aldaia un peu plus tard, un escalier ! Il est très long, il monte en spirale sur plusieurs dizaines de mètres. »Elle se tut un moment, hésitante en regardant Odal. « Il nous faudra l’emprunter, avertit-elle. »
« Eh bien, allons-y, Dame Aldaia ! » Haldïn sourit, Aldaia le regarda puis dit :
« Oui, allons-y… Odal, passez donc devant, je reste en arrière. »
Haldïn la regarda avec insistance, soupçonneux.
« Est-ce là une escorte que vous mettes en œuvre pour moi, Dame Aldaia ? , finit-il par demander en une amère ironie, pourquoi n’irais-je pas en avant ? Qu’en dis-tu, Odal ? »
Odal haussa les épaules, indifférent.
« Vous devriez le savoir, Haldïn, dit Aldaia en souriant mystérieusement, en tous les cas, moi je sais ce qu’il s’est passé au-dessus de ce gouffre et j’ai sondé votre esprit à notre rencontre. »Elle s’arrêta un moment, silencieuse, fixant Haldïn d’un regard pénétrant. « Il vaudrait mieux que vous restiez entre Odal et moi-même, ne vous-en vexez point, vous n’êtes pas plus faible, au contraire, mais il le faut et si vous ne le voulez pas je vous y obligerai, dussé-je vous assommer, vous enchaîner ou vous combattre, et c’est pareil pour vous si vous protestez, Odal. Je vous demande de me faire confiance, je pense que vous pouvez le faire sans crainte. »
Haldïn la regarda haineusement avant de dire : « Puisque vous m’y obligez… j’essaie de faire des efforts, Dame Aldaia- il dit le Dame avec insistance- pour être poli avec vous, sachant que vous êtes bien plus noble que moi, mais vous conviendrez qu’en pareilles circonstance ce n’est pas chose facile. »
Aldaia sourit et répondit : « Certes, j’en conviens mais cela ne change rien à notre affaire, allons-y. » Comme Haldïn et Odal restaient inertes, elle dit plus fort et avec plus d’insistance : « Odal, montez donc ! Et suivez-le, Haldïn, allez ! »
Odal monta les marches sans un mot, sans une remarque, suivi par un Haldïn furieux et grommelant.
« Je me demande pourquoi je vous obéis, Dame Aldaia, pourquoi je ne vous fends pas le crâne du tranchant de ma hache… » Haldïn s’était retourné, les signes noirs sur sa peau étaient toujours faiblement présents désormais, et ils s’intensifiaient selon son humeur. « Alors, reprit-il, qu’avez-vous à dire à cela ? »
« Rien à part ceci : avancez ! Si vous souhaitez retrouver votre clan, il nous faudra nous hâter quelque peu, trop longtemps vous êtes vous reposés. Vous ne ferez rien de votre menace, Haldïn. Vous vous demandez pourquoi vous m’obéissez, c’est vrai, et vous êtes en droit de le faire, bien sur. Peut-être qu’en votre cœur, vous savez que j’ai raison, mais vous aimeriez avoir réagi autrement, car vous vous dites que cela n’est pas digne de vous de ne pas vous opposez à ce que je vous ai enjoint de faire. Vous voyez Haldïn, peut-être vous ai-je mieux compris que vous ne le pensez. »
« Oui…. » Haldïn déglutit avec difficulté. « En vérité. Et je vois que ce que vous dites est vrai, quelque part, je vois ces signes sur moi et… mais je ne comprends pas, je ne sais pas ce que j’ai, Aldaia, et vous oui mais vous ne voulez pas me le dévoiler et cela je ne le supporte pas. »
Aldaia s’apprêta à rétorquer en une cinglante remarque, mais elle se reprit : « Je le comprends, mais je ne peux tout de même rien vous dire. Hâtons-nous maintenant, voulez-vous ? »