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Chapitre 27
Quelques niveaux plus haut, Balïn, fils de Fundïn, venait de s’éveiller après une nuit de fête, bien que son humeur n’eut pas dû s’y prêter si bien qu’elle le fit. Au regard du nouveau jour, cela lui paraissait bien indigne d’avoir festoyé sans vergogne alors que deux Nains de son clan avaient été séparé du reste. De plus, outre cette culpabilité écrasante, Balïn devait subir l’ennemie de tous ceux qui aimaient la bonne chère et la boisson, le fléau des lendemains de fête : la gueule de bois. Il ressentait un mal de tête abominable, comme si l’on y avait enfoncé plusieurs lames chauffées à blanc, cela l’empêchait bien évidemment de se concentrer sur son problème actuel. Lequel était de s’occuper d’une affaire importante : une mystérieuse créature aux intentions de semblant pas être pacifiques rôdait aux alentours du campement de ses gens. Pour le moment, Balïn essayait d’écouter Ori qui lui parlait de ce problème, ce qui relevait de l’exploit tant sa tête le faisait souffrir, il avait d’ailleurs l’esprit ailleurs et n’écoutait plus son ami que d’une oreille. Celui sembla s’en apercevoir.
-Les lendemains de fêtes sont durs pour ceux qui ont bu, dit-il, ton attention ne m’est pas acquise pour l’instant…
-Quoi ? Oh ! tu as raison, bien sur, répondit le fils de Fundïn, sortant de sa torpeur du moment, je ne sais pas ce qui m’a poussé à boire autant hier soir, je suis désolé, je ne peux t’écouter ainsi. Ne possèderais-tu pas un remède contre ce mal de tête, mon ami ? L’affaire dont nous avons à parler est importante, mais je ne peux en débattre dans pareilles conditions, je suis navré.
-Certes…Nous devrions peut-être reprendre cette conversation plus tard alors… je n’ai aucun remède contre le mal de tête résultant d’un excès d’alcool comme c’est ton cas, nous nous retrouverons quand tu iras mieux.
Balïn acquiesça, il trouvait son ami un peu distant ce matin. Ori n’aimait pas ne pas être écouté, se souvint-il. Il se recoucha, espérant que le sommeil soulagerait ses maux, et qu’Ori lui pardonnerait, tout honteux de son attitude.
Ori, pour sa part, après avoir laissé seul un Balïn honteux, s’en retourna vers les autres. Beaucoup de ceux qui avaient bu dormaient encore, bien que la matinée fut relativement avancée ; on pouvait entendre de temps à autres un ronflement se répercuter sur les murs de la salle pentagonale où les Nains campaient en ce moment. Ori contourna quelques corps inertes enveloppés de capes et de couverture pour s’arrêter devant un jeune Nain perdu dans ses pensées : c’était Nwalïn.
-Bonjour Nwalïn.
-Bonjour, répondit le Nain d’un air maussade en relevant la tête, je n’ai pas très envie de parler, sieur Ori.
-Et pourtant il le faudra, et j’espère que mes paroles pourront vous égayer quelque peu, annonça Ori en s’asseyant à côté de Nwalïn.
-Il m’étonnerait fort que vos paroles m’égayent, mais je les écouterai toutefois, parlez.
-Votre humeur n’est pas à l’ordre du jour, vous vous inquiétez pour Haldïn et Odal, et vous avez raison, bien sur, mais moins que ce que vous pensez.
-Comment cela ? Expliquez-moi, seigneur Ori, je ne comprends pas.
-Balïn a décidé que nous allions descendre pour essayer de retrouver nos amis.
-Je sais cela, s’emporta Nwalïn, Balïn souhaite que nous descendions jusqu’à nous trouver là où il pense qu’Haldïn et Odal sont tombés, c’est tout. S’ils n’y sont pas nous poursuivrons notre route, mais ils auront bougé s’ils sont vivants, ils ne seront pas restés bien tranquilles à nous attendre !
-Voilà pourquoi je suis venu vous parler. Balïn et moi nous connaissons bien, et de longue date. Même si nos amis ne sont pas là où nous allons, nous poursuivrons les recherches, Balïn aime bien Haldïn en fin de compte, et Odal lui fait un peu pitié à cause du sort de son père ; en outre, c’est un fidèle soldat et un combattant talentueux. N’ayez pas d’inquiétude, nous les chercherons autant que faire se peut.
Nwalïn regarda Ori sans rien dire puis rompit le silence.
-Si ce que vous dites est vrai, seigneur Ori, c’est une bonne nouvelle, très bonne, et ne pensez pas que je ne vous prends pas au sérieux, mais il m’est difficile de croire à cela, mais j’ai le cœur plus léger et il en va de même pour mon humeur.
-Alors peut-être accepterez-vous de me rendre un service, les nôtres ont l’esprit bien dissipé par l’alcool, Balïn également, j’ai renoncé à lui parler. Voici, une mystérieuse créature rôde dans les parages, je ne sais pas ce que c’est, je n’étais pas là pour la voir mais les gardes l’ont sentie. J’aimerais que vous ouvriez l’œil, si Odal avait été là je le lui aurais demandé…
Nwalïn hocha la tête et dit :
-D’accord, je ne sais pas exactement ce que vous entendez par « ouvrir l’œil » mais je serai vigilant, seigneur Ori.
-Bien.
Plus tard, après que le soleil a été à son zénith, Ori retourna voir Balïn. Ce dernier était beaucoup plus attentif que le matin-même, il était à nouveau dans son état normal.
-Ah, Ori ! Je suis désolé pour ce matin… je suis tout ouïe à présent, prévint le fils de Fundïn en un sourire, parlons.
-Allons-y alors, répondit placidement Ori, je ne sais rien de la chose que les gardes ont sentie, mais ce n’est pas une bonne nouvelle, nous ne devrions pas rester trop longtemps ici, voilà mon avis.
Balïn, bien qu’il trouvât étrange cette opinion, ne voulut pas s’opposer à son ami puisqu’il l’avait déjà un peu contrarié, offensé pourrait-on dire, le matin-même et se rangea à son avis.
-Bien, alors nous partirons ce soir, quoi qu’en puissent dire les gens du clan, je suis leur chef après tout, même si je ne veux pas être un tyran. Devoir quitter Cavenain les a mécontenté…
Ori acquiesça.
-Bonne nouvelle.
-Par ailleurs, mon ami, poursuivit Balïn, j’espère que tu me pardonneras ma torpeur du matin… tu sais le mal que j’avais, la gueule de bois est une plaie !
-La boisson en est une lorsque l’on en abuse, grogna Ori, mais soit, je n’ai jamais eu l’intention de me fâcher contre toi, mon vieil ami- il sourit- ma mauvaise humeur et la bêtise m’ont aveuglé.
-Non, je suis le seul fautif. Ori, j’aimerais te demander…crois-tu qu’Haldïn et Odal soient encore vivants ?
-Je pense, oui, mais je ne suis sur de rien.
-Bien. Alors aide-moi maintenant, préparons-nous au départ ! Il faut secouer les autres.