Voilà
L’orque leva une nouvelle fois son cimeterre et asséna à Norlim un coup qui fit vibrer son épée, lançant un picotement irritant dans sa main et qui remonta le long de son bras jusqu’à son épaule. Norlim avait lui aussi abattu son arme à cet instant. Les armes s’entrechoquèrent avec violence et un grand bruit de métal qui résonna désagréablement à l’oreille du Gondorien ; les deux opposants poussaient avec force leurs armes l’une contre l’autre. L’instant parut durer des heures, les deux protagonistes se regardaient haineusement, bien décidés à défendre chèrement leur vie, les dents serrées et les muscles des bras et du visage contractés par la concentration. Norlim vit bien qu’il ne pouvait gagner par la force, car Sauron avait doté ses soldats d’une grande force d’origine maléfique, et leur avait appris à se battre jusqu’à la mort, leur répétant sans arrêt qu’ils n’étaient que des soldats et que leurs vies n’avaient pas d’importance aucune. Le capitaine de Pelargir réfléchit à toute vitesse, son front tout plissé par son effort. Son bras droit, avec lequel il tenait son épée, lui faisait mal car il avait déployé beaucoup de force dans son combat et sa chute n’avait rien arrangé. Par ailleurs, son ennemi était très fort, malgré les apparences, et quant au poignet gauche du soldat de Gondor, il semblait endormi pour l’instant, la douleur avait disparu mais Norlim ne sentait plus ses muscles à cet endroit. Aussi décida-t-il de ruser et d’être plus malin que son adversaire. Il usa d’une feinte que personne ne lui avait jamais apprise, et à laquelle il avait pensé sur le moment, avec l’excitation du combat. Habilement, sans aucun signe avant-coureur, il fit glisser sa lame sur celle de son ennemi tout en réalisant un tour sur lui-même. Il se laissa judicieusement emporter par son élan et son épée atteignit le capitaine orque dans le flanc. Le soldat portant le signe de l’Oeil tomba à genoux parmi les cadavres et regarda Norlim dans les yeux avec une haine peu commune.
Sans un regard pour le serviteur déchu du Seigneur des Ténèbres, Norlim lui planta son épée en pleine poitrine, le tuant sur le coup. Un flot de sang coula de la bouche de l’orque et tomba sur le sol par gros bouillons. Le corps de l’ennemi n’était plus retenu que par la lame fichée dans son ventre ; le Gondorien la dégagea et le corps à présent sans vie du capitaine de Sauron tomba lourdement sur le sol. Norlim le regarda un moment sans bouger, aucune expression particulière au visage, puis il sourit mystérieusement et c’était un sourire dément. Il était possédé par l’ardeur de la bataille et s’il était réticent au départ à se battre et à voir ses hommes se faire massacrer, il n’en était plus rien à présent, il avait le désir de venger tous ses soldats tués désormais, et c’est ce qu’il se promit de faire du mieux qu’il le pourrait.
Un peu plus loin, un chevalier à la livrée du Cygne de Dol Amroth se démenait contre quatre montagnards robustes portant chacun une ou deux haches grossières mais bien aiguisées. Le chevalier parait successivement les coups des barbares, une tâche difficile mais qu’il accomplissait fort bien. Il devenait urgent cependant, que quelqu’un l’aide, sinon il mourrait tôt ou tard. Norlim appela un de ses soldats qu’il vit tout près de lui et s’avança avec lui vers le groupe de combattants.
-Héa, ami au Cygne ! Nous venons à ton aide ! cria Norlim en courant vers son allié.
L’homme hocha la tête en signe de remerciement, ne pouvant se permettre plus s’il ne voulait pas perdre la vie. Il para encore un coup avant que Norlim n’arrive.
Le soldat l’accompagnant était armé d’une pique, aussi attaqua-t-il en premier lieu, enfonçant la pointe acérée dans le ventre de l’un des montagnards. Ce dernier tomba sur le sol en un bruit d’agonie, et resta là, mourant, avant de se faire piétiner par l’un de ses anciens coéquipiers venu attaquer les soldats du roi Elessar. Norlim tua d’une habile estocade l’un des barbares, puis se baissa à temps pour esquiver les haches d’un autre. A présent il restait deux ennemis et eux étaient trois, pensa Norlim, la victoire était assurée. Deux, ils n’étaient plus que deux et plus trois désormais, le soldat de Pelargir venait de recevoir une hache ennemie dans la gorge. L’hémoglobine de ses ennemis sembla stimuler l’un des montagnards, qui plongea subitement sur le chevalier de Dol Amroth. Norlim crut qu’il allait se retrouver seul, mais l’homme du Pays du Cygne sauta sur le côté, se releva, et asséna un coup mortel à son assaillant. Norlim chargea alors le dernier ennemi et le décapita d’un coup net et fort. La tête retomba sur le sol rouge du sang des morts, le maculant encore un peu plus du liquide vital.
Le chevalier de Dol Amroth remercia rapidement Norlim puis remonta en selle – il avait chuté de son cheval un peu plus tôt lorsque celui-ci s’était cabré – pour aller retrouver le Prince Imrahil qui combattait vaillamment avec une douzaine d’hommes.