Le campement des Nains était en pleine effervescence depuis ce qui s’était passé le matin même avec Haldïn. Ori devait réfléchir tranquille et tout le bruit régnant dans la salle ne lui convenait pas du tout, il partit dans le couloir. Trois gardes étaient placés devant la porte de la salle.
-Bonjour, dit Ori d’un air absent.
-Bonjour, seigneur Ori, répondit l’un d’eux, qu’allez-vous faire ? Simple question de sécurité, vous ne devriez pas partir trop loin.
-Rassurez-vous, jeune homme, je m’isole juste un peu, j’ai besoin de réfléchir, c’est tout.
-Ah, déclara le garde, en effet, il ne fait pas très calme…c’est à cause de cette histoire…Nous n’avons pas bien entendu, l’un de nous serait tombé malade, avec des signes partout sur lui ?
-Euh…oui, dit Ori mal à l’aise, c’est à cela qu’il me faut réfléchir, je ne vais pas très loin.
-Eh bien bonne réflexion, sieur Ori, puissiez-vous trouver réponses à vos questions.
-Merci.
Ori désormais, réfléchissait, comme il l’avait annoncé. Ce qu’Haldïn lui avait raconté occupait toute ses pensées. Le lieu qu’il avait vu dans son rêve, celui qu’il lui avait décrit avec tant de précisions, cet endroit aux lueurs vertes, il l’avait identifié comme Minas Morgul, l’ancienne Minas Ithil, au loin dans le sud, à l’est de Minas Tirith, à la limite du Mordor, le royaume de l’Ennemi. Et les ombres, les choses noires qu’Haldïn avait vues n’étaient autres que les Nazgûl, évidemment. Ce qui intriguait et angoissait Ori, c’était qu’Haldïn avait dit que les Nazgûl l’avaient vu et que celui qu’Ori avait identifié comme le Roi-Sorcier d’Angmar l’avait transpercé de sa lame. Sa lame, justement, ne pouvait être qu’une lame de Morgul aux pouvoirs maléfiques mystérieux et assez méconnus, ce qui n’annonçait rien de bon. Maintenant, il ne comprenait pas ce qui était arrivé à Haldïn. D’abord, comment avait-il pu avoir cette vision, voir ces choses ? Et puis, comment avait-il fait pour avoir tous ces signes gravés sur la peau et être si malade… ? Sans aucun doute, toute sa vision était vraie, Haldïn ne connaissait pas ces choses, il ne pouvait pas les avoir inventées. Pour ce qui était de son état actuel, la réponse vint à Ori, foudroyante de stupeur et de terreur : Haldïn avait bel et bien été transpercé par la lame de Morgul, mais dans sa vision seulement. Cependant, il y avait malgré tout eu des répercussions sur lui, et voilà le résultat… Cela était étrange et effrayant à la fois, très effrayant. Mais comment se faisait-il que la lame qui s’était enfoncée dans la poitrine d’Haldïn dans sa vision eut pu avoir un tel effet sur son véritable corps ? Tant de questions sans réponses… Il fallait malgré tout trouver une solution pour Haldïn, car sans nul doute, il était en train de passer dans le royaume des ombres, de passer aux Nazgûl, à l’Ennemi ! Il deviendrait un spectre…comme les Nazgûl, et leur serait soumis. Ori ne pouvait accepter cela, Haldïn était son ami à présent. Mais quelle solution avancer ? Quelle pourrait être la solution à cela au plus profond du Khazad-Dûm ? ! Ori n’en voyait pas, hélas.
Le garde qui lui avait déjà parlé vit la tristesse sur son visage et lui demanda, inquiet :
-Seigneur Ori ? Vous allez bien ?
-Quoi ? ! Oh ! pas vraiment jeune homme, pas vraiment…Qui êtes-vous ?
-Je suis Odal fils d’Oldamal.
-Oldamal ? Ce nom me dit quelque chose.
-Mon père était garde royal de Naïn, il tomba aux côtés du roi à la porte de la Moria, durant la bataille d’Azanulbizar, dit Odal avec amertume.
-Vous êtes donc là pour le venger ? Vous ne faisiez pas partie du clan quand vous êtes venu ?
-Non, en effet, je n’étais pas du clan de Fundïn, et je ne le suis toujours pas, j’imagine. Quant à votre autre question, oui, c’est pour cela que je suis venu…en partie, et puis aussi pour ce qu’on raconte sur cet endroit.
-Vous me paraissez intelligent, jeune ami, dites-moi, connaissez-vous Haldïn ?
-Haldïn ? C’est lui qui a découvert la salle qui nous a sauvés à l’entrée ici… je le connais de vue, je saurais le reconnaître, pourquoi ?
-Nous sommes amis, il se passe…d’étranges choses pour lui, qui ont ou auront leurs répercussions. Bientôt, je n’aurai plus une si grande influence sur Balïn, oh, il est mon ami, bien sur, mais le cœur d’Oïn renferme toujours une part de noirceur. Ah, mais pourquoi vous embarrassé-je ainsi avec de telles paroles, elles glisseront sur votre esprit, inutiles, et vous suivrez aveuglément Balïn et Balïn suivra l’avidité d’argent et de pouvoir.
-Si je puis me permettre, seigneur, bien que je n’aie pas compris la moitié de vos paroles, vous semblez affirmer que Balïn fera une erreur et que nous l’y suivrons ? Je ne pense pas qu’il en sera ainsi si vous le conseillez.
-Mais peut-être mes conseils n’auront-ils plus, plus tard, la valeur qu’ils ont maintenant, sourit Ori, amusé par la conversation et par l’air dépité d’Odal.
-Et le seigneur Oïn y serait pour quelque chose ? Je ne le pense pas mauvais et il n’en a pas l’air, sauf votre respect, le seigneur Balïn lui a pardonné ses fautes et il a dit que c’était l’œuvre d’une sorte de malédiction, je m’en remets à son jugement.
-Faites, je vois votre personnalité…vous êtes tout dévoué à Balïn et à la mémoire de votre père, aussi mes avertissements ne servent à rien. Faites tout de même attention. Pour en revenir à Haldïn, c’est lui qui est tombé malade ce matin… Que pensez-vous de moi ?
-Quoi ? ! interrogea Odal, surpris par la question soudaine d’Ori, oh euh…vous êtes quelqu’un de très sage je pense, pourquoi cette question ?
-Je souhaiterais que vous parliez à Haldïn quand il sera rétabli, voyez ce qui se fera alors et nous verrons. L’avenir m’est caché, c’est un mystère que nul ne peut percer.
Il sourit et se retourna, s’apprêtant à retourner auprès de Balïn, lui annoncer ses découvertes.
-Attendez, seigneur Ori, vous avez dit que l’avenir vous était caché, pourtant, vous m’avez parlé d’une erreur que Balïn fera. Alors … ?
-Alors, cela je l’ai deviné en regardant les actes et l’esprit de Balïn si l’on veut…J’éveille la curiosité en vous ?
Ori découvrit ses dents d’un sourire étrange, qui semblait quelque peu dément.
-Oui… répondit Odal, interloqué.
-Bien.
Et se contentant de cette réponse, Ori tourna le dos à Odal et se dirigea vers la salle remplie de Nains en pleine conversation. Odal, ébahi, le regarda partir. Ori lui avait toujours paru sage et respectable, mais après cette conversation, il avait l’impression que le Nain était un peu fou…