Très énervé Henri
Vous aviez dit que cette édition 2005 était " l´année ou jamais". Il y avait quelque chose d´énorme à faire...
Henri Pescarolo : On a fait quelque chose d´énorme, on pouvait faire quelque chose de plus énorme encore. Si on m´avait dit en début d´année que l´on occuperait les deux premières places sur la grille de départ et la 2e marche du podium, entre les deux Audi, j´aurais signé des deux mains. C´est vrai que je suis énormément déçu car on avait la voiture, les pilotes et l´équipe pour gagner, et très facilement. Car après notre ennui de boîte de vitesses ( sur la N.16), on a remonté une demi-heure sur l´Audi de tête. On pouvait occuper la 1ère et la 2e marche du podium. Mais pour une petite équipe privée comme la mienne, arriver à ce résultat, c´est formidable.
Votre êtes passé de l´image d´un indépendant éclairé, passionné, à celle d´une équipe capable de rivaliser avec de grandes équipes. Vous avez pris un énorme risque financier pour faire évoluer votre équipe afin d´obtenir ce résultat...
H.P. : Dans le sport automobile, la partie financière est capitale, mais l´équipe technique aussi. J´ai réussi à monter en cinq ans une équipe égale des toutes meilleures, que ce soit les ingénieurs, les techniciens, les mécaniciens. On a vraiment une équipe de pointe, avec un budget extrêmement étriqué. Ce résultat est la preuve d´une grande compétence de Pescarolo Sport, prête à affronter les plus grands. Maintenant, j´aurai besoin de beaucoup plus si Audi revient comme team officiel l´an prochain, si Peugeot est là officiellement, si d´autres constructeurs comme Nissan ou Toyota reviennent.
Cette course est malheureusement devenue très vite une course contre-la-montre, ce qui a impliqué des prises de risques de la part de vos pilotes, avec des sorties de piste qui vous ont certainement déplu...
H.P. : Au moment où l´un de mes pilotes a fait une bêtise, Soheil Ayari pour ne pas le nommer, qui a accroché une voiture d´une manière stupide ( une Panoz), il a gâché complètement la course de la N.17. Une partie du train avant a été un peu tordu et la voiture a été difficile à conduire le reste de la course. Ceci dit, Sébastien Loeb et Eric Hélary s´en sont parfaitement accommodés. Après, c´est de nouveau Soheil Ayari qui a eu deux accidents, et la deuxième fois, elle était détruite et pas réparable. Tout cela n´est pas du à une prise de risques inconsidérée car il n´y avait aucune consigne d´aller vite à ce moment-là. On avait une voiture tellement supérieure qu´on pouvait aller plus vite que les autres dans une tranquillité absolue, et avec un maximum de prudence dans le trafic. C´est ma deuxième grosse déception. C´est complètement inadmissible car cela a empêché Sébastien Loeb de franchir la ligne d´arrivée en très bonne place car cette voiture n´a eu aucun ennui technique.
Vous avez mis des pilotes sur la touche pour moins que ça...
H.P. : Il est certain que ce genre d´incidents avec un pilote me gêne beaucoup.
Soupçonniez-vous une telle capacité d´adaptation de Sébastien Loeb ?
H.P. : Si j´avais eu un doute quelconque, ou pensé que je compromettais les chances de la N.17 en mettant Sébastien dedans, malgré tout l´intérêt médiatique, je ne l´aurais pas fait. J´avais dit qu´il serait compétitif au Mans parce qu´on lui a permis de faire quelques séances d´essais au cours desquelles il a énormément progressé. Il a fait quelque chose d´extraordinaire et d´exceptionnel cette année. Etre en tête du championnat du monde des rallyes et prendre le temps d´aller faire quelques séances d´essais dans un auto complètement inconnu comme un prototype, sur des circuits qu´il ne connaissait pas, et s´y adapter aussi vite, c´est un énorme, immense champion. En plus, il est d´une gentillesse et d´une simplicité désarmantes. Il a vraiment tout pour lui. Il a fait une course splendide. Et c´est pour cela que je suis tellement déçu qu´un de ces coéquipiers ait tout gâché.
Quel regard portez-vous sur l´exploit de Tom Kristensen ?
H.P. : C´est complètement invraisemblable. Réunir sept fois ces trois éléments aussi difficiles à avoir que la voiture pour gagner, les coéquipiers capables d´emmener la voiture sans faire de fautes et d´avoir la chance d´être dans la voiture potentiellement gagnante, c´est exceptionnel. C´est un très très grand talent. Il est capable d´aller très vite parce qu´il courre aussi dans des épreuves plus courtes. Il est très intelligent, il sait très très bien adapter sa conduite.
2006 sera inédit avec un duel contre des Audi diesel...
H.P. : Je ne sais pas si ce sera avec un diesel. Si Audi revient au Mans ( en tant qu´usine), ce sera l´épouvantail. Je pense que l´on est beaucoup mieux armé pour affronter un constructeur. Mais ça passe par l´arrivée de nouveaux partenaires. J´ai prouvé que l´on pouvait me faire confiance sur le plan sportif, promotionnel. De l´argent mis chez Pescarolo Sport, c´est de l´argent bien placé.
On a cru comprendre que Jean-Pierre Nicolas n´était pas insensible aux liens qui avaient unis Peugeot et votre équipe par le passé. Seriez-vous partie prenante pour participer au retour de Peugeot au Mans, en 2007, avec un moteur diesel ?
H.P. : Je n´en sais rien du tout. Le rêve d´une écurie comme la mienne est d´être le partenaire d´un grand constructeur. Mais c´est beaucoup trop récent pour savoir quelles sont les intentions