Le con est un mot français vulgaire qui désigne à l’origine le sexe de la femme. Au XXIe siècle, il s’utilise surtout comme une insulte destinée à une personne stupide, naïve ou désagréable, de même que ses dérivés « connard » et « connasse » qui se concentrent sur la dernière acception. Con a aussi un emploi impersonnel, souvent dépréciatif. Le mot connerie est formé sur le mot con.
Sommaire [masquer]
1 Étymologie
1.1 Étymologie latine
1.2 Lien avec leurs équivalents germaniques
1.3 Mots dérivés
2 Un mot tabou ?
3 Usage contemporain et littéraire
3.1 Le personnage du con
3.2 Jeux sur la polysémie
3.3 Usage politique et militaire
3.4 Usages régionaux et expressions
3.5 Contrepets connus
4 Citations célèbres
5 Notes
6 Voir aussi
6.1 Liens internes
6.2 Bibliographie
6.3 Filmographie
6.4 Musicographie
Étymologie [modifier]
Étymologie latine [modifier]
Con provient de l’étymon latin cunnus (vulve).[1] Au Moyen Âge, les diminutifs connil et connin (latin cuniculus) désignaient le lapin ainsi que les conduits et tuyaux, [2] pour être remplacé par le nom actuel de l’animal (de laperau) vers le XVe siècle en raison de l’usage persistant de l’acception vulgaire de con et connin, [3] attestée dès le XIIe siècle dans le Roman de Renart[1]. On peut noter que le nom de l´animal a été conservé dans de nombreuses langues romanes : conejo en castillan, coniglio en italien, conill en catalan, coelho en portugais. Il a d’ailleurs été emprunté par l´anglais — ainsi qu’une partie importante des langues germaniques — via l´ancien français : coney, d’usage courant jusqu’au XIXe siècle.[4] En castillan, l’étymon cunnus a produit coño qui est l´équivalent de notre con moderne, en toutefois moins vulgaire[5] ; coney ou cony possède aujourd´hui cette acception en sus du sens animalier[4]. On notera que le portugais conho est un faux cognat ; dérivé cuneus, il n´a pas cette signification.[6]
Vers le XIXe siècle le vocable français prend un sens figuré injurieux et se met en place une construction adjectivale. L´emploi était alors misogyne, exploitant l´impuissance et la passivité du sexe féminin de l’imaginaire collectif. Aujourd´hui, l’absence fréquente d’accord en position d’attribut ou d’apposition (par ex. Elle est con.) rappelle l´origine nominale de l´expression, sans qu´il soit toutefois fait référence consciente à la vulve.[1] L´ancienne acception physiologique est aujourd´hui en voie d´obsolescence.
Lien avec leurs équivalents germaniques [modifier]
La parenté indo-européenne avec kut (néerlandais) et cunt (anglais) n´est pas établie.[7]
Cunnus provient en effet en proto-indo-européen soit de *kust- (intestin, rein, vessie) [8], soit de *skerǝ- (couper) [9] [10] , soit de * (s)keu- (cacher) [11] Les origines possibles de l’étymon germanique *kunton donnant cunt sont : *gwneH2/guneH2 (femme, cf. gynécologie, queen) soit *gen/gon (créer, devenir, cf. génétique, gamète) ou bien *geu- (creux, cavité) [8] [9] d´après la loi de Grimm. Toutefois certains relient le *kunton au latin cuneus (coin), un cognat possible de cunnus/con.[9]
Mots dérivés [modifier]
On notera que le dérivé déconner avait jusqu´à la fin du XIXe siècle le sens premier de se retirer [12], sens qu´il a complètement perdu aujourd’hui. Son contraire enconner, signifiant pénétrer, composé sur le même mode qu´enculer, est aujourd’hui pratiquement désuet et réservé à la littérature érotique.
Connard est formé par suffixation avec l’affixe péjoratif -ard mais il est possible que le mot ait été influencé par cornard ; il n´a, lui, qu´un sens uniquement figuré. Connasse, en revanche, désignait au départ et jusqu´au XXe siècle à une prostituée de bas étage ou inexperte. Son sens figuré de femme sotte est attesté dès le XIXe [13]. Conneau et ses variantes graphiques connaud et connot, synonymes de connard, sont devenus obsolètes au cours du XXe siècle.
Les autres dérivés modernes, utilisés dans le sens figuré uniquement sont : déconnage et déconne pour l´action de débiter ou faire des sottises, déconneur pour celui qui aime à les dire ou à les faire, connement en tant qu´adverbe et connerie pour chose stupide ou sans intérêt.
Il est à noter que les patronymes Conne, Connard, Connart et variantes n´ont aucun rapport étymologique avec le mot con : En Europe continentale, ils proviennent du germanique con(hardt) signifiant « brave et dur » (à rapprocher du néerlandais koen, « courageux » et de l´anglais hard, « dur »).[14], [15] Chez les personnes d’origine irlandaise, Connard et Connart sont des dérivés de Connacht.[15]
Un mot tabou ? [modifier]
Jusqu´aux débuts du XXe siècle le mot avait une connotation particulièrement vulgaire en particulier dans son acception physiologique ; il n’était employé dans des écrits publics que pour mieux enfoncer : « Ces mégères révolutionnaires, qui pissent à con béant sur les cadavres des gens qu’elles ont égorgés » [16]. La bassesse du vocable est toutefois déplorée par Jules Michelet qui indique :
« C´est une impiété inepte d’avoir fait du mot con un terme bas, une injure. Le mépris de la faiblesse ? Mais nous sommes si heureux qu’elles soient faibles. C’est non seulement le propagateur de la nature, mais le conciliateur, le vrai fond de la vie sociale pour l’homme. »
— Journal, 1887, Jules Michelet
En 1928, Louis Aragon dut faire publier clandestinement Le Con d’Irène, un roman érotique, pour s´éviter les foudres de la censure. Ce n´est qu’en 1968 que Régine Deforges le republie sous le titre édulcoré Irène ; le livre est tout de même saisi pour son contenu érotique [17] [18].
Dans son sens figuré, le mot se voit de plus en plus employé après la Seconde Guerre mondiale et apparaît dans des œuvres de nombreux écrivains comme Louis-Ferdinand Céline, Louis Aragon ou Raymond Queneau. Toutefois, le « Où que tu ailles, tu te feras piquer, eh con ! » lancé par le préfet de la Sarthe Jacques Gandouin à un preneur d’otages lui valut une suspension de la part du ministre de l´Intérieur Michel Poniatowski pour « attitude non conforme à celle que l’on attend d’un haut fonctionnaire »[19] : preuve que le substantif n’était pas encore bien accepté en 1975, malgré sa pertinence dans la situation.
Aujourd´hui le mot peut être employé par un homme politique sans que cela fasse scandale — pourvu qu’il ne soit pas utilisé de manière insultante : le premier ministre français, Dominique de Villepin pourra dire en mars 2006 « Ils vont s’apercevoir que je suis assez con pour aller jusqu’au bout. » au sujet de la crise du contrat première embauche, [20] sans que le vocabulaire utilisé ne gêne le moins du monde.
On a même pu lire le mot (années 2000) dans le très sage Journal de Spirou.[réf. nécessaire]
Usage contemporain et littéraire [modifier]
Le personnage du con [modifier]
« On est toujours le con de quelqu´un. »
— Expression populaire.
Le mot jouit d´une grande popularité. Le personnage du con, celui que l’on moque et dont on veut se différencier, est omniprésent dans la littérature, la chanson ou la culture populaire françaises.
On se souvient du méprisant « J´aime voir de mon balcon passer les cons » (Le Pornographe du phonographe), du descriptif « Quand on est con, on est con » (refrain du Temps ne fait rien à l’affaire) ou du répétitif « Avec mon bouquet de fleur/mon pistolet/etc. j’avais l´air d’un con, ma mère » (Marinette) de Georges Brassens. Le film Le Dîner de cons de Francis Veber, avec Thierry Lhermitte et Jacques Villeret, dépeint le personnage du con, dans le sens idiot, celui que l’on invite pour s´en gausser. L´expression roi des cons amplifie le sens du mot, elle est mise en musique par Georges Brassens dans Le Roi ; Renaud au contraire prétend qu´en cas d´abdication du roi des cons, « Il y aurait cinquante millions de prétendants » (c’est-à-dire tous les français) dans Hexagone.
Une tradition estudiantine légendaire de l´École normale supérieure est de désigner le cuisinier ou l´intendant responsable d´une nourriture particulièrement exécrable de « Quel khon ». Il s´agit d´une cérémonie organisée au réfectoire par le cacique général (1er reçu au concours d´entrée de lettres classiques) :
« Marjaurie, qui avait la voix ronde et chaude, énonca d´abord, amplement :