Deux trois remarques sans ordre particulier.
Il se trouve que je travaille en Angleterre « dans » les jeux video, pour un développeur qui a pignon sur rue, je te donne un aperçu depuis la tranchée.
Un premier exemple. Nous travaillions sur l’apparence et le rôle des différents personnages quand soudain nous nous sommes retrouvés dans une logique stupide : l’équipe de design tenait compte de ce qu’ils pensaient que le département Public Relation pensait que le service marketing de l’éditeur pensait des joueurs ciblés. A savoir pour des jeunes hommes de 18-25 ans et donc que des bimbos blondes a gros seins c’était ce qu’il fallait. Personne ne savait rien, mais préjugeait de ce que le suivant dans la chaîne de production pensait ; incroyable, mais nous avions un énorme cliché en marche. L’équipe (une trentaine de personnes, très majoritairement des mecs) s’est opposé à l’idée, mais rien à faire, le design campait sur ces conjectures stupides et éculées. Bref. Au final le jeu a été annulé… par défaut de design…
Si on projette cela à l’ensemble de la production des jeux, il est assez clair qu’avec des titres taillés pour coller à un hypothétique mec de 18-25 ans, bourrés de clichés, sexuellement immature, le marché est sacrément restreint. Ce qui me surprend toujours c’est qu’il ne viendrait à personne l’idée de faire des livres, des albums, des films exclusivement pour une tranche étroite de la population. Pourtant dans le jeu vidéo, c’est la tentation permanente. Et quand la cible change, elle reste souvent caricaturale (les jeux pour les filles, c’est rose et il y a sûrement un poney quelque part).
Etant le lead programmer (quelque chose comme chef programmeur, mais le titre parait plus hiérarchique que la réalité), je voyais chaque semaine une centaine de CVs de candidats pour travailler comme programmeur dans le jeu. Dans la masse on retenait l’un ou l’autre (environ 1%). Le ratio femme/homme était de 1 pour 1000, cela signifie que les chances de voir une fille rejoindre l’équipe de programmation était quasi nulle. (Il y a plus de filles dans les autres domaines de la conception du jeu, en particuliers pour l’animation des personnages ; mais elles restent peu nombreuses).
Pareil pour les grands salons du jeu. Combien de booth babes ?
Tout cela change, un peu, lentement. Il y a des exceptions aussi. Mais il y a du chemin avant que le jeu ne s’ouvre et sorte de sa niche de marché. Quand j’ai une idée en tête, je la soumets souvent à une amie gameuse et elle m’en soumet autant. Gameuses ? Oui il y en a, plus que les forums ne peuvent le laisser croire. Pour conclure je paraphrase Marguerite Yourcenar qui disait qu’un être qui travaille, joue ou rit, n’a pas de sexe.